Entrevue

« On peut difficilement accepter que quelque part dans le monde des gens soient emprisonnés pour leurs opinions » – Entrevue avec Stéphane Bergeron

Le Parti Québécois (PQ) et le député de Verchères Stéphane Bergeron militent depuis de nombreuses années pour la libération de Raïf Badawi, en organisant notamment des vigiles silencieuses à son intention, près de l’Assemblée nationale du Québec, ou encore devant l’Hôtel de ville de Sherbrooke.

Grâce à leur prise de position, Raïf Badawi a notamment obtenu un Certificat de Sélection du Québec (CSQ), et le gouvernement du Québec a pu faire pression sur Ottawa pour qu’il lui octroie la citoyenneté canadienne.

Ancien porte-parole du PQ en matière de Relations internationales notamment, on a pu s’entretenir avec lui pour parler du dossier de Raïf Badawi et des tensions actuelles entre le Canada et l’Arabie saoudite.

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Raïf Badawi

Pour bien nous situer, pouvez-vous nous raconter, brièvement, qui est Raïf Badawi et ce qu’il lui est arrivé ?

Il est un blogueur Saoudien qui a eu, je dirais, le malheur de simplement remettre en question un certain nombre de façons de faire, en Arabie saoudite, et de le faire publiquement, ce qui lui a valu d’être condamné à 10 ans d’emprisonnement et à 1000 coups de fouet. Jusqu’à présent, il en est déjà à quelques années d’emprisonnement, et on lui a administré 50 coups de fouet; il en reste donc théoriquement 950 à recevoir.

Sauf que, sa santé a décliné considérablement après la première séance de 50 coups de fouet, alors les autorités saoudiennes n’ont pas récidivé depuis, mais n’ont jamais indiqué que la peine du fouet avait été commuée; donc, techniquement, cette peine est toujours pendante, et il est toujours susceptible de recevoir d’autres coups de fouet jusqu’à ce qu’il soit éventuellement libéré.

Qu’est-ce que cela implique qu’on emprisonne Raïf Badawi pour une question d’opinion, au niveau de la liberté d’expression et des droits de l’homme dans le monde ?

On peut difficilement, comme citoyen d’une démocratie, ou qui repose en grande partie sur le principe de droits de la personne, accepter que quelque part dans le monde des gens soient emprisonnés pour leurs opinions et pour les avoir simplement exprimés; non seulement emprisonnés, mais également condamnés à des châtiments physiques sévères, voire à la peine de mort. Or, il faut reconnaître que malheureusement, c’est encore le lot d’une partie importante de l’humanité que de vivre dans des conditions sur le plan des droits humains totalement inacceptables. Alors, le moins qu’on puisse faire en tant que citoyens qui avons le privilège de vivre dans une démocratie, c’est de faire en sorte de plaider pour ceux qui ne peuvent pas le faire, de ceux dont on a muselé la voix, et de faire en sorte d’améliorer la situation des droits humains à l’extérieur de nos frontières.

Le cas particulier de Raif Badawi interpelle en particulier le Québec et le Canada, du fait que sa femme et ses enfants habitent au Québec, à Sherbrooke.

Ils ont obtenu récemment la citoyenneté canadienne et on a fait de Raif Badawi un citoyen d’honneur de Montréal et de Sherbrooke. On a demandé au gouvernement fédéral qu’il octroie la citoyenneté canadienne à Raif Badawi. 

Si Raïf Badawi avait la double citoyenneté canado-saoudienne, ça donnerait un levier au gouvernement canadien pour mettre de la pression sur le gouvernement saoudien.

Comme il n’est pas citoyen canadien, ça enlève un moyen de pression important pour le gouvernement canadien. Je m’étonne encore aujourd’hui que le gouvernement fédéral n’ait pas octroyé la citoyenneté canadienne à Raif Badawi, histoire de faciliter les pressions, démarches, procédures, et représentations, auprès de l’état saoudien pour faire en sorte d’accélérer sa libération.

Parce qu’entre-temps, ce qui est totalement inacceptable, c’est que ses enfants grandissent loin de lui, pendant qu’il croupit dans une prison saoudienne. Je peux vous dire que les conditions d’incarcération en Arabie saoudite figurent parmi les pires qui puissent être observées partout à travers le monde.

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En tant que pays démocratique, quelles sont les solutions que l’on peut mettre en place pour faire cesser des choses telles que la flagellation ou les condamnations pour apostasie dans des pays éloignés comme l’Arabie Saoudite ?

Officiellement en Arabie Saoudite, il n’existe pas d’autres religions autorisées que l’islam. Il est impossible pour un musulman, sous peine de mort, de renier sa foi et d’adopter, d’embrasser une autre confession religieuse. Évidemment, c’est une violation flagrante des droits humains que cette négation de la liberté de conscience. Et, c’est la raison pour laquelle, lorsqu’on a un cas comme celui de Raïf Badawi, c’est le devoir élémentaire de tout état démocratique que de déployer énormément d’énergie – surtout dans le cas du Canada, où la femme et les enfants de cet homme habitent le territoire canadien, ou québécois, plus précisément, et sont citoyens canadiens –; il y a comme une responsabilité morale supplémentaire de la part de l’état canadien de déployer tous les efforts requis pour assurer sa libération.

Lors de l’étude des crédits du ministère des Relations internationales du Québec, j’ai demandé expressément à la ministre des Relations internationales, Madame Christine St-Pierre, si elle avait eu d’autres communications avec le gouvernement fédéral sur la citoyenneté canadienne de Raif Badawi; et, elle n’a eu d’autre choix que de me répondre que c’était « pas de son pas d’image » de la part du gouvernement fédéral. Donc, c’est totalement inacceptable.

