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La Citoyenneté d’honneur de Montréal à Raïf Badawi

Montréal a octroyé la Citoyenneté d’honneur à l’écrivain saoudien Raïf Badawi, condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet en Arabie saoudite, en 2014, pour avoir créé un site web sur la libéralisation de la religion, Free Saudi Liberals, prônant entre autres la liberté de ne pas pratiquer l’islam et la séparation entre la religion et la politique.

Il y a eu une cérémonie officielle à l’hôtel de ville le 28 mai 2018, lors de laquelle la mairesse de Montréal, Valérie Plante, et la présidente du conseil municipal, Cathy Wong, en compagnie des représentants d’Amnistie internationale, ont émis officiellement le certificat de citoyenneté.

Fruit d’un accord commun, la motion visant l’accord du titre honorifique a été présentée de façon conjointe par le conseiller du district Snowdon, Marvin Rotrand, et le chef du groupe d’opposition Ensemble Montréal, Lionel Perez; et, puis, celle-ci a été adoptée à l’unanimité par les élus du conseil municipal, au grand bonheur des militants de la libération de Raïf Badawi, de plus en plus nombreux au Canada et au Québec de même que partout à travers le monde.

Sa femme, Ensaf Haidar, a assisté à la motion unanime du conseil municipal dans les estrades, mais, en raison d’un inconvénient, a manqué la cérémonie officielle.

Nonobstant elle a accueilli la nouvelle avec enthousiasme et a dit en point de presse espérer que cela met de la pression sur le Canada pour qu’il accorde la citoyenneté d’honneur à Raïf, et promeut le mouvement international s’essoufflant.

Badawi possédait déjà la citoyenneté honorifique de Sherbrooke, où résident sa femme et ses enfants. Ensaf Haidar a quitté l’Arabie saoudite lors de l’emprisonnement de Badawi, dans le but d’éviter les représailles; elle a été accueillie au Canada, où, incessamment, elle obtiendra sa citoyenneté officielle, à l’instar de Raïf Badawi, à qui le Canada n’a pas consenti d’accorder la citoyenneté d’honneur du pays.

Le gouvernement du Canada a soutenu ne pas vouloir tendre les relations avec l’Arabie saoudite en octroyant la citoyenneté d’honneur à Raïf Badawi.

Le Canada, par exemple, en 2016, a livré plusieurs véhicules blindés à l’Arabie saoudite, un geste décrié par le Parti québécois, qui eût opté pour des sanctions économiques, eu égard au non-respect des droits de l’homme internationaux dans le cas Badawi. Le Parti Québécois revendique de plus belle que le Canada accorde la citoyenneté d’honneur à Badawi, maintenant qu’il brandit, à l’appui, l’adoption d’une motion unanime à l’Assemblée nationale, où le gouvernement du Québec a déjà accordé un certificat de sélection à Badawi, un statut qui permet une immigration permanente au Canada dans l’attente de tenter d’obtenir la citoyenneté canadienne.

« Depuis son élection, a mentionné Stéphane Bergeron, ancien ministre de la sécurité publique et porte-parole péquiste, le premier ministre du Canada semble beaucoup moins s’intéresser à la libération de Raif Badawi. La priorité du nouveau gouvernement libéral est visiblement de ne pas contrarier les autorités saoudiennes – et d’avoir le temps de livrer les blindés au royaume ! »

De son côté, pourtant, Irwin Cotler, ancien ministre de la justice du Canada, a affirmé en point de presse que le premier ministre Trudeau s’était adressé directement au prince héritier et vice-premier ministre, Mohammed Ben Salmane, pour demander le pardon de Raïf Badawi.

Selon lui, Justin Trudeau a appelé le prince à la libération de Raïf Badawi, et à ce qu’il rejoigne sa famille au Québec, plutôt que de purger et d’être interdit de sortir de l’Arabie saoudite durant 10 ans après la fin de sa détention.

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Démêlés avec la justice saoudienne

C’est en mai 2012 qu’une fatwa est publiée par le cheikh saoudien Abdul-Rahman al-Barrak, qui accuse Badawi d’être un apostat (pratiquant qui abjure sa religion), parce qu’il aurait soutenu que « musulmans, chrétiens, juifs et athées sont tous égaux », et que « tout le monde a le droit de croire ou non ».

