Entrevue

« On peut difficilement accepter que quelque part dans le monde des gens soient emprisonnés pour leurs opinions » – Entrevue avec Stéphane Bergeron

Le Parti Québécois (PQ) et le député de Verchères Stéphane Bergeron militent depuis de nombreuses années pour la libération de Raïf Badawi, en organisant notamment des vigiles silencieuses à son intention, près de l’Assemblée nationale du Québec, ou encore devant l’Hôtel de ville de Sherbrooke.

Grâce à leur prise de position, Raïf Badawi a notamment obtenu un Certificat de Sélection du Québec (CSQ), et le gouvernement du Québec a pu faire pression sur Ottawa pour qu’il lui octroie la citoyenneté canadienne.

Ancien porte-parole du PQ en matière de Relations internationales notamment, on a pu s’entretenir avec lui pour parler du dossier de Raïf Badawi et des tensions actuelles entre le Canada et l’Arabie saoudite.

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Raïf Badawi

Pour bien nous situer, pouvez-vous nous raconter, brièvement, qui est Raïf Badawi et ce qu’il lui est arrivé ?

Il est un blogueur Saoudien qui a eu, je dirais, le malheur de simplement remettre en question un certain nombre de façons de faire, en Arabie saoudite, et de le faire publiquement, ce qui lui a valu d’être condamné à 10 ans d’emprisonnement et à 1000 coups de fouet. Jusqu’à présent, il en est déjà à quelques années d’emprisonnement, et on lui a administré 50 coups de fouet; il en reste donc théoriquement 950 à recevoir.

Sauf que, sa santé a décliné considérablement après la première séance de 50 coups de fouet, alors les autorités saoudiennes n’ont pas récidivé depuis, mais n’ont jamais indiqué que la peine du fouet avait été commuée; donc, techniquement, cette peine est toujours pendante, et il est toujours susceptible de recevoir d’autres coups de fouet jusqu’à ce qu’il soit éventuellement libéré.

Qu’est-ce que cela implique qu’on emprisonne Raïf Badawi pour une question d’opinion, au niveau de la liberté d’expression et des droits de l’homme dans le monde ?

On peut difficilement, comme citoyen d’une démocratie, ou qui repose en grande partie sur le principe de droits de la personne, accepter que quelque part dans le monde des gens soient emprisonnés pour leurs opinions et pour les avoir simplement exprimés; non seulement emprisonnés, mais également condamnés à des châtiments physiques sévères, voire à la peine de mort. Or, il faut reconnaître que malheureusement, c’est encore le lot d’une partie importante de l’humanité que de vivre dans des conditions sur le plan des droits humains totalement inacceptables. Alors, le moins qu’on puisse faire en tant que citoyens qui avons le privilège de vivre dans une démocratie, c’est de faire en sorte de plaider pour ceux qui ne peuvent pas le faire, de ceux dont on a muselé la voix, et de faire en sorte d’améliorer la situation des droits humains à l’extérieur de nos frontières.

Le cas particulier de Raif Badawi interpelle en particulier le Québec et le Canada, du fait que sa femme et ses enfants habitent au Québec, à Sherbrooke.

Ils ont obtenu récemment la citoyenneté canadienne et on a fait de Raif Badawi un citoyen d’honneur de Montréal et de Sherbrooke. On a demandé au gouvernement fédéral qu’il octroie la citoyenneté canadienne à Raif Badawi. 

Si Raïf Badawi avait la double citoyenneté canado-saoudienne, ça donnerait un levier au gouvernement canadien pour mettre de la pression sur le gouvernement saoudien.

Comme il n’est pas citoyen canadien, ça enlève un moyen de pression important pour le gouvernement canadien. Je m’étonne encore aujourd’hui que le gouvernement fédéral n’ait pas octroyé la citoyenneté canadienne à Raif Badawi, histoire de faciliter les pressions, démarches, procédures, et représentations, auprès de l’état saoudien pour faire en sorte d’accélérer sa libération.