D’autant plus que Justin Trudeau, l’actuel premier ministre du Canada, à l’époque où il était le chef de l’opposition officielle, avait pris des engagements formels à cet effet auprès de madame Ensaf Haidar, la femme de Raïf Badawi.

Au niveau international, il y a eu des pressions des États-Unis, de l’Union Européenne, du Canada, et d’autres pays de l’ONU. Quelle a été la réponse de l’Arabie saoudite ?

L’Arabie saoudite est un régime un peu particulier; à l’époque où j’étais député fédéral, je me suis rendu à deux reprises en Arabie saoudite, dans le dossier William Samson, dont une fois où j’ai eu l’occasion de le rencontrer en personne, alors qu’il était dans un état physique absolument pitoyable. La position que, moi, j’ai adopté dans le cas de William Samson, c’était de tâcher, le plus possible, de minimiser au maximum la couverture médiatique en occident de son cas. Pourquoi ? Le régime saoudien repose sur un fragile équilibre entre la tendance wahhabiste, qui est une tendance islamique très conservatrice, ayant accepté, dans un pacte historique datant des années 30, de maintenir sur le trône la famille royale saoudienne, en échange de la prééminence de la tendance wahhabiste dans le pays.

Cela fait en sorte que l’occident est considéré comme « dégénéré » par rapport aux préceptes très conservateurs de l’islam, et vu comme une menace voire comme un adversaire de l’islam conservateur. Or, comme vous le savez, l’Arabie saoudite est un allié étroit de l’occident dans le monde. Donc, comment réconcilier ces deux positions-là ? Alors, on réconcilie cette position-là en essayant de sauver la face : la tendance wahhabiste fait mine de ne pas voir que le régime saoudien est proche des nations occidentales, et en échange le régime saoudien fait mine de ne pas être proche des nations occidentales; ce qui n’est pas le cas, comme vous le savez.

Dans le cas de William Samson, qui avait la double citoyenneté canadienne et britannique, il y avait également un certain nombre d’autres Britanniques et un Belge impliqués; donc, la libération de tout ce beau monde, il ne fallait pas que ça ait l’air le fruit de pressions exercées en occident. On devait minimiser l’impact médiatique. L’essentiel de l’histoire de William Samson a été connu après coup, bien que les médias canadiens en aient fait état, un petit peu avant sa libération. On cherchait à faire en sorte qu’il y ait le moins d’attention médiatique possible, dans le cas de William Samson.

Lorsque, pour céder aux pressions des nations occidentales, le régime saoudien libère des Occidentaux qui sont emprisonnés dans ses geôles, il doit le faire de façon très discrète, pour ne pas avoir l’air de céder aux pressions des nations occidentales.

Dans le cas de William Samson, nous avons tout fait, et l’essentiel de nos démarches ont été faites de façon méconnues du public. De telle sorte, justement, que sa libération n’ait pas l’air d’une compromission de la part du régime saoudien à l’égard des nations occidentales.

La femme de Raïf Badawi, qui est elle-même saoudienne, connaît le régime et elle a choisi de rendre la situation de Raïf très publique. Je pense qu’il faut respecter ce choix, dans cette décision qu’a prise Madame Ensaf Haidar de rendre publique la situation de son mari; et, donc, on a procédé dans cet esprit, car Raïf Badawi est seulement citoyen saoudien. C’est sûr que s’il n’y avait pas cette démarche de faite, personne dans le monde n’aurait été au courant de la situation de Raïf Badawi. Donc, c’est ce qui explique qu’il y ait cette couverture médiatique dans son cas, qu’on a essayé de minimiser, dans le cas d’un homme comme William Samson.

Le PQ milite pour la libération de Raïf Badawi depuis de nombreuses années. Vous avez notamment organisé des vigiles en son honneur. Pouvez-vous nous raconter comment ça se passe durant ces vigiles ?

Ce sont des vigiles silencieuses, où on porte des images de Raïf Badawi silencieusement pendant un certain temps. Évidemment, on se retrouve; les gens qui participent à la vigile, que ce soit à l’Assemblée nationale, ou à Sherbrooke devant l’hôtel de ville, ou ailleurs au Québec, se retrouvent; évidemment, se font des accolades, en solidarité avec Raïf Badawi; mais, rapidement, on prend une posture silencieuse, avec des images de Raïf Badawi.

Je pense que c’est en respect pour non seulement Raïf Badawi et la situation qu’il vit, mais aussi, pour toutes ces personnes infortunées qui croupissent dans des geôles partout à travers le monde; et, nous sommes ici pour le privilège que nous avons de vivre dans une démocratie et d’en être les seuls porte-voix.

Vous avez reproché au Parti Libéral son inaction dans le dossier Badawi auprès du gouvernement fédéral. Quelles actions compte poser le Parti Québécois s’il est élu pour continuer sa lutte pour la libération de Raïf Badawi ?

Je pense que ce que le gouvernement du Québec devait faire – et il l’a fait justement, à la suite des pressions du Parti québécois – c’était de décerner un certificat de sélection à Raïf Badawi. La façon dont ça fonctionne selon l’entente Collins-Couture, qui a été signée sous un gouvernement du Parti québécois, le gouvernement de René Lévesque, avec le gouvernement fédéral, c’est que le gouvernement du Québec doit présélectionner ses immigrants.

La seule chose que pouvait faire le gouvernement du Québec pour accélérer les procédures d’immigration de Raïf Badawi au Québec et l’octroi de sa citoyenneté, c’était de décerner un certificat de sélection, ce que le gouvernement a fait.