L’apostasie (abjuration) de l’islam est un crime passible de la peine de mort en Arabie saoudite, ce qui démontre bien combien le régime politique est rétrograde.  Suite à cette fatwa, Raïf Badawi est arrêté et incarcéré le 17 juin 2012, pour « avoir mis en place un site web qui compromet la sécurité générale » et « tourné en ridicule des figures de l’Islam ». Il fait face à des accusations de désobéissance à son père, de cybercrime et d’apostasie. Ce dernier chef ne sera pas retenu, ce qui évite peut-être à Badawi la peine de mort.

Néanmoins, le 29 juillet 2013, il écope de 600 coups de fouet et de 7 ans de prison; il porte sa cause en appel, mais le 7 mai 2014, la cour criminelle de Djedda sévit de plus belle et augmente sa sentence : 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, ayant lieu en 20 séances hebdomadaires de 50 fouettements; une amende, de 1 000 000 de riyals (266 000 dollars); et, comme nous l’avons mentionné, une interdiction de quitter le pays pour une période de 10 ans postérieurs à la fin de son incarcération.

Il reçoit sa première séance de flagellation le 9 janvier 2015, sur la place publique, devant une mosquée de Djeddah, ce qui suscite un tollé de protestation dans la communauté internationale. Le Canada, les États-Unis et la communauté européenne s’opposent vigoureusement : le 15 janvier 2015, l’ONU s’adresse au roi d’Arabie-Saoudite pour lui demander de cesser de flageller Raïf Badawi et de lui pardonner.

Le cabinet du roi reporte la deuxième séance de coups de fouet sous prétexte de maladie, puis fait savoir à l’ONU que le dossier de Raïf Badawi sera réexaminé par la Cour suprême; mais, vraisemblablement, Raïf Badawi fera à nouveau face aux accusations d’apostasie, que la cour d’appel avait laissé tomber, et risquera à nouveau la peine de mort. Toutefois, les séances de flagellation ont cessé depuis ce temps dans l’attente d’un nouveau jugement.

Antécédemment

Lorsque Raïf Badawi crée le site web Free Saudi Liberals (Libres Saoudiens Libéraux), en 2008, en collaboration avec Souad al-Shamani, une militante des droits des femmes, lesquels sont très préjudiciés par le régime politico-religieux de l’Arabie-Saoudite, il est dès lors arrêté et accusé d’avoir créé un site web allant à l’encontre des principes de l’islam, religion obligatoire, totalitaire et institutionnalisée; en plus des lois saoudiennes, de surcroît le pays applique les lois coraniques. Cependant les autorités le relâche, il en profite alors pour quitter le pays afin d’éviter les représailles; mais, en 2009, croyant que la plainte a été abandonnée, il revient en Arabie-Saoudite, où l’on bloque son compte en banque et lui interdit de quitter le pays.

Qui plus est, il s’oppose en 2010 à son père qui désire forcer le mariage de sa sœur Samar Badawi avec un certain homme contre son gré. Il publie plusieurs articles à l’encontre de l’attitude de son père; ce dernier fait même emprisonner Samar pour désobéissance. Raïf participe à une campagne de communications sur Internet, en vue défendre sa sœur; celle-là porte fruit et celle-ci obtient sa libération en avril 2011.

Raïf est de nouveau taxé en 2011 d’atteinte aux valeurs religieuses, en raison d’un article sur son site qui ridiculise le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice. Ironique, il  remercie le Comité « de nous enseigner la vertu et de s’assurer que tous les Saoudiens aillent au paradis ».

Statu quo

Donc, le 17 juin 2018 est la triste commémoration des 6 ans d’incarcération de Raïf Badawi. Même si un jugement plus clément se faisait entendre, il eût tout de même purgé la majorité de sa peine d’emprisonnement, bien qu’il eût évité 19 des 20 séances de flagellation jusqu’à présent.

« Nous voulons par ce geste inspirer d’autre villes du Canada et du monde entier à maintenir une pression à l’égard du mouvement en faveur de la libération de Raif Badawi. En outre, nous souhaitons contribuer à influencer le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, qui a institué un vent de réformes, de lui accorder une amnistie », a déclaré M. Rotrand. 

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