Entrevue

Entrevue avec Eve Torres, candidate pour Québec Solidaire dans Mont-Royal – Outremont

Engagée depuis plus de 16 ans dans différentes sphères, la candidate de Québec Solidaire dans Mont-Royal-Outremont est arrivée au Québec comme étudiante étrangère dans un premier temps il y a presque 20 ans déjà. 

Originaire de la France, elle multiplie très rapidement ses implications au travers par exemple de la Table de concertation « Montréal-Nord en santé », participer aux activités pour implanter les CPE dans Montréal-Nord, organise des collectes de sangs, s’implique au sein des communautés des femmes musulmanes…

« J’ai toujours été passionnée par le bien-commun et les gens »

Ces implications rassemblent les personnes, ce qui leur fait bien souvent oublier les divergences et différences, puisqu’on se rassemble pour le même objectif, souligne t-elle.

Les accommodements raisonnables en 2007 et la Charte des valeurs en 2014, l’ont amené à mettre sur pied un organisme, La voie des femmes, afin d’encourager les femmes, jeunes, racisées ou encore musulmanes à s’impliquer dans la société.

Justice sociale

Tout ça l’amène à sauter en politique aujourd’hui avec Québec Solidaire (QS) pour « porter le plus de voix possible, que l’on n’entend pas souvent », rappèle t-elle.

« Je trouve que cette année il y a un momentum, les gens sont fatigués par la politique »

L’austérité, la hausse des salaires des médecins, le projet de loi 62, ou le projet de consultation publique sur le racisme systémique sont autant d’événements qui l’on amené à réfléchir sur son militantisme et son saut dans l’arène politique.

« Cela fait 20 ans que les problématiques d’accès à l’emploi sont présentes et rien n’a changé depuis : la reconnaissance des diplômes, la représentativité des personnes… C’est les mêmes discours, les mêmes problèmes depuis tant d’années, et je trouve cela inacceptable ! »

Le choix de QS c’est fait naturellement, pour Eve Torres, toujours marquée par une tendance de gauche, et par son combat qu’elle mène toujours sur la question de la justice sociale.

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« Je crois à la force des mouvements citoyens et sociaux. Québec Solidaire était le seul parti à porter toutes ces valeurs selon moi ».

La circonscription Mont-Royal-Outremont est une nouvelle circonscription, dû à un redessinement  politique, puisque le Mile End fait désormais parti de Mercier. Cette circonscription est considérée comme le château fort libéral depuis de nombreuses années, d’ailleurs le député Pierre Arcand sollicite un nouveau mandat.

« Le parti libéral utilise la diversité en vitrine, mais en terme de décisions il n’y a rien eu »

Annonce en avril : emballement médiatique 

Première femme voilée à se présenter à une élection au Québec, elle a été pendant de nombreuses semaines la cible de nombreuses attaques.

Rappelons ici que sa candidature a été rendue possible grâce à une modification du règlement des élections au Québec, survenu à l’autonome dernier à sa demande, qui autorise maintenant toute personne portant un turban ou un voile à se présenter à une élection au Québec.

Malgré des débats houleux à l’Assemblée nationale, la nouvelle réglementation a été adoptée à l’unanimité par tous les partis politiques à l’automne dernier.

« Je m’attendais, notamment de la part du groupe Québécor, à ce lynchage médiatique, avec des allégations islamistes. La seule façon pour eux de vendre leur papier et de jouer sur la peur »

Elle a également reçu de nombreux soutiens, de la part de personnes qui lui sont proches, mais aussi de citoyens anonymes qui voient en sa candidature quelque chose de nouveau, et parfois un espoir.

« Je pense que ma candidature envoie un message fort pour les immigrants de façon générale, mais aussi pour les femmes de la diversité »

Islamophobie

En préparant cette entrevue, j’ai fais des recherches et un petit tour également sur les médias sociaux, et j’ai pu constater que bien souvent, Eve Torres été attaquée sur son physique ou sa personne, plutôt que sur ses idées. Est-ce le fait d’être une femme en politique ? De porter en plus un foulard ?

« Le sexisme et le racisme. Les femmes en politique sont toujours attaquées sur leur physique, ce jugement physique est toujours présent, et en plus le fait que je porte un foulard, cela laisse libre court à toute forme d’insultes ».

Bien souvent lorsqu’elle partage des articles ou des réflexions sur ses réseaux sociaux, des internautes commentent directement ses publications avec des propos racistes, comme « vous n’êtes pas chez vous ici, vous ne serez jamais une québécoise ».

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Elle me parle de micro-agressions qui lui sont déjà arrivées, comme lorsqu’une de ses amies au volant oublie de mettre son clignotant pour tourner, se faisant alors insultée « rentre chez toi sale arabe ».

« L’islamophobie existe bien, socialement c’est permis de se laisser aller sur cette question  encore aujourd’hui, parce que les gens n’ont pas l’impression d’être racistes. Les femmes sont vigilantes de base à l’extérieur, mais encore plus pour les femmes racisées ».

Intégrer la diversité 

À savoir comment inclure davantage la diversité dans la société et le monde du travail, les quotas lui apparaissent comme une des solutions envisageables.

« Les quotas, c’est une solution pour intégrer les minorités visibles mais il faudrait absolument d’autres moyens, comme l’intégration en emploi marche aussi par le réseautage, il faudrait diversifier les personnes dans les sphères de réseautage, qui ont tendance à nous ressembler ».

Sur les CV ou les candidatures anonymes, la candidate de QS est plus ambiguë.

« Je suis ambiguë, car quand on regarde où tu as fait tes études on peut rapidement savoir d’où tu viens ». Mais le débat est plus profond. « Par exemple, moi je n’ai pas de problème avoir d’entrevue avec mon nom, mais quand j’arrive à l’entretien, là je vois immédiatement les visages qui changent, souvent très rapidement ».

Courageuse Eve Torres ?

« Les gens voient juste ce foulard, mais j’ai un parcours de vie atypique. J’ai toujours fait partie de la majorité (soit une femme blanche occidentale francophone), puis des années plus tard j’ai décidé de changer de religion, ce qui m’a mis en marge d’une société ».

« Mon choix personnel est devenu un enjeu politique »

Militante dans l’âme depuis toujours, elle considère que la fracture sociale dans laquelle est notre société aujourd’hui est en partie due aux médias et aux politiques.

Elle espère faire changer les choses en octobre prochain, lors des élections au Québec.

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