Par contre, depuis que le gouvernement du Québec a émis ce certificat de sélection, il n’y a à peu près plus rien qui se fait; c’est d’ailleurs ce dont je voulais m’assurer lors de l’étude des crédits du ministère des Relations internationales, en posant un certain nombre de questions à la ministre des Relations internationales; puis, ce que j’ai compris, c’est qu’on n’a pas eu de réponse du gouvernement fédéral sur la question de la citoyenneté, et ça semblait s’arrêter là. Mais non, il ne faut pas que ça s’arrête là, il faut qu’on multiplie les pressions, il faut que le premier ministre prenne le téléphone, lorsqu’il a l’occasion de rencontrer officiellement le premier ministre du Canada, de toujours et continuellement lui parler du dossier de Raïf Badawi; or, on a l’impression qu’ils en ont parlé à un moment donné, et depuis c’est «plus de son plus d’image » de la part de Québec non plus.

Alors, moi je pense que le gouvernement du Québec ne peut pas simplement s’asseoir sur le fait du geste qu’il a posé, c’est-à-dire émettre le certificat de sélection, puis après ça ne plus rien faire. Il faut poursuivre les démarches et les pressions auprès du gouvernement fédéral, d’autant que Justin Trudeau a pris des engagements formels à l’égard de l’épouse de Raif Badawi, et on s’attend à ce qu’il livre la marchandise, ce qu’il n’a jamais fait depuis bientôt quatre ans qu’il est au pouvoir. Il a une obligation, ne serait-ce que, au-delà des considérations morales, en fonction de la parole donnée, qui devrait l’amener à défendre un homme comme Raïf Badawi; et, si la parole d’un premier ministre vaut encore quelque chose, il a l’obligation de tout faire ce qu’il peut faire pour assurer la libération de Raif Badawi, dont au premier chef, de lui octroyer la citoyenneté canadienne, ce qu’il n’a pas encore fait, de façon totalement incompréhensible.

Si vous permettez, je me permets une parenthèse ici, là; vous vous souvenez qu’au début de son mandat, contre toute attente, Justin Trudeau a décidé de vendre des chars canadiens, d’autoriser la vente de chars canadiens à l’Arabie-Saoudite, en prétextant que ce n’était que de vulgaires Jeep, alors qu’on a vite constaté qu’il s’agissait de blindés; et, sous la promesse que ces blindés ne seraient jamais utilisés contre des populations civiles. Or, on a la preuve depuis que ces mêmes blindés que le Canada a vendu à l’Arabie saoudite ont été utilisés contre des populations civiles. Alors, moi, ce que je pense, personnellement, et je me permets de le dire publiquement, c’est que ce sont de vieilles considérations commerciales qui empêche le premier ministre du Canada de poser le geste qui devrait être posé, c’est-à-dire d’octroyer la citoyenneté canadienne à Raïf Badawi pour accélérer les procédures d’immigration.

Croyez-vous que le dossier Badawi puisse devenir un enjeu électoral pour la campagne de cet automne?

Je vais vous dire que j’espère que non. J’espère qu’aucun parti n’aura l’outrecuidance et l’indécence de se servir du cas de Raïf Badawi pour tenter d’obtenir des votes. Ceci dit, j’espère qu’aucun parti politique dans la course n’oubliera Raïf Badawi. Alors, ça peut sembler contradictoire, ce que je viens de vous dire, mais je pense qu’il faut que d’une seule voix toutes les formations politiques en liste défendent le dossier de Raïf Badawi. De telle sorte que personne ne cherche à se faire du capital politique, mais que tous et toutes le défendent.

Si le Québec se séparait, sous un gouvernement péquiste, est-ce que celui-ci octroierait la Citoyenneté d’honneur du Québec à Raïf Badawi ?

Absolument. C’est une question théorique, dans la mesure où il n’existe pas actuellement la moindre législation concernant la citoyenneté québécoise. Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais à l’époque où Pauline Marois était chef du Parti québécois, on avait déposé un projet de loi visant à créer une citoyenneté québécoise, ce qu’on a pas eu l’occasion de faire lorsqu’on était au gouvernement. J’étais membre du gouvernement de Pauline Marois comme ministre de la Sécurité publique à l’époque.

Mais effectivement il nous faudrait mettre en place cette procédure de création d’une citoyenneté québécoise, et assurément, il faudrait poser ce geste d’accorder la citoyenneté québécoise à Raïf Badawi; et on n’a pas besoin d’attendre l’indépendance pour faire ça : il est possible de créer une citoyenneté québécoise même à l’intérieur du cadre politique canadien.

Actuellement, parce que le Québec n’est pas un pays, parce que les relations internationales, les affaires consulaires relèvent exclusivement du gouvernement fédéral, le Québec n’a pas actuellement tous les leviers dont il devrait jouir et bénéficier pour faire tout ce qui est possible de faire en vue d’assurer la libération de Raif Badawi. Je pense que l’indépendance permettrait au Québec de faire la différence; actuellement, il est muselé par son statut de simple province.

Comment doit-on se regarder en tant que société, au niveau de la liberté d’expression et des droits de l’homme, quand on voit des drames comme celui-là se produire au niveau international ?

Le Québec et le Canada, face à des situations qui ont cours à l’extérieur de nos frontières, se doit de prendre appui sur des cas comme celui de Raif Badawi, pour essayer de faire avancer la situation des droits de la personne et de la liberté d’expression ailleurs dans le monde, puisque nous avons ce grand privilège de jouir de ces droits et libertés, civils et politiques, dont ne jouissent pas un grand nombre de nos congénères, partout à travers le monde. Nous avons une obligation d’essayer que le maximum de nos congénères puisse également en jouir, mais nous avons également une responsabilité, à l’intérieur, de protéger comme la prunelle de nos yeux ces droits et libertés qu’on prend trop souvent pour acquis.

La démocratie, c’est quelque chose de fragile, et il faut se rappeler que plusieurs régimes démocratiques sont devenus des dictatures, et parfois même démocratiquement.

