Portrait

Portrait de Bruno Costa, influenceur sur Instagram

À 29 ans, Bruno Costa, alias the_french_One sur Instragram, compte déjà plus de 134 000 abonnés sur le fameux réseau social d’images. Originaire de Marseille en France, il su bâtir une stratégie pour en faire un vrai business. 

C’est en 2016 qu’il commence véritablement à poster des photos de look sur Instagram, voulant suivre la tendance du moment. De fil en aiguille, ses abonnés augmentent et des marques commencent à lui envoyer des produits gratuitement jusqu’au jour où son premier contrat est arrivé avec une marque pour un post.

Capture d’écran 2018-07-17 à 10.06.06

Avec des études en commerce, publicité, communication et marketing, il partait clairement avec des avantages considérables pour établir une stratégie payante sur les réseaux sociaux.

« C’est beaucoup d’argent facile à faire »

Suivi à 70% par des hommes et à 30% par des femmes, Bruno a une communauté très engagée et très jeune.

Face à l’appât du gain, plusieurs personnes acheté des faux abonnés pour prétendre à une notoriété. Il est facile de les déceler, en regardant le taux d’engagement, soit le nombre de j’aimes et de commentaires sur les publications, qui doivent être entre 5% à 10% du nombre total d’abonnés.

Lui, jure qu’il n’a jamais acheté de faux abonnés.

Algorithme 

Instagram reste une plateforme imprévisible, où les revenus sont très aléatoires. Depuis une dizaine de mois, Instragram a modifié son algorithme, ce qui s’est traduit par une perte de 50% environ des likes sur les publications. Le but est d’inciter les utilisateurs à payer sur le réseaux social pour être plus visibles.

« Avant quand je postais quelque chose, cela apparaissait directement dans le fil d’actualité de mes abonnés. Mais maintenant ce qui apparaît est uniquement ce qui est considéré comme un centre d’intérêt pour l’utilisateur, et tu dois avoir au moins aimé 10 photos de la personne pour voir les nouvelles publications sur ta page d’accueil ».

Pour contourner ce nouvel algorithme, des groupes Whatapps se sont développés. Ainsi, on partage dans ces groupes privés d’influenceurs, ses nouvelles publications qui vont être aimés et commentés par les autres membres, et vice-versa lorsqu’ils publieront du nouveau contenu.

fitting
Crédit photo : Moirée Visuals

Sa force est clairement d’allier plusieurs domaines, tant dans la mode où il aborde plusieurs styles de vêtements que dans le contenu qu’il propose.

« J’arrive à ne pas attirer que des marques de protéines ou de mode, et je pense que c’est ça qui intéresse les marques. Il y a peu d’influenceur homme diversifié au Québec, où beaucoup d’influenceur, sont uniquement des sportifs ou des femmes ».

Stratégie

En anglais ou en français, le matin ou le soir, choisir les bons hashtags, bref toute une stratégie à adopter avant chaque publication. Les règles de base sont la qualité des photos et la régularité des publications, selon lui.

« La plupart des marques font en sorte aujourd’hui que l’influenceur puisse choisir le produit qu’il va mettre en avant dans ses publications. Je préfère mettre mon look en avant, que mon corps, mais je le fais parfois parce que c’est ce que me demande mes abonnés »

Sa communauté est très diversifiée, d’un océan à l’autre, puisqu’il est suivi majoritairement au Canada, aux États-Unis et en France.

Un véritable business

Le nombre de contrat varie d’un mois à l’autre, et généralement il y en a plus au printemps/été, que dans l’hiver qui est une période plus calme.

« Je charge 500$ par publication, et bien souvent les marques prennent plusieurs publications »

Ses modèles sont Mariano Di Vaio, pionnier des influenceurs, ou encore Marc Fitt, bien connu au Canada.

nico
Crédit photo : Moirée Visuals

Vendre du rêve

On lui demande souvent conseil, parfois sur des ruptures, ou sur des décisions à prendre. Son contenu fait parfois rêver, inspire d’autre fois ses abonnés qui rêvent d’un mode de vie occidental par exemple.

« Pour moi influenceur ce n’est pas un métier, mais un extra »

« Quand tu regardes Instagram, tu as l’impression que tout le monde est beau, que tout le monde voyage, que tout le monde à la vie parfaite. Je comprends que ça puisse être difficile pour les personnes qui ne sont pas épanouies dans leur travail. Je trouve que c’est comme à l’époque où l’on mettait des filles parfaites en une des magazines »

L’important est de faire la part des choses, et de savoir prendre du recul par rapport aux réseaux sociaux.

