Portrait

Les Cambodgiens du Québec : portrait d’une minorité visible invisible

L’immigration n’est pas un phénomène nouveau, car elle a toujours existé depuis des siècles et peu importe où. Vers la fin des années 1950 et au commencement des années 1960, le Québec reçoit ses premiers immigrants en provenance d’un pays de l’Asie du Sud-Est où est localisé le temple d’Angkor Wat.

Ces immigrants sont les Cambodgiens et ils sont arrivés en tant que réfugiés fuyant le régime des communistes Khmers Rouges du dictateur Pol Pot. Ce régime a détruit le système scolaire tout en éliminant le plus d’intellectuels possible sans omettre qu’il a aussi éradiqué la religion bouddhiste et transformer les pagodes et les écoles en centre de torture.

Les Cambodgiens du Québec

En 2011, on recense 14 695 Cambodgiens vivant au Québec et bien que la communauté cambodgienne existe au Québec, la conférencière Sam Oeun Toun de l’UQAM explique qu’elle est très peu parlée publiquement en raison de son intégration silencieuse, contrairement aux autres communautés asiatiques connues, dont la communauté chinoise et vietnamienne.

Aussi, les gens font souvent l’amalgame entre « Asiatiques » et « Chinois », pensant que tous les Asiatiques sont Chinois ce qui s’avère faux.

Historique de l’immigration cambodgienne du Québec

L’immigration des pays de l’Indochine, c’est-à-dire des pays de l’ancienne Indochine française ou les pays anciennement colonisés par la France, dont le Vietnam, le Cambodge et le Laos, est bien plus récente. En effet, le religiologue Frédéric Castel de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), cite dans le livre Le Québec après Bouchard-Taylor : Les identités religieuses de l’immigration :

« Celle-ci fait son apparition en Amérique en s’ancrant à Montréal dès les années 1950 avec l’arrivée de quelques carmélites vietnamiennes. Les premiers Cambodgiens suivront bientôt. »  

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Bien que la majorité des Québécois d’origine cambodgienne soient arrivés au pays  depuis 1979, il y en a parmi eux, qui résidaient déjà au Québec avant les évènements de 1975. Il s’agit notamment, des individus venus faire leur formation dans les universités francophones du Québec et même d’Ottawa et de Moncton ou plus rarement, dans des établissements d’enseignement du Canada anglophone, et ayant fait le choix de rester ici après leurs études.

L’anthropologue de l’Université Laval Louis-Jacques Dorais cite dans son livre Les Cambodgiens, les Laotiens et les Vietnamiens au Canada : « Les Canadiens originaires des pays de l’ancienne Indochine se subdivisent donc en deux grands groupes : les anciens étudiants (et les quelques autres immigrants) d’avant 1975 et les réfugiés arrivés à partir de cette date. »

C’est entre les années 1975 et 1979 que le Québec accueille deux centaines de réfugiés en provenance du Cambodge qui ont fui le régime communiste des Khmers rouges.

Dans la deuxième partie des années 1980-1984, le Québec reçoit 1500 autres Cambodgiens qui peuvent provenir du Cambodge ou des camps de réfugiés en Thaïlande.

Bref, en plein milieu des années 1990, l’immigration des Cambodgiens s’essouffle. On discute d’une centaine d’entrées chaque année. Vers 1995, l’immigration montre un profil visiblement distinct parce que les objectifs pour immigrer changent certainement de nature.    

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La vie associative des Cambodgiens du Québec

Bien qu’avant 1975, il n’y avait qu’une seule association cambodgienne à Montréal, dont celle des étudiants khmers de l’Université de Montréal, aujourd’hui, la communauté cambodgienne en détient plusieurs. Toujours dans son livre, Dorais cite que ces associations « représentent des intérêts nationaux (Association des Cambodgiens du Canada et Communauté khmère du Canada […], locaux (Association des Cambodgiens de Montréal […] ou spécifiques (Club des femmes cambodgiennes de Montréal ».

Puis, il y a la Communauté angkorienne du Canada (CAC) et le Centre Khemara : Centre d’histoire et Civilisation khmères. La CAC est fondée en 2001, ayant pour présidente Geneviève Channaret Srey. Avant d’être fusionnée avec le Centre Khemara créé en 2011, la CAC s’est transformée au fil du temps en s’appelant de plusieurs façons selon des préoccupations du moment comme la Fraternité et Jeunesse cambodgienne du Canada (1996-2000), la Communauté culturelle khmère (2001) et enfin, la Communauté angkorienne du Canada.

En 2014, le CAC fusionne avec le Centre Khemara et la raison est que les deux associations ont comme but commun de transmettre les us, les coutumes, la culture et l’histoire des Khmers aux descendants des réfugiés cambodgiens ainsi qu’au grand public comme les Québécois de toutes origines. Ainsi, le Centre Khemara est devenu l’association cambodgienne la plus active.

Actuellement, la présidente du Centre Khemara est Nolsina Yim, la vice-présidente est Geneviève Channaret Srey et l’administrateur est Savary Chhem-Kieth, dont tous les trois sont des cofondateurs.

L’auteur Kwok B. Chan cite avec Dorais que dans la communauté cambodgienne, « La vie associative est reflétée en partie par le type de trajet migratoire emprunté par les migrants de souche cambodgienne, dès leur arrivée. La vie communautaire se trouve façonnée par les conditions et les facteurs de l’implantation, qui est fortement centrée sur la survie culturelle.» et c’est la raison pour laquelle, le Centre Khemara a été fondé.

C’est le cas du Centre Khemara où on peut prendre des cours de langue khmère, les cours de danse traditionnelle, découvrir le Cambodge et sa culture à travers la musique, cinéma, les expositions, les témoignages des survivants de la guerre, et participer à la marche pour l’humanité et contre les génocides.  

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