Rappelons-nous qu’Adolph Hitler a été élu démocratiquement, et que c’est le parlement qui a suspendu les activités politiques en Allemagne dans les années 30. Ce n’est pas parce que la démocratie existe, ce n’est pas parce que nous jouissons présentement de ces droits et libertés, que nous en jouirons éternellement. Il faut que les citoyens et citoyennes demeurent vigilants, pour protéger la démocratie, pour protéger nos libertés individuelles et civiques. On peut regarder ce qui se passe présentement aux États-Unis pour se dire qu’au fond la liberté de presse c’est quelque chose de fragile.

On a qu’à voir ce qui s’est passé au Québec, à propos de surveillance policière de journalistes; on a qu’à voir ce qui s’est passé lorsque des manifestants de droite ont été faire du grabuge devant un média, pour se dire que rien n’est acquis pour l’éternité, même dans une démocratie comme la nôtre, qui est l’une des plus vieilles de la planète. (Première élection au Québec : 1772, l’une des plus vieilles démocraties de la planète.)

Malgré tout, on voit ce qui se passe en occident présentement, il y a un recul de la démocratie, il y a un cynisme qui se développe, qui est je pense un danger pour nos démocraties. Et il faut, je pense, être extrêmement vigilant, parce que le jour où les citoyens et citoyennes commencent à se désintéresser de leur démocratie, ça commence déjà à ne plus être une démocratie. Et ça c’est pour moi un grand péril qui nous guette.

En conclusion, qu’auriez-vous à dire aux militants de la libération de Raïf Badawi pour que le mouvement continue ?

Je pense qu’il faut qu’ils gardent courage, car le quotidien ne leur donne que peu d’occasions de se réjouir. Récemment, on avait l’information selon laquelle Raïf Badawi figurait parmi la liste des pardons du ramadan du prince Bohamen Ben Salmane, qui passe pour un réformateur; mais entre vous et moi, quant au statut de réformateur de Bohamen Ben Salmane, on parle de quelqu’un qui est malgré tout un conservateur, même s’il est un des moins conservateurs de ce pays qui est ultra-conservateur.

Tout est relatif. Ben Salmane, qui est un conservateur, demeure dans une perspective internationale ultra-conservateur. Le prince héritier de la famille Al-Sahoud avait placé un certain nombre de prisonniers sur la liste des pardons du ramadan; or, le ramadan est terminé, et Raïf Badawi est toujours incarcéré.

Donc, même lorsque les militants de la libération de Raïf Badawi ont quelques espoirs auxquels se raccrocher, souvent ces espoirs sont déçus, comme elles l’ont été dans l’histoire de la liste du prince Bohamen Ben Salmane. Malheureusement Raif est toujours incarcéré, et moi, je veux rendre hommage à la résilience et au courage dont font preuve Madame Haidar et les enfants de Raïf Badawi, et tous ceux qui militent pour sa libération, car, justement, ils n’ont eu depuis un certain nombre d’années que bien peu de réjouissance.

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Entrevue

Entrevue avec Eve Torres, candidate pour Québec Solidaire dans Mont-Royal – Outremont

Engagée depuis plus de 16 ans dans différentes sphères, la candidate de Québec Solidaire dans Mont-Royal-Outremont est arrivée au Québec comme étudiante étrangère dans un premier temps il y a presque 20 ans déjà. 

Originaire de la France, elle multiplie très rapidement ses implications au travers par exemple de la Table de concertation « Montréal-Nord en santé », participer aux activités pour implanter les CPE dans Montréal-Nord, organise des collectes de sangs, s’implique au sein des communautés des femmes musulmanes…

« J’ai toujours été passionnée par le bien-commun et les gens »

Ces implications rassemblent les personnes, ce qui leur fait bien souvent oublier les divergences et différences, puisqu’on se rassemble pour le même objectif, souligne t-elle.

Les accommodements raisonnables en 2007 et la Charte des valeurs en 2014, l’ont amené à mettre sur pied un organisme, La voie des femmes, afin d’encourager les femmes, jeunes, racisées ou encore musulmanes à s’impliquer dans la société.

Justice sociale

Tout ça l’amène à sauter en politique aujourd’hui avec Québec Solidaire (QS) pour « porter le plus de voix possible, que l’on n’entend pas souvent », rappèle t-elle.

« Je trouve que cette année il y a un momentum, les gens sont fatigués par la politique »

L’austérité, la hausse des salaires des médecins, le projet de loi 62, ou le projet de consultation publique sur le racisme systémique sont autant d’événements qui l’on amené à réfléchir sur son militantisme et son saut dans l’arène politique.

« Cela fait 20 ans que les problématiques d’accès à l’emploi sont présentes et rien n’a changé depuis : la reconnaissance des diplômes, la représentativité des personnes… C’est les mêmes discours, les mêmes problèmes depuis tant d’années, et je trouve cela inacceptable ! »

Le choix de QS c’est fait naturellement, pour Eve Torres, toujours marquée par une tendance de gauche, et par son combat qu’elle mène toujours sur la question de la justice sociale.

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« Je crois à la force des mouvements citoyens et sociaux. Québec Solidaire était le seul parti à porter toutes ces valeurs selon moi ».

La circonscription Mont-Royal-Outremont est une nouvelle circonscription, dû à un redessinement  politique, puisque le Mile End fait désormais parti de Mercier. Cette circonscription est considérée comme le château fort libéral depuis de nombreuses années, d’ailleurs le député Pierre Arcand sollicite un nouveau mandat.

« Le parti libéral utilise la diversité en vitrine, mais en terme de décisions il n’y a rien eu »

Annonce en avril : emballement médiatique 

Première femme voilée à se présenter à une élection au Québec, elle a été pendant de nombreuses semaines la cible de nombreuses attaques.