« Il faut garder à l’esprit que tout n’est pas naturel sur les réseaux sociaux. Qui aujourd’hui ne poste pas de photos sans filtre ? »

La suite ?

Ces dernières semaines, il diversifie ses activités, avec un blog en ligne, une chaîne YouTube où il propose des vidéos thématiques et il est également en train de développer sa propre entreprise, dans le domaine du marketing et des communications.

« Les marques sont encore un peu frileuses au Canada quand il s’agit de mettre de l’argent sur les réseaux sociaux ou sur des influenceurs. Mais si on compare le coût d’une campagne à télé ou à la radio versus un influenceur, le coût est beaucoup moins cher et les retombées plus grandes, car on peut cibler la campagne ».

Il voudrait ainsi aider les compagnies et les marques à développer leur stratégie numérique.

« C’est important de se créer un réseau, pour l’utiliser plus tard »

Comme tout est éphémère, il anticipe et pense à l’avenir. Il utilise et se créer un réseau pour bâtir un avenir sécure. Il est également passion d’astronomie, et aspire un jour pourquoi pas à une implication en politique.

Advertisements
Entrevue, Portrait

Pourquoi j’ai quitté Montréal pour m’installer en région avec ma famille

Meilleure qualité de vie, opportunités professionnelles ou environnement sécuritaire sont autant d’attraits qui poussent de plus en plus d’immigrants à se diriger vers les régions du Québec, en grande pénurie de main d’oeuvre ces derniers mois. Mohammed Hicham Louridi, originaire du Maroc, est l’un d’entre eux. Il a quitté Montréal en 2016 avec femme et enfants direction Saint-Georges de Beauce, dans la région de Chaudière-Appalaches.

Au Québec, plus de 1,3 million d’emplois seront à pourvoir d’ici 10 ans, dont plus d’un million en région, à l’extérieur de Montréal.

Face à cette situation de pénurie de main d’oeuvre, les entreprises se tournent de plus en plus vers l’immigration. On estime que plus de 20 % de ces postes pourraient être comblés par des personnes issues de l’immigration.

Le Ministère de l’Immigration réalise en ce moment une grande campagne « Ensemble, nous sommes le Québec », en vue de favoriser l’immigration en région au Québec.

Hicham a fait partie de cette campagne de promotion.

Arrivés en mars 2015 au Québec avec sa femme et ses deux enfants, ils sont en possession de la résidente permanente qu’ils ont obtenu après 5 ans d’attente au Maroc.

Installés à Montréal pendant une année, rapidement le quotidien devient stressant et le manque d’opportunités professionnelles et de contrats se fait sentir.

« J’ai eu beaucoup de difficultés à Montréal, je n’ai pas réussi à trouver de travail, malgré les nombreux CV que j’envoyais aux grandes entreprises, je n’avais jamais de réponse ».

Professeur en électronique pendant plus de 15 ans au Maroc, Hicham rencontre des obstacles lorsqu’il souhaite enseigner ou faire un stage, puisqu’il devrait au préalable refaire son diplôme.

Il décide alors de se rapprocher d’un organisme qui aide à la recherche emploi, où il suit une formation de trois mois, qui va lui permettre de se rendre en Beauce, sélectionné lors de l’événement « La Beauce embauche », organisé par l’organisme.

Plan B : en région 

Après avoir visité la région et passé des entrevues, une opportunité professionnelle se présente à lui, qu’il accepte sans hésitation. Obligé de revenir quelques mois à Montréal, pour ne pas avoir pu céder le bail, finalement il retrouvera un emploi à Saint-Georges de Beauce par la suite.

A 50 ans il travaille aujourd’hui comme opérateur de production sur des machines à outils numériques chez Tactic.

« Moi et ma femme, on étaient déterminés, on avait un objectif »

Leur intégration et installation s’est extrêmement bien passée, les gens ont été très accueillants avec la nouvelle famille, et aucun acte de racisme ne s’est encore manifesté.

Même chose pour leurs deux enfants qui se sont vite intégrés, forts d’avoir appris le français lors d’écoles d’été à Montréal.

IMG-20180602-WA0001_preview-2
Hicham et sa famille

 

Conseils pour futurs immigrants

Il conseille pour les futurs immigrants de bien se renseigner avant de partir, mais surtout d’aller visiter en personne avant de prendre une décision.

« Le seul conseil que je peux donner, surtout aux personnes avec des enfants, c’est d’aller en région, dans n’importe quelle région » explique t-il.

