Entrevue

Entrevue avec Roland Dama, immigrant ivoirien

J’ai rencontré Roland, 35 ans, lors d’une formation dans un club de recherche d’emploi. Il a accepté d’échanger avec moi sur son parcours, ses motivations en tant qu’immigrant au Canada et sa joie communicative d’être ici.

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Quel est ton parcours universitaire en Côte d’Ivoire ?

Après un cycle secondaire scientifique (mathématiques et sciences physiques), je me suis orienté vers la faculté des sciences économiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan. J’y ai complété une maîtrise en économie (équivalence Baccalauréat Economique) entre 2002 et 2006. J’ai également complété un Master en évaluation des projets en 2015. Ce dernier a été organisé conjointement par le Bureau National d’Études Techniques et de Développement (BNETD) et l’Université Félix Houphouët-Boigny.
En plus de tes études académiques, as-tu une expérience professionnelle dans ton pays ?

Oui parfaitement, j’ai une expérience de travail de plus de près de 4 années en Côte d’Ivoire. J’ai pu développer cette expérience aussi bien en qualité d’employé qu’en qualité de bénévole. Pour moi, le bénévolat reste un puissant facteur de développement des compétences.

En tant qu’employé, j’ai été successivement assistant du Directeur Général et Chef du Service Finance du Fond d’Extension et de Renouvellement du développement de la culture du palmier à huile (FER-PALIMER). Il s’agit d’un Établissement Public National (EPN) placé sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture. Parallèlement à mon engagement professionnel, je me suis beaucoup investi dans le bénévolat car j’aime donner une partie de mon temps pour servir du monde sans nécessairement attendre des effets financiers. En tant que bénévole, j’ai été appelé à assumer diverses responsabilités. J’ai notamment été président d’une chorale, commissaire aux comptes du bureau jeune, chargé de communication du bureau jeune, moniteur de catéchèse et formateur à l’entrepreneuriat.  

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À quel moment t’es-tu dit : je veux aller au Canada et tu as commencé à faire les démarches ? Tu as peut-être de la famille ou des connaissances qui sont parties ? Ou alors un jour, as-tu eu un déclic en voyant une publicité ou un reportage à la télévision ? En gros, qu’est-ce qui t’a donné envie, un jour, d’immigrer au Canada ?

La décision d’immigrer au Canada remonte à septembre 2012, un peu plus d’une année après la rencontre de ma conjointe de fait. Nous avons ensemble discuté de l’opportunité de mieux valoriser nos compétences en immigrant au Canada et nous avons pris cette décision d’un commun accord.

Mais avant cela, l’idée avait déjà germé par le biais d’une amie à ma maman qui vit déjà ici au Canada depuis plusieurs années avec son conjoint Québécois. Je me souviens qu’à chaque fois qu’elle venait en vacances en en Côte d’Ivoire, je prenais un grand bonheur à visionner les belles images du Canada. J’aime beaucoup l’entendre parler du Canada et des opportunités de ce grand pays du monde.

Petit à petit, la volonté d’immigrer prenait forme à mon insu. Mais cette décision-là a été beaucoup plus renforcée à la faveur de la crise politique que nous avons vécu en Côte d’Ivoire sur la période 2010 à 2011 avec son impact considérable sur l’emploi jeune. Ce fut une période difficile pour tous et en particulier pour la jeunesse et l’emploi jeune.

Donc vous avez commencé vos démarches de Résidence Permanente ?

Exactement, ma conjointe et moi avons commencé à préparer notre projet d’immigration dès 2012. Il a été soumis à l’attention des services de l’immigration provinciale et fédérale respectivement en 2013 et 2015. Le processus a pris globalement 4 années pour être admis au statut de résidents permanents. En prenant en compte l’année de préparation du dossier, je peux dire que notre projet d’immigration a pris 5 années.

Ta conjointe et toi avez donc reçu votre visa de Résidence Permanente en 2017 ?