Rappelons ici que sa candidature a été rendue possible grâce à une modification du règlement des élections au Québec, survenu à l’autonome dernier à sa demande, qui autorise maintenant toute personne portant un turban ou un voile à se présenter à une élection au Québec.

Malgré des débats houleux à l’Assemblée nationale, la nouvelle réglementation a été adoptée à l’unanimité par tous les partis politiques à l’automne dernier.

« Je m’attendais, notamment de la part du groupe Québécor, à ce lynchage médiatique, avec des allégations islamistes. La seule façon pour eux de vendre leur papier et de jouer sur la peur »

Elle a également reçu de nombreux soutiens, de la part de personnes qui lui sont proches, mais aussi de citoyens anonymes qui voient en sa candidature quelque chose de nouveau, et parfois un espoir.

« Je pense que ma candidature envoie un message fort pour les immigrants de façon générale, mais aussi pour les femmes de la diversité »

Islamophobie

En préparant cette entrevue, j’ai fais des recherches et un petit tour également sur les médias sociaux, et j’ai pu constater que bien souvent, Eve Torres été attaquée sur son physique ou sa personne, plutôt que sur ses idées. Est-ce le fait d’être une femme en politique ? De porter en plus un foulard ?

« Le sexisme et le racisme. Les femmes en politique sont toujours attaquées sur leur physique, ce jugement physique est toujours présent, et en plus le fait que je porte un foulard, cela laisse libre court à toute forme d’insultes ».

Bien souvent lorsqu’elle partage des articles ou des réflexions sur ses réseaux sociaux, des internautes commentent directement ses publications avec des propos racistes, comme « vous n’êtes pas chez vous ici, vous ne serez jamais une québécoise ».

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Elle me parle de micro-agressions qui lui sont déjà arrivées, comme lorsqu’une de ses amies au volant oublie de mettre son clignotant pour tourner, se faisant alors insultée « rentre chez toi sale arabe ».

« L’islamophobie existe bien, socialement c’est permis de se laisser aller sur cette question  encore aujourd’hui, parce que les gens n’ont pas l’impression d’être racistes. Les femmes sont vigilantes de base à l’extérieur, mais encore plus pour les femmes racisées ».

Intégrer la diversité 

À savoir comment inclure davantage la diversité dans la société et le monde du travail, les quotas lui apparaissent comme une des solutions envisageables.

« Les quotas, c’est une solution pour intégrer les minorités visibles mais il faudrait absolument d’autres moyens, comme l’intégration en emploi marche aussi par le réseautage, il faudrait diversifier les personnes dans les sphères de réseautage, qui ont tendance à nous ressembler ».

Sur les CV ou les candidatures anonymes, la candidate de QS est plus ambiguë.

« Je suis ambiguë, car quand on regarde où tu as fait tes études on peut rapidement savoir d’où tu viens ». Mais le débat est plus profond. « Par exemple, moi je n’ai pas de problème avoir d’entrevue avec mon nom, mais quand j’arrive à l’entretien, là je vois immédiatement les visages qui changent, souvent très rapidement ».

Courageuse Eve Torres ?

« Les gens voient juste ce foulard, mais j’ai un parcours de vie atypique. J’ai toujours fait partie de la majorité (soit une femme blanche occidentale francophone), puis des années plus tard j’ai décidé de changer de religion, ce qui m’a mis en marge d’une société ».

« Mon choix personnel est devenu un enjeu politique »

Militante dans l’âme depuis toujours, elle considère que la fracture sociale dans laquelle est notre société aujourd’hui est en partie due aux médias et aux politiques.

Elle espère faire changer les choses en octobre prochain, lors des élections au Québec.

Entrevue

Une année dans une école primaire de Lévis : une enseignante française nous fait part de son expérience

Le système scolaire du Québec est hanté par plusieurs paradoxes. Pour essayer de trouver une explication à ce paradoxe, la rédaction de Média D a interviewé une enseignante française qui participe au programme d’échanges France – Québec, qui s’est terminé, pour elle, en juin dernier.

D’un côté, seulement 64 % des élèves québécois des écoles publiques secondaires obtiennent un diplôme après cinq ans, comme le révèle une étude de l’Institut du Québec publiée en avril 2018. D’un autre côté, selon la plupart des tests internationaux, le système éducatif québécois se compare favorablement à celui des autres provinces canadiennes et des pays de l’OCDE. Par exemple, selon l’enquête PISA 2015, la performance des élèves québécois en sciences arrive au troisième rang après celles de Singapour et du Japon.

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Une véritable globe-trotter, Madame Gros hâte de faire découvrir le monde entier aux enfants du Québec et de la France. Crédit photo: Elena Albina

Depuis août 2017, Mireille Gros, enseignante française de 20 ans d’expérience et directrice d’une école primaire de Bages, une petite commune française située au sud de la France, participe au programme d’échanges d’enseignants entre la Belle Province et La Gaule.

Durant cette année scolaire, elle a enseigné à l’école primaire Odyssée de Lévis où elle a remplacé son collègue québécois, en occupant sa maison et en utilisant sa voiture. Pendant ce temps, son homologue québécois a exercé ses fonctions d’enseignant à Bages, en habitant dans sa maison et en disposant de ses biens.

Pour cette jeune quinquagénaire, ce séjour d’une année à l’étranger était le plus long jamais effectué hors de son pays. Même si elle a déjà beaucoup voyagé en Europe, l’immersion complète dans la vie à l’américaine se distingue clairement de ses expériences précédentes. En portant toujours un regard externe sur nos forces et faiblesses, Média D lui a posé des questions sur son expérience professionnelle au Québec.