Parce qu’entre-temps, ce qui est totalement inacceptable, c’est que ses enfants grandissent loin de lui, pendant qu’il croupit dans une prison saoudienne. Je peux vous dire que les conditions d’incarcération en Arabie saoudite figurent parmi les pires qui puissent être observées partout à travers le monde.

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En tant que pays démocratique, quelles sont les solutions que l’on peut mettre en place pour faire cesser des choses telles que la flagellation ou les condamnations pour apostasie dans des pays éloignés comme l’Arabie Saoudite ?

Officiellement en Arabie Saoudite, il n’existe pas d’autres religions autorisées que l’islam. Il est impossible pour un musulman, sous peine de mort, de renier sa foi et d’adopter, d’embrasser une autre confession religieuse. Évidemment, c’est une violation flagrante des droits humains que cette négation de la liberté de conscience. Et, c’est la raison pour laquelle, lorsqu’on a un cas comme celui de Raïf Badawi, c’est le devoir élémentaire de tout état démocratique que de déployer énormément d’énergie – surtout dans le cas du Canada, où la femme et les enfants de cet homme habitent le territoire canadien, ou québécois, plus précisément, et sont citoyens canadiens –; il y a comme une responsabilité morale supplémentaire de la part de l’état canadien de déployer tous les efforts requis pour assurer sa libération.

Lors de l’étude des crédits du ministère des Relations internationales du Québec, j’ai demandé expressément à la ministre des Relations internationales, Madame Christine St-Pierre, si elle avait eu d’autres communications avec le gouvernement fédéral sur la citoyenneté canadienne de Raif Badawi; et, elle n’a eu d’autre choix que de me répondre que c’était « pas de son pas d’image » de la part du gouvernement fédéral. Donc, c’est totalement inacceptable.

D’autant plus que Justin Trudeau, l’actuel premier ministre du Canada, à l’époque où il était le chef de l’opposition officielle, avait pris des engagements formels à cet effet auprès de madame Ensaf Haidar, la femme de Raïf Badawi.

Au niveau international, il y a eu des pressions des États-Unis, de l’Union Européenne, du Canada, et d’autres pays de l’ONU. Quelle a été la réponse de l’Arabie saoudite ?

L’Arabie saoudite est un régime un peu particulier; à l’époque où j’étais député fédéral, je me suis rendu à deux reprises en Arabie saoudite, dans le dossier William Samson, dont une fois où j’ai eu l’occasion de le rencontrer en personne, alors qu’il était dans un état physique absolument pitoyable. La position que, moi, j’ai adopté dans le cas de William Samson, c’était de tâcher, le plus possible, de minimiser au maximum la couverture médiatique en occident de son cas. Pourquoi ? Le régime saoudien repose sur un fragile équilibre entre la tendance wahhabiste, qui est une tendance islamique très conservatrice, ayant accepté, dans un pacte historique datant des années 30, de maintenir sur le trône la famille royale saoudienne, en échange de la prééminence de la tendance wahhabiste dans le pays.

Cela fait en sorte que l’occident est considéré comme « dégénéré » par rapport aux préceptes très conservateurs de l’islam, et vu comme une menace voire comme un adversaire de l’islam conservateur. Or, comme vous le savez, l’Arabie saoudite est un allié étroit de l’occident dans le monde. Donc, comment réconcilier ces deux positions-là ? Alors, on réconcilie cette position-là en essayant de sauver la face : la tendance wahhabiste fait mine de ne pas voir que le régime saoudien est proche des nations occidentales, et en échange le régime saoudien fait mine de ne pas être proche des nations occidentales; ce qui n’est pas le cas, comme vous le savez.

Dans le cas de William Samson, qui avait la double citoyenneté canadienne et britannique, il y avait également un certain nombre d’autres Britanniques et un Belge impliqués; donc, la libération de tout ce beau monde, il ne fallait pas que ça ait l’air le fruit de pressions exercées en occident. On devait minimiser l’impact médiatique. L’essentiel de l’histoire de William Samson a été connu après coup, bien que les médias canadiens en aient fait état, un petit peu avant sa libération. On cherchait à faire en sorte qu’il y ait le moins d’attention médiatique possible, dans le cas de William Samson.