Enfin de ne pas oublier de consacrer beaucoup d’efforts et de temps à la recherche d’emploi et de se rapprocher d’organismes qui oeuvrent dans la régionalisation ou l’aide en recherche d’emploi.

L’avenir continue de se dessiner pour eux à Saint-Georges de Beauce, où leurs enfants pourront aller prochainement à l’université dans la région.

Portrait

Portrait de Aaron Esteban, artiste aux multiples facettes

Né à Montréal, d’origine latino-arabe, salvadorienne et égyptienne, Aaron Esteban vient tout juste de sortir son nouveau single « Dont Mind If I Dance » qui cartonne et s’annonce déjà comme le tube de l’été. Rencontre avec le chanteur qui a pleins de projets.

Déjà plus de 10 ans de carrière derrière lui et de nombreux singles déjà sortis, peut être avait vous déjà entendu I love Your Mmm Mmm, qui a tourné en boucle l’été dernier.

Capture d’écran 2018-06-05 à 10.00.08
Extrait du vidéoclip « I love Your Mmm Mmm »

Depuis, il vole de ses propres ailes puisqu’il gère de A à Z tous ses nouveaux projets, et mélange à la fois anglais, espagnol et français dans ses titres. « Aujourd’hui j’ai 100% le contrôle de mon image, de ce que je veux dire, ce que je veux faire passer comme message » confie-il.

« Plus ton rêve est grand, plus ta récompense sera grande »

Son nouveau titre Dont Mind If I Dance lui ressemble beaucoup plus, c’est peut-être le single qui lui correspond le plus depuis le début de sa carrière et les retours sont très positifs à date.

Ses sources d’inspirations sont multiples, allant de Michael Jackson à Justin Timberlake en passant par Jennifer Lopez. « Elle a ouvert des portes aux latinos, ça a été la première à avoir un contrat de millions de dollars, en menant une carrière artiste dans la musique, actrice et entrepreneuse, je la respecte beaucoup ! » explique-t-il.

Les réalités d’artiste

Du fait de ne pas chanter en français, il est plus difficile pour Aaron de percer dans le marché québécois en tant qu’artiste anglophone. « Je trouve qu’il y a beaucoup de talents qui meurent avec le temps, où qui vont aux États-Unis ou à Toronto pour développer leur art ».

Noir et Blanc#71 StudioÉcouteurClose-UpPShop - Copie (2)

Il parle aussi de l’industrie, un monde qu’il considère à part, où il est difficile de faire sa place. « C’est définitivement une élite à Montréal, je me sens vraiment chanceux d’avoir des contacts » soutient-il.

Souvent beaucoup de jeunes artistes en démarrage recherchent de l’attention à n’importe quel prix, il reconnaît avec beaucoup de franchise s’être perdu au début de sa carrière, ce n’était pas le message qu’il voulait véhiculé dans ces chansons. Mais depuis les choses ont changé, notamment avec son dernier single, sur lequel il a travaillé de nombreux mois.

Il est également acteur et a monté sa compagnie de web-marketing, qui l’aide à développer sa propre marque.

« Je fais de la musique pour changer des vies, inspirer et donner de la confiance aux personnes »

Beaucoup de diversité est présente dans les artistes au Québec certes, mais bien souvent ils restent méconnus du grand public, ou sous représentés dans les Galas. Aaron pensent que c’est aux artistes de faire leur place, et de ne pas attendre qu’on leur ouvre leur porte. « Je pense que Montréal a beaucoup à apprendre de Toronto, qui est unie derrière ses artistes » ajoute t-il.

IMG_3899

Il recommande de tous s’unir ensemble pour pousser les portes.

Projets futurs : à l’international ?

Si tous ses plans fonctionnent, il devrait d’ici l’année prochaine partir pour Los Angeles, en Californie, pour de nouveaux projets artistiques, et ainsi franchir une nouvelle étape de sa carrière à l’international.

« Je sens que j’ai ma place là-bas »

Une envie de sortir de sa zone de confort et de renouveau l’ont poussé à avoir cette envie d’exporter son talent au-delà des frontières. On a pas fini d’entendre parler d’Aaron Esteban dans les prochaines années. D’ici là son dernier single, Don’t Mind If I Dance, est disponible depuis le 28 mai dernier.