  • Quels aspects de votre expérience d’enseignante au Québec avez-vous trouvé les plus positifs et inspirants ?

Votre culture de collaboration et l’importance du travail en équipe. J’ai été très impressionnée par la présence de plusieurs spécialistes qui travaillent ensemble très fort pour assurer le développement du meilleur environnement affectif pour l’enfant, surtout ce qui concerne l’estime de soi, la confiance et les compétences sociales. Un exemple concret : durant toute l’année, trois fois par semaine, j’ai été assistée d’une technicienne en éducation spécialisée (TES) et d’une autre enseignante « libre ».

Grâce à la présence de ces deux spécialistes, j’ai obtenu plus de temps pour travailler avec les élèves en difficulté, en petits groupes de quatre à huit personnes. À la fin de l’année, j’ai remarqué que ces enfants avaient nettement progressé.

Chez nous, en France (et j’ai travaillé dans plusieurs écoles durant mon parcours d’enseignante), on n’a habituellement pas toujours un accès facile aux spécialistes de soutien, et un enseignant doit souvent se débrouiller tout seul, surtout dans les petites écoles car ces spécialistes sont regroupés dans les grandes structures.

De plus, contrairement au système français, au Québec, déjà à l’école primaire, vous avez des enseignants spécialistes en plusieurs domaines, tels que le sport, la musique et l’anglais. Cette diversité de spécialistes contribue sûrement au développement plus équilibré et polyvalent de l’élève. Comme résultat de ce type d’accompagnement, les enfants québécois sont plus forts en compétences sociales que leurs homologues français du même âge. Ceci s’illustre, entre autres, par l’aisance de vos élèves à faire une présentation devant un groupe.

Finalement, l’horaire journalier des enseignants du Québec est moins chargé que celui des enseignants français. Si au Québec, je passe 4 heures en classe avec les élèves et que je dispose d’une heure pour me préparer aux cours, en France, je dois travailler 5 h 15 par jour avec les élèves, et aucun temps pour préparer les cours n’est prévu à mon horaire.

  • Quelles sont les pratiques que vous avez trouvées plutôt contestables?

Chaque médaille a deux côtés, c’est bien connu. C’est très bien de mettre le bien-être de l’enfant au centre de la pédagogie, mais, si l’on exagère en appliquant ce principe, on risque de former un enfant-roi, dépourvu du désir d’apprendre. Dans le cas d’un conflit entre l’enseignant et l’élève, la marge de manœuvre de l’enseignant au Québec est assez limitée : chaque classe est équipée d’un bouton d’interphone sur lequel il est conseillé d’appuyer pour demander l’aide d’un TES si nécessaire (ce spécialiste devrait s’occuper d’un enfant-perturbateur à la place de l’enseignant).

Une autre contrainte à l’autonomie de l’enseignant : si les parents déposent une plainte contre un enseignant, la direction de l’école tend à prendre le parti des parents, et les syndicats restent plutôt passifs. Cette approche est différente en France, ce qui s’explique par le statut permanent des enseignants (la plupart des enseignants en France sont des fonctionnaires). Quant au directeur de l’école, il n’a pas statutairement ou réellement les moyens pour imposer une autorité, puisqu’il est subordonné à l’inspecteur de la circonscription représentant l’État. En cas de conflit grave avec entre un enseignant et une famille, c’est l’inspecteur qui prendra le problème en charge. Les syndicats sont en outre très puissants et les enseignants français n’hésitent pas à manifester leur désaccord avec le ministère et parfois celui-ci recule. Dans une situation semblable, les enseignants québécois, quoique mécontents de la situation, ne disposent pas des mêmes leviers pour pouvoir poser des gestes concrets.

  • Comment comparez-vous le niveau scolaire des élèves québécois par rapport à leurs homologues français au début de leur première année à l’école primaire ?

Contrairement aux enfants français, les enfants québécois sont moins bien préparés pour leur première année à l’école primaire : leur calligraphie est moins développée, ils font moins bien la distinction entre les sons et leur vocabulaire est moins riche. Par exemple, ils utilisent le mot « chapeau » dans tous les contextes imaginables, en ignorant les différences, jugées trop subtiles, entre « la casquette », « le képi » et « la tuque ».

Cette différence de niveau s’explique par le fait que la maternelle en France dure habituellement trois ans, tandis qu’au Québec, seulement une année. Dans cette optique, j’approuve entièrement la proposition de votre ministre de l’Éducation [Sébastien Proulx] d’implanter progressivement la maternelle dès 4 ans à l’échelle du Québec.

  • Comment trouvez-vous le niveau scolaire des élèves québécois à la fin de leur première année?

À la fin de la première année, les enfants du Québec ont dû apprendre, dans un rythme plus accéléré que leurs compères français, des bases de calligraphie, de grammaire (la construction et la transformation des phrases), de calcul et de résolution de problèmes.

Je trouve ce rythme un peu effréné, ce qui stresse trop et inutilement les parents et les élèves. Cependant, à la fin de l’année, mes élèves québécois (environ, 80 % d’entre eux) ont très bien réussi à atteindre les objectifs envisagés.

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Les enfants qui hâtent de répondre aux questions de leur enseignante. Crédit photo: Elena Albina

 

  • J’ai assisté à une de vos dernières classes, et je partage votre avis : vos élèves ont l’air motivés et démontrent une très bonne maîtrise de la matière. Comment pourriez-vous expliquer ce résultat?

Quelques raisons l’expliquent. En plus de la présence des spécialistes de soutien, qui libèrent les enseignants pour le travail en petits groupes, deux autres facteurs sont à considérer : la charge élevée des devoirs à la maison et le soutien actif des parents. Ceci contraste avec la pratique courante en France, où 99 % de la matière est enseignée en classe, et ce qui est demandé à la maison est la révision de la matière seulement; d’où le rôle moins important des parents.