Lorsque, pour céder aux pressions des nations occidentales, le régime saoudien libère des Occidentaux qui sont emprisonnés dans ses geôles, il doit le faire de façon très discrète, pour ne pas avoir l’air de céder aux pressions des nations occidentales.

Dans le cas de William Samson, nous avons tout fait, et l’essentiel de nos démarches ont été faites de façon méconnues du public. De telle sorte, justement, que sa libération n’ait pas l’air d’une compromission de la part du régime saoudien à l’égard des nations occidentales.

La femme de Raïf Badawi, qui est elle-même saoudienne, connaît le régime et elle a choisi de rendre la situation de Raïf très publique. Je pense qu’il faut respecter ce choix, dans cette décision qu’a prise Madame Ensaf Haidar de rendre publique la situation de son mari; et, donc, on a procédé dans cet esprit, car Raïf Badawi est seulement citoyen saoudien. C’est sûr que s’il n’y avait pas cette démarche de faite, personne dans le monde n’aurait été au courant de la situation de Raïf Badawi. Donc, c’est ce qui explique qu’il y ait cette couverture médiatique dans son cas, qu’on a essayé de minimiser, dans le cas d’un homme comme William Samson.

Le PQ milite pour la libération de Raïf Badawi depuis de nombreuses années. Vous avez notamment organisé des vigiles en son honneur. Pouvez-vous nous raconter comment ça se passe durant ces vigiles ?

Ce sont des vigiles silencieuses, où on porte des images de Raïf Badawi silencieusement pendant un certain temps. Évidemment, on se retrouve; les gens qui participent à la vigile, que ce soit à l’Assemblée nationale, ou à Sherbrooke devant l’hôtel de ville, ou ailleurs au Québec, se retrouvent; évidemment, se font des accolades, en solidarité avec Raïf Badawi; mais, rapidement, on prend une posture silencieuse, avec des images de Raïf Badawi.

Je pense que c’est en respect pour non seulement Raïf Badawi et la situation qu’il vit, mais aussi, pour toutes ces personnes infortunées qui croupissent dans des geôles partout à travers le monde; et, nous sommes ici pour le privilège que nous avons de vivre dans une démocratie et d’en être les seuls porte-voix.

Vous avez reproché au Parti Libéral son inaction dans le dossier Badawi auprès du gouvernement fédéral. Quelles actions compte poser le Parti Québécois s’il est élu pour continuer sa lutte pour la libération de Raïf Badawi ?

Je pense que ce que le gouvernement du Québec devait faire – et il l’a fait justement, à la suite des pressions du Parti québécois – c’était de décerner un certificat de sélection à Raïf Badawi. La façon dont ça fonctionne selon l’entente Collins-Couture, qui a été signée sous un gouvernement du Parti québécois, le gouvernement de René Lévesque, avec le gouvernement fédéral, c’est que le gouvernement du Québec doit présélectionner ses immigrants.

La seule chose que pouvait faire le gouvernement du Québec pour accélérer les procédures d’immigration de Raïf Badawi au Québec et l’octroi de sa citoyenneté, c’était de décerner un certificat de sélection, ce que le gouvernement a fait.

Par contre, depuis que le gouvernement du Québec a émis ce certificat de sélection, il n’y a à peu près plus rien qui se fait; c’est d’ailleurs ce dont je voulais m’assurer lors de l’étude des crédits du ministère des Relations internationales, en posant un certain nombre de questions à la ministre des Relations internationales; puis, ce que j’ai compris, c’est qu’on n’a pas eu de réponse du gouvernement fédéral sur la question de la citoyenneté, et ça semblait s’arrêter là. Mais non, il ne faut pas que ça s’arrête là, il faut qu’on multiplie les pressions, il faut que le premier ministre prenne le téléphone, lorsqu’il a l’occasion de rencontrer officiellement le premier ministre du Canada, de toujours et continuellement lui parler du dossier de Raïf Badawi; or, on a l’impression qu’ils en ont parlé à un moment donné, et depuis c’est «plus de son plus d’image » de la part de Québec non plus.