 

Portrait

Portrait de Marie-Vincent Katshingu : Fondatrice d’Admirable Cosmetics

Rencontre avec une femme passionnée

Lors d’une séance photo j’ai fait la rencontre de Marie-Vincent Katshingu, la fondatrice de la gamme Admirable Cosmetics, cette mère de famille a décidé de lancer son entreprise après avoir obtenu son Bac en mathématiques avec une spécialisation en actuariat à l’Université de Montréal en 2003.  Étant passionnée par le maquillage elle change de métier pour se concentrer sur ce qu’elle exalte : « J’ai toujours porté du maquillage et aimé maquiller les autres mais, je n’avais pas encore découvert que j’avais la capacité ou la passion du maquillage, mais maintenant je sais que c’est ce que je veux faire et que je vais suivre. »

Marie-Vincent Katshingu et Jean Pascal
Marie-Vincent Katshingu et Jean Pascal

Motivation : Créer sa marque

Le changement est survenu lorsqu’elle a été insatisfaite d’une gamme qu’elle n’arrive pas à trouver sur le marché, elle préfère alors créer sa propre marque afin de pouvoir satisfaire ses besoins et des besoins des femmes noires qui l’entoure. Elle va suivre des cours de maquillage afin de pouvoir connaître ce qu’elle veut comme produit.

Également, elle apprend à faire la pose de cils, mais elle se spécialise comme elle l’indique sur le visage : « J’ai commencé à chercher un laboratoire avec lequel on a pu commencer à écrire des formules pour le rouge à lèvre, font de teint et tout le reste qui est sur notre gamme qui correspond aux besoins des femmes noires. » Elle lance alors sa gamme Admirable Cosmetics l’an dernier.

Admirable Cosmetics 1Admirable Cosmetics 2

Son inspiration

Ce qui l’a motivé à faire ce changement et devenir entrepreneur ce sont ses enfants. Mère de trois enfants dont deux filles, elle veut faire comprendre à ses enfants que tout est possible et qu’ils peuvent être leur propre patron dans ce qui les passionne : « Je voulais qu’elles puissent me regarder et dire qu’elles sont fières de leur mère, mais aussi inspirées par elle. » Elle voulait suivre son rêve.

Presentation du maquillage
Crédit Photo : Ismaël Coly

Soirée de lancement

Le 5 mai, elle a fait une soirée de lancement. Il y avait beaucoup de personnes présentes pour l’occasion. Il y a eu un défilé, une séance de maquillage, présentation de ses produits et un invité surprise : Jean Pascal.

Défilé de Mode
Crédit Photo : Ismaël Coly

Le milieu du maquillage : difficile de trouver sa place

Sachant que ce milieu est une compétition, elle comprend qu’il est dur de trouver sa place. « Je viens de créer mon produit selon la technologie d’aujourd’hui et selon les besoins de la femme noire, nos produits ont été créés à prime abord pour la femme noire pour répondre au besoin de la peau, de la pigmentation de la femme noire. »  

Mannequin Zoha
Crédit Photo : Ivan Jodonowksy – Styliste : Naomie Souffrant –       
Mannequin : Zoha

Ses produits sont pour toutes les peaux, pâle, foncée, peau grasse, peau sèche… Elle précise que sa gamme permet de satisfaire celles qui ont tendance à vouloir bien paraître sur leur photo. Effectivement, elle a fait de nombreux essais que ce soit durant des séances photos, ou plateaux de télévision.

Elle est une femme passionnée, elle a un talent, elle est aimable et sa gamme se vend à des prix raisonnables. On souhaite du succès à Admirable Cosmetics !

Ika de Jong
Crédit Photo :  Ismaël Coly – Artiste : Ika de Jong
Portrait

Être une jeune immigrante diplômée au Québec

D’origine nigérienne, Habsouta quitte en 2013 la capitale, Niamey, où elle a grandi pour venir faire ses études universitaires au Québec. Elle a 18 ans. Quatre ans plus tard à seulement 22 ans, un diplôme d’Ingénieur en poche, elle décide de s’y établir professionnellement. 

Habsouta est maintenant une jeune femme active qui n’a qu’une idée : rencontrer des situations diverses et acquérir de l’expérience. Pour elle, être une femme noire n’est pas une double fatalité, il faut se battre pour s’accomplir. Ce message, elle souhaite que toute la diaspora africaine s’en imprègne. C’est pourquoi aujourd’hui elle souhaite s’ouvrir sur sa propre expérience qui, elle l’espère, fortifiera les ambitions des jeunes diplômé(e)s ou futurs diplômé(e)s africain(e)s au Québec. 

Média D : Habsouta, tu es née au Niger et tu y as passé tes premières 18 années. Peux-tu nous en dire un peu plus sur le chemin que tu as parcouru depuis l’obtention de ton DEC (équivalent au baccalauréat en France et au Niger) jusqu’ici? 