Oui parfaitement. Le Visa de résident permanent a été accordé en Octobre 2017. Recevoir ce visa est pour nous quelque chose d’inouï et de prestigieux quand on sait la notoriété du Canada avec ses territoires et de ses belles et grandes provinces et à commencer par le Québec. Ce fut une grande nouvelle pour nous d’autant plus que le processus d’immigration au Canada est parmi les meilleurs au monde. Cette excellente nouvelle a marqué un tournant dans notre vie. Ce fut pour nous une opportunité d’ouvrir une nouvelle page de notre vie. En tant que travailleurs qualifiés, nous étions donc moralement préparés à l’idée de partir sur de nouvelles bases et éventuellement de réorienter notre avenir pour réaliser notre rêve canadien.

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À y voir de près, vous avez commencé les démarches avant la fin de tes études ?

Oui, exact. J’ai mis à profit mon temps d’attente pour compléter le Master en Évaluation des projets. Dans le système Québécois, ce diplôme équivaut à la maîtrise en gestion et administration des entreprises.

Quand êtes-vous arrivés à Montréal et quel était le premier défi auquel vous avez dû faire face ?

Nous sommes arrivés à Montréal le 22 novembre 2017 après une brève escale à Bruxelles (Belgique). Je note au passage que c’était la première fois que nous prenions l’avion (rire). Nous étions pétillants de joie à l’idée de fouler le sol canadien mais non sans un pincement au cœur pour nos parents et amis que nous laissions derrière nous. Les premiers jours qui ont suivi notre arrivée ont été un peu difficiles principalement en raison du changement drastique de température. En effet, nous avions quitté la Côte d’Ivoire avec ses 25 °C en moyenne pour arriver dans une période hivernale qui reste parmi les plus rigoureuses des dernières années. Nous avons donc dû faire des efforts pour tenter de nous adapter rapidement et cela a plus ou moins fonctionné.

Quel était ton projet professionnel en tant que travailleur qualifié en arrivant ici, et a-t-il évolué depuis ?

En arrivant, j’étais confiant en mes compétences et j’étais disponible pour le marché de l’emploi. J’avais l’ambition de trouver une job liée à qualification. Mais j’ai compris que le marché du travail doit être notre point de repère. Il faut donc être capable de s’ajuster au marché du travail. Le marché du travail est si dynamique qu’on peut facilement être tenté de réorienter notre carrière professionnelle. Le marché du travail met un point d’honneur sur nos compétences sans pour autant négliger nos diplômes. Donc si on ressent qu’on a plus de compétences dans tel ou tel domaine, il serait bien d’être ouvert à l’idée de s’y orienter. Dans mon cas, bien que j’ai un Master en Évaluation des Projets, d’autres secteurs d’activité semblent m’ouvrir les bras compte tenu des compétences que j’ai pu développer depuis mon arrivée. Il s’agit notamment de l’enseignement. J’ai compris que mon côté pédagogue et ma facilité à transmettre ma connaissance me parlaient énormément et j’ai donc essayé d’y prêter attention et cela a beaucoup influencé mes recherches actuelles.

Comme en Côte d’Ivoire, tu fais du bénévolat ici. De quel genre ?

Ça a été la première des choses vers laquelle je me suis orienté puisque je me disais que je me donnais au moins 3 à 6 mois pour pouvoir intégrer le marché du travail. Donc je me suis dit : « Lançons-nous dans le bénévolat ».

Je suis donc administrateur bénévole au sein d’une paroisse catholique à Montréal. Je suis aussi bénévole auprès d’un organisme d’aide aux jeunes immigrants notamment par la promotion des deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais. Je suis également bénévole dans le cadre du programme de l’Agence du Revenu Canada pour la déclaration des revenus des personnes à faibles revenus. Voilà donc les 3 types de bénévolats dans lesquelles je suis inscrit.

Je suis par ailleurs, tuteur et moniteur à l’aide aux devoirs auprès de deux écoles primaires et une organisation. Ce sont des expériences qui m’enrichissent énormément et qui me confortent dans l’idée de m’orienter vers l’enseignement.