Alors, moi je pense que le gouvernement du Québec ne peut pas simplement s’asseoir sur le fait du geste qu’il a posé, c’est-à-dire émettre le certificat de sélection, puis après ça ne plus rien faire. Il faut poursuivre les démarches et les pressions auprès du gouvernement fédéral, d’autant que Justin Trudeau a pris des engagements formels à l’égard de l’épouse de Raif Badawi, et on s’attend à ce qu’il livre la marchandise, ce qu’il n’a jamais fait depuis bientôt quatre ans qu’il est au pouvoir. Il a une obligation, ne serait-ce que, au-delà des considérations morales, en fonction de la parole donnée, qui devrait l’amener à défendre un homme comme Raïf Badawi; et, si la parole d’un premier ministre vaut encore quelque chose, il a l’obligation de tout faire ce qu’il peut faire pour assurer la libération de Raif Badawi, dont au premier chef, de lui octroyer la citoyenneté canadienne, ce qu’il n’a pas encore fait, de façon totalement incompréhensible.

Si vous permettez, je me permets une parenthèse ici, là; vous vous souvenez qu’au début de son mandat, contre toute attente, Justin Trudeau a décidé de vendre des chars canadiens, d’autoriser la vente de chars canadiens à l’Arabie-Saoudite, en prétextant que ce n’était que de vulgaires Jeep, alors qu’on a vite constaté qu’il s’agissait de blindés; et, sous la promesse que ces blindés ne seraient jamais utilisés contre des populations civiles. Or, on a la preuve depuis que ces mêmes blindés que le Canada a vendu à l’Arabie saoudite ont été utilisés contre des populations civiles. Alors, moi, ce que je pense, personnellement, et je me permets de le dire publiquement, c’est que ce sont de vieilles considérations commerciales qui empêche le premier ministre du Canada de poser le geste qui devrait être posé, c’est-à-dire d’octroyer la citoyenneté canadienne à Raïf Badawi pour accélérer les procédures d’immigration.

Croyez-vous que le dossier Badawi puisse devenir un enjeu électoral pour la campagne de cet automne?

Je vais vous dire que j’espère que non. J’espère qu’aucun parti n’aura l’outrecuidance et l’indécence de se servir du cas de Raïf Badawi pour tenter d’obtenir des votes. Ceci dit, j’espère qu’aucun parti politique dans la course n’oubliera Raïf Badawi. Alors, ça peut sembler contradictoire, ce que je viens de vous dire, mais je pense qu’il faut que d’une seule voix toutes les formations politiques en liste défendent le dossier de Raïf Badawi. De telle sorte que personne ne cherche à se faire du capital politique, mais que tous et toutes le défendent.

Si le Québec se séparait, sous un gouvernement péquiste, est-ce que celui-ci octroierait la Citoyenneté d’honneur du Québec à Raïf Badawi ?

Absolument. C’est une question théorique, dans la mesure où il n’existe pas actuellement la moindre législation concernant la citoyenneté québécoise. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais à l’époque où Pauline Marois était chef du Parti québécois, on avait déposé un projet de loi visant à créer une citoyenneté québécoise, ce qu’on a pas eu l’occasion de faire lorsqu’on était au gouvernement. J’étais membre du gouvernement de Pauline Marois comme ministre de la Sécurité publique à l’époque.

Mais effectivement il nous faudrait mettre en place cette procédure de création d’une citoyenneté québécoise, et assurément, il faudrait poser ce geste d’accorder la citoyenneté québécoise à Raïf Badawi; et on n’a pas besoin d’attendre l’indépendance pour faire ça : il est possible de créer une citoyenneté québécoise même à l’intérieur du cadre politique canadien.

Actuellement, parce que le Québec n’est pas un pays, parce que les relations internationales, les affaires consulaires relèvent exclusivement du gouvernement fédéral, le Québec n’a pas actuellement tous les leviers dont il devrait jouir et bénéficier pour faire tout ce qui est possible de faire en vue d’assurer la libération de Raif Badawi. Je pense que l’indépendance permettrait au Québec de faire la différence; actuellement, il est muselé par son statut de simple province.