Habsouta : résumer 5 années en une réponse n’est pas très facile (rires) mais je vais tâcher d’abréger. Je suis arrivée au Québec en septembre 2013, pour entamer un Baccalauréat en Génie Chimique (B.Ing) à l’Université Laval. C’était la première fois que je venais au Canada. Ma première année universitaire était plutôt une année d’adaptation à un nouvel environnement, un autre mode de vie. Durant ma deuxième année, j’ai vite réalisé que l’expérience professionnelle était importante, alors pendant l’été, je me suis trouvé un job étudiant. Ensuite, au cours de ma troisième année, j’ai fait un stage de recherche à l’Université, puis j’ai travaillé durant une session en tant qu’auxiliaire de recherche. Par la suite, j’ai été employée au service de placement de l’Université. En parallèle, j’ai été Vice-présidente pour l’organisation d’un colloque sur l’insertion professionnelle et l’entrepreneuriat de la jeunesse africaine qui regroupait plusieurs universités. 

Enfin, à ma 4e année, j’ai gradué à la cérémonie de remise de jonc qui est la cérémonie de prestation de serment à l’ordre des ingénieurs. C’est en septembre 2017 que j’ai trouvé un emploi en accord avec mon diplôme, 4 ans après mon arrivée au Québec.

Média D : les études scientifiques ont toujours été une évidence pour toi, qu’est ce qui t’attire autant dans les sciences ? 

« Mon environnement familial m’a également influencé, car j’ai grandi dans une famille de scientifiques » 

Habsouta : disons que j’aime la logique derrière les sciences. Je suis attirée par les choses concrètes et je préfère simplement résoudre une équation qu’écrire une dissertation. Mon environnement familial m’a également influencé, car j’ai grandi dans une famille de scientifiques. Mon père est ingénieur nucléaire, mon frère aîné est ingénieur pétrolier et ma mère a fait des études en électrotechnique. 

Média D : en tant que femme noire et musulmane quels ont été les défis auxquels tu as dû faire face durant tes études ? Ta recherche d’emploi ? 

Habsouta : les difficultés liées aux études n’étaient pas nombreuses. À l’université, il y avait des étudiants qui venaient de divers horizons. De plus, il y avait très peu d’étudiants dans mon programme d’étude ce qui rendait les professeurs très disponibles. 

« La vraie difficulté, c’est dans le monde professionnel » 

La vraie difficulté, c’est dans le monde professionnel. Qu’il s’agisse d’un stage ou d’un travail, c’est désolant, mais être noire et porter un voile peut te disqualifier lors d’une entrevue. 

« C’est désolant, mais être noire et porter un voile peut te disqualifier lors d’une entrevue » 

Pourtant, ma couleur de peau ou mon voile ne font pas de moi une employée moins compétente. Heureusement qu’il y a des entreprises qui ne partagent pas ces préjugés, c’est pourquoi une femme comme moi peut quand même avoir un stage ou un travail au Québec. 

Média D : quels conseils donnes-tu aux jeunes lycéens qui veulent faire leurs études supérieures au Québec ? 

Habsouta : mon premier conseil ce serait de s’y prendre à l’avance. Les échéances pour déposer les demandes d’admission se présentent plus tôt qu’on ne le pense. Par exemple, pour la rentrée d’automne en septembre, il faut faire sa demande d’admission durant les mois de janvier ou février au plus tard. Il en est de même pour les documents d’immigration, il faut s’y prendre tôt. Mon deuxième conseil est de bien choisir son programme d’études et de se renseigner sur les prérequis nécessaires pour étudier dans le programme choisi. 

Média D : les attentes, que tu avais par rapport aux études au Québec, ont-elles été atteintes ? 

Habsouta : oui, avant de venir j’avais déjà une idée de la qualité des études au Québec. J’ai beaucoup appris et j’ai hérité d’une méthodologie de travail que je développerai avec l’expérience. Je suis contente d’avoir choisi d’étudier ici et si c’était à refaire, je le referai. 

Média D : selon toi qu’est-ce que la diaspora nigérienne peut apporter de plus au Québec ? 