Un type de progression d’apprentissage que l’enseignant applique peut aussi jouer un rôle. Dans ma pratique d’enseignement, j’emploie, depuis longtemps, une approche spiralaire, qui s’exprime dans le retour périodique des mêmes objets d’enseignement, en augmentant chaque fois la complexité des tâches à accomplir dans diverses situations. Cette façon d’enseigner la matière facilite la consolidation des connaissances acquises et diminue les risques d’oubli (qui sont plus probables en suivant une approche linéaire).

De plus, afin que les élèves puissent apprendre à résoudre des problèmes complexes en mathématiques, je leur propose de manipuler entre eux des objets avant de travailler par écrit. Grâce à l’exécution de tâches concrètes, mes élèves intériorisent mieux les concepts complexes.

 

  • Selon l’enquête de 2018 de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l’Éducation nationale en France, le taux de diplomation des élèves de l’école secondaire dans votre pays est à 88 %, ce qui est supérieur de 24 % à celui du Québec, d’après les données 2018 de l’Institut du Québec. Comment pourriez-vous expliquer cette différence?

 

Au début de l’année, j’ai trouvé un document laissé dans le secrétariat de mon école de Lévis, dans lequel j’ai découvert des données de l’Institut de la statistique du Québec qui m’ont profondément bouleversées : 38 % des enfants de la 1ère secondaire au Québec ont un emploi (72 % d’entre eux travaillent de 0 à 6 heures par semaine), et ce nombre grimpe à 55 % vers la 5e secondaire (27 % d’entre eux travaillent 16 heures et plus par semaine).

En France, selon la réglementation du travail, aucun jeune ne peut travailler avant l’âge de 16 ans (il y a quelques rares exceptions à cette règle). De plus, jusqu’à l’âge de 18 ans, le jeune bénéficie de règles protectrices spécifiques qui lui interdisent, entre autres, de travailler pendant la nuit (de 22 h à 6 h). Le travail intense à cet âge peut exercer un effet néfaste sur la santé et la performance scolaire des élèves québécois, malgré ses bienfaits reconnus : le développement de l’autonomie, le sens de l’organisation et la débrouillardise. Oui, c’est le choix de votre société, mais avouez-le : il entraine aussi un prix à payer.

  • Quel est le but de l’éducation?

Certains élèves répondent souvent à cette question : gagner plus d’argent, être fonctionnels dans la société, etc. Mais, moi, je pense différemment. Même avec une bonne éducation, il n’y a aucune garantie que vous allez décrocher nécessairement un jour l’emploi de vos rêves. Le but de l’éducation est moins utilitariste, mais plus global et abstrait : former la pensée de l’élève afin qu’il puisse choisir librement plus tard sa voie.

  • Quel est le rôle de l’enseignant dans ce processus?

Trouver un juste équilibre entre l’imposition de l’autorité et le laissez-faire, le béhaviorisme et le socioconstructivisme, comme on les nomme dans nos cercles pédagogiques. Mon philosophe préféré, Confucius, a dit : « Apprendre sans réfléchir est vain. Réfléchir sans apprendre est dangereux. » Bref, un bon enseignant devrait, à son tour, apprendre à jouer au funambule sur un mince filin.

Entrevue, Portrait

Pourquoi j’ai quitté Montréal pour m’installer en région avec ma famille

Meilleure qualité de vie, opportunités professionnelles ou environnement sécuritaire sont autant d’attraits qui poussent de plus en plus d’immigrants à se diriger vers les régions du Québec, en grande pénurie de main d’oeuvre ces derniers mois. Mohammed Hicham Louridi, originaire du Maroc, est l’un d’entre eux. Il a quitté Montréal en 2016 avec femme et enfants direction Saint-Georges de Beauce, dans la région de Chaudière-Appalaches.

Au Québec, plus de 1,3 million d’emplois seront à pourvoir d’ici 10 ans, dont plus d’un million en région, à l’extérieur de Montréal.

Face à cette situation de pénurie de main d’oeuvre, les entreprises se tournent de plus en plus vers l’immigration. On estime que plus de 20 % de ces postes pourraient être comblés par des personnes issues de l’immigration.

Le Ministère de l’Immigration réalise en ce moment une grande campagne « Ensemble, nous sommes le Québec », en vue de favoriser l’immigration en région au Québec.

Hicham a fait partie de cette campagne de promotion.

Arrivés en mars 2015 au Québec avec sa femme et ses deux enfants, ils sont en possession de la résidente permanente qu’ils ont obtenu après 5 ans d’attente au Maroc.

Installés à Montréal pendant une année, rapidement le quotidien devient stressant et le manque d’opportunités professionnelles et de contrats se fait sentir.

« J’ai eu beaucoup de difficultés à Montréal, je n’ai pas réussi à trouver de travail, malgré les nombreux CV que j’envoyais aux grandes entreprises, je n’avais jamais de réponse ».

Professeur en électronique pendant plus de 15 ans au Maroc, Hicham rencontre des obstacles lorsqu’il souhaite enseigner ou faire un stage, puisqu’il devrait au préalable refaire son diplôme.

Il décide alors de se rapprocher d’un organisme qui aide à la recherche emploi, où il suit une formation de trois mois, qui va lui permettre de se rendre en Beauce, sélectionné lors de l’événement « La Beauce embauche », organisé par l’organisme.

Plan B : en région 

Après avoir visité la région et passé des entrevues, une opportunité professionnelle se présente à lui, qu’il accepte sans hésitation. Obligé de revenir quelques mois à Montréal, pour ne pas avoir pu céder le bail, finalement il retrouvera un emploi à Saint-Georges de Beauce par la suite.