Comment doit-on se regarder en tant que société, au niveau de la liberté d’expression et des droits de l’homme, quand on voit des drames comme celui-là se produire au niveau international ?

Le Québec et le Canada, face à des situations qui ont cours à l’extérieur de nos frontières, se doit de prendre appui sur des cas comme celui de Raif Badawi, pour essayer de faire avancer la situation des droits de la personne et de la liberté d’expression ailleurs dans le monde, puisque nous avons ce grand privilège de jouir de ces droits et libertés, civils et politiques, dont ne jouissent pas un grand nombre de nos congénères, partout à travers le monde. Nous avons une obligation d’essayer que le maximum de nos congénères puisse également en jouir, mais nous avons également une responsabilité, à l’intérieur, de protéger comme la prunelle de nos yeux ces droits et libertés qu’on prend trop souvent pour acquis.

La démocratie, c’est quelque chose de fragile, et il faut se rappeler que plusieurs régimes démocratiques sont devenus des dictatures, et parfois même démocratiquement.

Rappelons-nous qu’Adolph Hitler a été élu démocratiquement, et que c’est le parlement qui a suspendu les activités politiques en Allemagne dans les années 30. Ce n’est pas parce que la démocratie existe, ce n’est pas parce que nous jouissons présentement de ces droits et libertés, que nous en jouirons éternellement. Il faut que les citoyens et citoyennes demeurent vigilants, pour protéger la démocratie, pour protéger nos libertés individuelles et civiques. On peut regarder ce qui se passe présentement aux États-Unis pour se dire qu’au fond la liberté de presse c’est quelque chose de fragile.

On a qu’à voir ce qui s’est passé au Québec, à propos de surveillance policière de journalistes; on a qu’à voir ce qui s’est passé lorsque des manifestants de droite ont été faire du grabuge devant un média, pour se dire que rien n’est acquis pour l’éternité, même dans une démocratie comme la nôtre, qui est l’une des plus vieilles de la planète. (Première élection au Québec : 1772, l’une des plus vieilles démocraties de la planète.)

Malgré tout, on voit ce qui se passe en occident présentement, il y a un recul de la démocratie, il y a un cynisme qui se développe, qui est je pense un danger pour nos démocraties. Et il faut, je pense, être extrêmement vigilant, parce que le jour où les citoyens et citoyennes commencent à se désintéresser de leur démocratie, ça commence déjà à ne plus être une démocratie. Et ça c’est pour moi un grand péril qui nous guette.

En conclusion, qu’auriez-vous à dire aux militants de la libération de Raïf Badawi pour que le mouvement continue ?

Je pense qu’il faut qu’ils gardent courage, car le quotidien ne leur donne que peu d’occasions de se réjouir. Récemment, on avait l’information selon laquelle Raïf Badawi figurait parmi la liste des pardons du ramadan du prince Bohamen Ben Salmane, qui passe pour un réformateur; mais entre vous et moi, quant au statut de réformateur de Bohamen Ben Salmane, on parle de quelqu’un qui est malgré tout un conservateur, même s’il est un des moins conservateurs de ce pays qui est ultra-conservateur.

Tout est relatif. Ben Salmane, qui est un conservateur, demeure dans une perspective internationale ultra-conservateur. Le prince héritier de la famille Al-Sahoud avait placé un certain nombre de prisonniers sur la liste des pardons du ramadan; or, le ramadan est terminé, et Raïf Badawi est toujours incarcéré.

Donc, même lorsque les militants de la libération de Raïf Badawi ont quelques espoirs auxquels se raccrocher, souvent ces espoirs sont déçus, comme elles l’ont été dans l’histoire de la liste du prince Bohamen Ben Salmane. Malheureusement Raif est toujours incarcéré, et moi, je veux rendre hommage à la résilience et au courage dont font preuve Madame Haidar et les enfants de Raïf Badawi, et tous ceux qui militent pour sa libération, car, justement, ils n’ont eu depuis un certain nombre d’années que bien peu de réjouissance.

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