« La majorité de la diaspora nigérienne est très jeune et estudiantine ce qui en fait une communauté érudite » 

Habsouta : tout comme le Québec, le Niger est francophone. Donc les immigrants nigériens n’ont pas à apprendre le français et peuvent directement mettre à profit leurs capacités. La majorité de la diaspora nigérienne est très jeune et estudiantine ce qui en fait une communauté érudite. Sans oublier qu’ils apportent avec eux, tout comme la diaspora africaine en général, divers folklores qui donnent de nouvelles nuances à la société québécoise. Quoi de plus ennuyeux qu’une société dans laquelle tout le monde se ressemble ? (rires) 

C’est sur cette belle note de fin que se termine cette interview. Cependant, je souhaite ajouter une dernière note adressée à tous les jeunes immigrants comme Habsouta et comme moi : portez fièrement votre identité, car quand on sait d’où l’on vient, on sait plus facilement où l’on va. 

Portrait

Portrait de Tanobla Badou : Devenir entrepreneure pour se dépasser

Le 2 avril 2018, le premier restaurant de cuisine ouest-africaine a ouvert ses portes à Québec. Fondé par deux immigrants originaires d’Afrique de l’Ouest, le restaurant reflète dans son titre, T&B’s, un partenariat fructueux entre ses deux propriétaires : Tanobla Badou, originaire de la Côte d’Ivoire, et Bouba Tone, originaire du Burkina Faso.

Situé dans le quartier Saint-Roch, connu pour sa mixité sociale, T&B’s Restaurant (acronyme de leur initiales respectives) représente un lieu idéal pour découvrir des traditions culinaires et culturelles de l’Afrique de l’Ouest et pour entretenir des échanges culturels enrichissants. Pour connaître les facteurs de motivation qui ont poussé les deux immigrants bientôt tous les deux trentenaires à se lancer dans la jungle du monde des affaires, Média D a rencontré Tanobla Badou.

Vaincre la peur de l’inconnu grâce au soutien des parents

« Quand je suis arrivée au Canada en 2012 à l’âge de 23 ans, une jeune fille toute frêle et naïve, je n’ai pas pensé du tout au chemin de l’entrepreneuriat. Mon but était de poursuivre mes études en géologie pour ensuite exercer mon métier», nous fait part Tanobla.

« Cependant, après avoir terminé mon baccalauréat à l’Université du Québec à Montréal en 2014  et ne pas avoir décroché d’emploi dans mon domaine [un scénario fréquent pour plusieurs immigrants diplômés], j’ai pensé sérieusement retourner dans mon pays natal. Restant au pays de neige éternelle, loin de la chaleur du foyer familial, je me suis sentie complètement seule, perdue, désorientée. Étant pessimiste sur mon futur au Canada, dans une de mes conversations téléphoniques avec mes parents, je leur ai annoncé ma décision ‘‘définitive’’ de retourner en Côte d’Ivoire. Mais, à ma grande surprise, ils m’en ont dissuadée », nous révèle Tanobla.

« Certes, tu peux toujours revenir, mais assure-toi, d’abord, d’avoir fait tout ce qui est possible pour ne pas regretter plus tard ta faiblesse du moment. Aujourd’hui, ton présent te semble sombre, insupportable, mais demain, si tu persévères et innoves, tu trouveras ton chemin, le chemin à toi », la raisonnaient ses parents.

Grâce à ces paroles et à leur soutien inconditionnel ultérieur, dont elle est très reconnaissante, une jeune femme a bravé sa peur et a continué à chercher sa voie.

Miser sur un bon partenaire d’affaires

Tanobla et Badou
Partenariat d’affaires fiable basé sur la complémentarité – Photo courtoisie de Tanobla Badou

« Graduellement, mon cercle d’amis à Montréal s’est élargi et, parmi ces amis, j’ai rencontré celui qui m’a transmis sa passion pour les affaires », nous raconte Tanobla. Gérant chez Tim Hortons depuis quelques années à Montréal, Bouba Tone, après avoir acquis une expérience solide en gestion de chaine de restauration rapide, a chéri le rêve de voler de ses propres ailes, mais, faute de motivation et de temps, il n’a pas osé se lancer.

À partir de 2016, Tanobla et Bouba ont commencé à réfléchir sérieusement à un projet commun d’entrepreneuriat. Un an plus tard, ces deux complices se sont retrouvés sur les bancs d’école pour suivre la formation spécialisée en création d’entreprises à Montréal. Très pratique, basée sur un accompagnement personnalisé et des rencontres avec des entrepreneurs d’expérience, cette formation leur a permis de bien se préparer au lancement de leur entreprise et, le plus important, leur a donné la confiance de se propulser. Encore aujourd’hui, ils consultent leurs notes de cours et restent en contact avec leurs formateurs.

Dans leur partenariat d’affaires, Tanobla et Bouba forment une équipe très complémentaire.