A 50 ans il travaille aujourd’hui comme opérateur de production sur des machines à outils numériques chez Tactic.

« Moi et ma femme, on étaient déterminés, on avait un objectif »

Leur intégration et installation s’est extrêmement bien passée, les gens ont été très accueillants avec la nouvelle famille, et aucun acte de racisme ne s’est encore manifesté.

Même chose pour leurs deux enfants qui se sont vite intégrés, forts d’avoir appris le français lors d’écoles d’été à Montréal.

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Hicham et sa famille

 

Conseils pour futurs immigrants

Il conseille pour les futurs immigrants de bien se renseigner avant de partir, mais surtout d’aller visiter en personne avant de prendre une décision.

« Le seul conseil que je peux donner, surtout aux personnes avec des enfants, c’est d’aller en région, dans n’importe quelle région » explique t-il.

Enfin de ne pas oublier de consacrer beaucoup d’efforts et de temps à la recherche d’emploi et de se rapprocher d’organismes qui oeuvrent dans la régionalisation ou l’aide en recherche d’emploi.

L’avenir continue de se dessiner pour eux à Saint-Georges de Beauce, où leurs enfants pourront aller prochainement à l’université dans la région.

Actualités, Entrevue

« N’aie pas peur, OSE ! » : Entrevue avec les fondatrices du Salon International de la femme noire

Samedi 02 juin prochain se tiendra à la Place Bonaventure la première édition du Salon International de la femme noire, qui offrira une large gamme d’activités placées sous le rassemblement, de l’intégration et la bonne humeur. À la tête de cet évènement 5 femmes inspirées et inspirantes.

Le salon veut mettre de l’avant les femmes noires et métissées qui ont participé aux changements de la société et montrer que l’on a besoin de ces femmes là plus que jamais aujourd’hui. Entourer la réussite est également une des missions du Salon, dont le slogan est « N’aie pas peur, OSE ! ».

L’idée est venue de Dorothy Rhau en 2016, lors d’une frustration de la sous-réprésentation au niveau des produits en se rendant à un Jean Coutu à Rivière-des-Prairies. « Je trouvais ça inconcevable que l’on ne retrouve pas nos produits, alors que chaque jour on va à Jean Coutu » raconte-elle.

« Combien de femmes brillent encore dans l’ombre »

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Les organisatrices

Toutes les cinq ont un parcours différent mais les mêmes objectifs au travers de cet événement qui au-delà d’être un salon, se veut être « un mouvement féministe, paritaire et inclusif ».

  • Joeline Jean-Claude, formation en biologie et en enseignement, elle est aussi directrice de l’entreprise de cosmétiques Mary Kay. « Permettre aux jeunes filles d’avoir une vision plus élargie de l’avenir, et se dire qu »il y a de place pour elles dans la société ».
  • Lovely Fleurmé, notaire de formation en immobilier et droit de la personne. « Le but du salon : faire connaitre l’histoire de la femme au peuple, on veut montrer qu’on a une belle communauté et souligner que le parcours des entrepreneurs noires est différent »
  • Catherine Kamtchueng, biologiste de formation et dans le domaine pharmaceutique. « Je trouve qu’avec l’histoire que j’ai, et le background, je n’ai pas le droit de rester là et de rien faire ».
  • Dorothy Rhau, bagage en Ressources Humaines et humoriste. « Il ne faut pas oublier que les femmes racisées, vivent un autre complexe, le racisme ou les discriminations ».
  • Christelle Mokoko, formation en finances, fondatrice des ateliers Place aux femmes. « Donner un petit peu plus de place aux femmes, qui sont déjà brimées parce qu’elles sont femmes ».

Au Québec en 2011, 1 personne sur 10 étaient issue d’une minorité visible, dont la population noire représentait le plus grand nombre. Parmi eux, 52,1% sont des femmes.

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Des quotas de la diversité pour l’équité ?

Mise en pratique aux États-Unis et en France sous forme de discrimination positive, les quotas de la diversité sont basés sur le même principes que les quotas paritaires hommes/femmes, mais qu’en pensent-elles ?

« On y sera obligé à un moment donné, pour que la société comprenne qu’il y a des personnes de différentes origines et qu’ils font les mêmes études et qu’ils ont le même cerveau que les autres » souligne Catherine.

« Je ne suis pas d’accord avec les quotas, parce que je pense que l’on embauche la compétence, pas la couleur » explique elle Christelle.

Représentativité et place des Femmes noires

Toutes s’accordent à dire que la représentativité des femmes noires dans les médias ou la société restent encore très marginales et souvent stéréotypée.

« Beaucoup de femmes ont des histoires à raconter, comment elles ont commencé leurs business notamment. Je veux que l’histoire soit racontée au travers de mes yeux, et non pas que quelqu’un d’autre la raconte comme bon lui semble », déclare Joanie.

« On veut laisser aux générations suivantes des modèles » renchérit Dorothy.

Les discriminations, le racisme, ou encore le profilage racial sont encore bien présents dans notre société, bien souvent ce que l’on appelle des micro-agressions.

Dorothy nous explique comment cela se traduit : « Quand tu arrives quelque part on te regarde sans arrêt, les gens tirent leurs sacoches, quand tu arrives on traverse le trottoir, quand tu arrives dans un quartier, tu es suspect… »

Souvent ces micro-agressions sont verbales également : « Tu es belle pour une noire », « Tu t’exprimes bien pour une noire », « tu parles bien français pour une noire ».

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Au programme du salon : conférences, exposants, discutions, rencontres, ateliers, dégustation, ou encore performances artistiques.

L’événement est ouvert à toutes et tous en permettant de comprendre et de rencontrer des femmes afro-québécoises et afro-canadiennes.

Les billets sont disponibles ici : https://internationalblackwomenexpo.tix123.com