Est-ce que tu notes des choses différentes par rapport aux bénévolats que tu faisais en Côte d’Ivoire, que ce soit en termes de mentalité ou d’enrichissement personnel?

Ça reste différent dans la mesure où en Côte d’Ivoire, je le faisais sans penser que cela pourrait me servir dans un cadre professionnel. Ici, j’ai cette même volonté d’être au service de la communauté mais je comprends aussi que j’engrange par la même occasion une belle expérience professionnelle. C’est à ce niveau qu’il y a certaines différences. Ici, ce bénévolat est reconnu et peut être capitalisé sur le marché du travail.

Est-ce qu’à court, moyen ou long terme, tu souhaites t’installer sur Montréal ou sa région ou bien tu n’as pas d’objectifs précis et cela dépendra de tes recherches de travail ?

Montréal et le Québec m’ont beaucoup séduit. Jusqu’ici, je suis amplement satisfait de mon environnement. Je suis bien installé à Montréal et le Québec est une très belle province qui m’a fait l’honneur d’avoir été sélectionné. Mais je ne suis pas fermé à l’idée de visiter d’autres régions au Québec ou d’ailleurs si le besoin se fait sentir dans le souci d’approfondir mon apprentissage pour mieux m’insérer sur le marché de l’emploi.

Quelle destination en dehors du Québec pourrait t’intéresser ?

Le Canada est un grand pays avec des provinces formidables. L’Ontario est une possibilité parmi tant d’autres. J’y vais justement en juillet 2018 dans le cadre du programme Explore. J’aurais l’opportunité d’améliorer mon anglais tout en découvrant la région. Je reste également intéressé par le programme Odyssée pour améliorer mon niveau d’anglais tout en partageant ma culture générale en français dans le souci de promouvoir la diversité culturelle.

Est-ce que depuis ton arrivée, tu te sens intégré, au sens large du terme ?

L’intégration est une notion assez générique. En tant que travailleur je pourrais être amené à dire que le travail est mon outil d’intégration par excellence. Mais on peut aussi comprendre que l’intégration est un tout : elle touche notamment aux aspects culturels, professionnels et économiques. Dans tous les cas, une bonne intégration requiert du temps et une bonne capacité d’adaptation. Je suis très heureux de voir qu’à la faveur de notre immigration, les deux paliers de gouvernement (NDLA : provincial et fédéral) mettent tout en œuvre pour faciliter l’intégration des immigrants. Cela contribue à consolider les indicateurs qui montrent que le Canada est parmi les destinations les plus prestigieuses au monde. Après six mois, j’estime que le suis épanoui et j’envisage sereinement l’avenir au vu des belles expériences que j’ai pu accumuler.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune Africain qui souhaiterait immigrer ?

Je dirais à ce jeune que c’est son droit de rêver. Immigrer au Canada est un beau rêve dont la réalisation requiert néanmoins de la préparation, de l’information, de la patience et surtout une bonne capacité d’adaptation. C’est un projet dont la réalisation peut bouleverser positivement nos habitudes et favoriser de nouvelles orientations. C’est une nouvelle vie en somme.

Si ce jeune à la ferme volonté d’immigrer, il faut qu’il prenne beaucoup d’informations et qu’il mette un point d’honneur à se préparer car ce n’est pas une décision qu’on prend à la légère. C’est une responsabilité non seulement vis-à-vis de soi-même, mais aussi vis-à-vis du pays d’accueil. Il faut qu’il s’informe de la démarche auprès des autorisées adéquates en consultant les ressources mises à disposition. Tout pays a des règles et des principes à respecter qui s’imposent à tous. Il faut donc que les attentes des futurs immigrants soient en adéquation avec ce milieu-là. Il faut prendre des informations pour faciliter son intégration pour qu’elle soit le plus bénéfique pour soi-même.

Dernière question, est-ce que tu regrettes d’être venu ?

Aucunement. Bien au contraire, je continue à être reconnaissant du Québec et du Canada, d’avoir bien voulu m’accorder l’opportunité de réorienter ma vie dans son ensemble. Je suis heureux d’envisager sereinement la réalisation de mon rêve canadien.

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