Créative, analytique et perfectionniste (« Tout rêve se doit d’être accompli avec excellence » est la devise de Tanobla), une jeune femme est responsable de la conception des recettes et de leur présentation esthétique ainsi que des relations avec les fournisseurs et de la gestion.

En revanche, Bouba, un homme d’action, s’occupe du marketing, du développement du site web et des relations avec les clients. Dans le cas de problèmes à résoudre, grâce à leur mode de réflexion commune, les deux entrepreneurs trouvent de meilleures solutions.

Penser à soi et penser à d’autres

Durant leur analyse de marché, Tanobla et Bouba se sont rendu compte du manque flagrant de restaurants africains à Montréal (selon Tripadvisor, on en compte seulement dix) et à Québec (on en trouve seulement un) par rapport à d’autres restaurants ethniques, d’où cet intérêt d’occuper cette niche de marché vacante et prometteuse. Entre ces deux villes, leur choix s’est arrêté sur Québec, jugée comme étant la ville la plus tranquille, sécuritaire et plus favorable aux entrepreneurs : selon le dernier classement des villes entrepreneuriales en 2015, réalisé par la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante, la ville de Québec a obtenu la côte 45,9, alors que Montréal  ̶  36,1.

En ce qui concerne le concept du restaurant, comme Tanobla l’explique, T&B’s représente un type hybride, en combinant les traits de la restauration rapide (le service au comptoir, le temps de préparation moyen de 9 min) et de la cuisine traditionnelle (certains plats sont préparés dans le four, sans gras, et c’est possible de goûter des jus, salades et desserts faits sur place).

Répas
Poisson entier, Attiéké, Alloco, Riz aux Épices T&B’s

La minimisation des risques environnementaux et le tissage de liens avec la communauté locale sont au centre des valeurs de Tanobla et Bouba. Pour diminuer le gaspillage alimentaire et assurer une meilleure gestion des déchets, T&B’s a signé des ententes avec des organismes à but non lucratif pour que ces derniers récupèrent les huiles usagées et les repas non vendus.

Dans un esprit de développement durable, T&B’s  accorde la priorité aux producteurs québécois comme fournisseurs, dans la mesure du possible. Afin de favoriser des rencontres interculturelles, T&B’s offre à ses visiteurs des jeux de société joués typiquement sur le continent de l’avenir et des livres écrits par des auteurs africains. Des concerts de groupes de musique de toutes saveurs culturelles et des soirées à thème sont envisagés dans leur projet de développement.

Chasser des nuages à l’horizon

Entreprendre, c’est risqué, et entreprendre dans le secteur de la restauration, c’est davantage risqué. Selon l’Indice entrepreneurial québécois 2017, 60 % des propriétaires québécois ferment leur entreprise avant qu’elle ne franchisse le cap des cinq ans. Dans la restauration, après cinq ans d’exploitation, ce chiffre grimpe à 71 %, nous dévoile l’Association des restaurateurs du Québec.

Le pire sort est réservé toutefois aux immigrants en tant que propriétaires d’entreprises : dans la fenêtre des 5 années suivant l’ouverture d’une entreprise, 76 % d’entre eux ferment leurs portes, selon l’Indice entrepreneurial québécois 2016 du Réseau M.

Entièrement au courant de cette statistique décourageante, Tanobla ne perd  cependant pas son optimisme. Malgré quelques difficultés financières (Tanobla et Bouba ne s’appuient que sur leurs propres ressources financières), Tanobla et Bouba croient que de bonnes valeurs morales, la fiabilité des partenaires d’affaires, la persévérance et le soutien de leur famille et de leurs amis les aideront à surmonter toutes les difficultés. Admirative devant cette résilience, la rédaction de Média D leur souhaite sincèrement bonne chance dans leur projet.

Portrait

Portrait de Ma’liCiouZ, artiste innovante à l’origine de l’exposition Matriarche

Artiste professionnelle depuis 2012, Ma’liCiouZ, Montréalaise d’origine haïtienne se distingue par ses murales qui ornent le quartier Saint-Michel et enchaîne les projets innovants. Marquée par l’afroféminisme et reconnue pour la force de ses œuvres représentant des personnages féminins, elle présente sa 7ème exposition, Matriarche à l’Espace Mushagalusa, inspirée des femmes qui l’entourent. Rencontre avec une artiste à la fois humble et bouleversante.

