Point de vue

Journée nationale contre l’islamophobie : une conversation publique bien mal entamée

Point de vue – Selon différents médias, la demande formulée par le Conseil national des musulmans canadiens d’instaurer une journée contre l’islamophobi« divise la classe politique ». D’un côté, il y aurait le Parti Québécois (PQ) et la Coalition Avenir Québec (CAQ) qui sont contre l’idée, et de l’autre côté le Parti Libéral du Québec (PLQ) et Québec Solidaire (QS) qui sont pour l’idée (ou « ouvert » à une telle idée, dans le cas du PLQ).

Cette manière d’approcher la nouvelle, qui certe permet d’apprécier les points de rapprochement et d’éloignement entre les différentes forces politiques en présence, participe cependant et malheureusement selon moi, à la polarisation excessive et dangereuse qui afflige notre conversation publique.

Sans compter le rôle que jouent les réseaux sociaux dans cette polarisation verbale. Par exemple, le fait que le journal Le Devoir publie un article évoquant le « malaise » créé par le mot « islamophobie » au sein de la classe politique devient suffisant pour qu’on accuse le journal d’islamophobe (« Le mot ‘islamophobie’ crée un malaise », Le Devoir, édition du 10 janvier 2018).

Cette polarisation des prises de position mène bien entendu à un recouvrement de la conversation publique par un voile moralisateur. On condamne en effet facilement « l’autre camp » en le vouant aux flammes de l’enfer qu’attendent ceux et celles qui se trouveront du mauvais côté de l’Histoire. 

C’est cependant oublier que l’enfer n’existe pas, ou que s’il existe, ce n’est pas à nous de juger qui y est destiné. L’enfer étant et devant rester une catégorie théologique, et non pas politique, c’est également oublier la leçon de Dante, pour qui l’enfer n’est pas uniforme, qu’il est divisé en plusieurs cercles et qu’on peut se trouver plus ou moins proche du diable. 

Bien que de faire de la politique « c’est se faire des ennemis » et que « l’essentiel (de la lutte) se passe dans le langage », en classant, qualifiant, disqualifiant, discréditant, etc.il ne faut pas oublier que dans une société se voulant sainement démocratique, ces usages langagiers doivent autant viser à mobiliser nos camarades qu’à convaincre nos adversaires.

Difficile exercice d’acrobatie rhétorique s’apparentant à celui du funambule travaillant sans filet, le danger étant d’oublier que dans le cadre d’une conversation, la victoire totale et brutale par la parole n’est en fin de compte qu’une forme civilisée de fratricide.

 

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