Les débuts de Ma’liCiouZ

« J’ai toujours eu un côté rebelle, tu vois ? Et ce côté-là je peux l’exprimer par mon art, surtout quand j’étais plus jeune, j’étais un peu anarchiste. C’est drôle parce qu’en réalité, je ne suis pas quelqu’un de malveillant », explique-t-elle, contemplative. Ma’liCiouZ, la « malice ». Un nom qui a apposé sa marque le long des murs de Saint-Michel « D’un autre côté, pourquoi l’extrême devrait toujours être un défaut ? », renchérit-elle d’un sourire interrogateur.

IMG_3666

Ma’liCiouZ souligne avoir depuis toute petite une tendance artistique : c’est en étudiant le graphisme qu’elle réalise qu’elle préfère autre chose que de faire des affiches publicitaires. C’est en produisant ses dessins sur des vêtements pour ses amis que l’idée germe : « Mon but était que les gens puissent se promener avec des messages représentatifs », se remémore Ma’liCiouZ.

Toutefois, c’est véritablement en observant l’impact de ces messages dans sa communauté, encouragée par son entourage qu’elle désire pousser l’expérimentation plus loin. Du tag au graffiti, qu’en est-il des murales qui la caractérisent ? « J’ai commencé à faire des murales dans Saint-Michel à la demande de gens : maintenant, quand je créé, j’ai toujours envie de faire de plus en plus grand ».

31357588_999358756894726_8619688248525979648_n

Malgré ses expositions en galeries, son art de prédilection demeure celui « de la rue » :    « J’aime dessiner, peindre et tout, mais le graffiti c’est vraiment ma forme d’expression préférée. Je me sens dans mon environnement quand je le fais, que j’utilise tout mon corps et au final j’adore réaliser que ce que je viens de faire est plus grand que moi, que ça remplisse le champ de vision ».

Une démarche qui démocratise l’art, en quelque sorte. Passionnée, elle explique aujourd’hui ne pas avoir besoin de plan B : « À partir de 2012, je me suis mise à réaliser un projet à la fois et concrétiser ce que j’avais en tête. Je crois que quand on a une certitude, il faut suivre son instinct ».

IMG_3672

Matriarche : « Les femmes sont les “gatekeeper de l’humanité”

Femme debout, femme devant, Femme Potomitan.
Elles sont des entités centrales socialement et spirituellement parlant. Qu’elles le veuillent ou non, qu’on le reconnaît ou non.
Matriarche ; Gate Keeper de l’humanité.

Les tantes, les grand-mères, les mères : continuité de son travail, c’est justement avec une démarche très intuitive que l’exposition Matriarche prend place dans la tête et le cœur de la jeune artiste. Composé de nombreux tableaux représentant tous des personnages féminins, droits et fiers, les regards sont saisissants. À travers cette démarche, Ma’liCiouZ illustre ce que “ça représente d’être une femme noire”.

L’artiste explique que cette fois-ci, elle fait le pont entre les générations. En utilisant le noir et blanc pour lier passé et présent, comme pour le tableau “Grann”. Les matriarches s’entrecroisent, se soutiennent, se rendent fières : “Matriarche pour moi est l’équivalent de ‘Potomitan’, en créole : la femme est centrale dans la famille et on s’y réfère. Je voulais faire un lien en représentant des femmes qui ne sont pas nécessairement mère, mais qui pourraient le devenir (ou choisir de ne pas suivre cette voie non plus)”.

IMG_3673 - copie

Son œuvre “Keeper” illustre justement cette dualité, le devoir de protéger et de se protéger soi. Le portrait fictif inspiré d’une amie proche la dépeint tenant d’un geste assuré son bébé, calé contre son sein. De l’autre main, la femme empoigne fermement un pistolet: son regard direct, de détermination confronte les observateurs.

Et pour la suite ?

IMG_3663

Sans trop en révéler, l’artiste a plusieurs projets en tête : “J’aimerais réaliser cette exposition-là dans d’autres villes, faire d’autres œuvres sur le même thème et en présenter à un public différent, peut-être ?”, évoque-t-elle avec un sourire.

Son souhait d’aller en Haïti pour créer une murale, cette fois-ci seule, germe également dans sa tête. Quoiqu’il en soit, le monde artistique n’a pas fini d’entendre parler de Ma’liCiouZ, la force tranquille.

*L’Exposition MATRIARCHE se termine ce dimanche 29 avril. Heures d’ouverture vendredi samedi 10 h à 18 h et dimanche jusqu’à 19 h. 533 Ontario Est – Entrée gratuite

Pour consulter les multiples créations de l’artiste, voici son site web : https://www.maliciouz.com/