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Entrevue avec Julia Posca de l’IRIS, sur le racisme systémique des Autochtones du Québec

Durement frappée par la pauvreté, le manque d’accès à des services et des soins de santé adéquats, cette communauté rassemble des conditions propices à la dérive vers la toxicomanie, le suicide ou la violence.

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Selon une étude publiée il y a quelques jours par l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), les Autochtones du Québec seraient en proie à de la discrimination systémique. On est allez rencontrer la chercheuse à l’origine de cette étude, Julia Posca, pour en savoir plus.

Média D : Toute première étude de l’IRIS sur les Autochtones du Québec, pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Julia Posca : On s’intéresse aux inégalités en général, on a travaillé sur les inégalités de revenus, de patrimoines, les inégalités vécues par les immigrants au Québec l’année passée, et donc là on a décidé de s’intéresser aux Autochtones parce qu’on ne l’avait jamais fait avant, et ça nous semblait important de parler de la situation des Autochtones au Québec, de leur conditions de vie, étant donné qu’on sait que c’est une catégorie de la population qui est plus désavantagée que d’autres.

Des données, mais jamais de portrait d’ensemble ? 

Il existe des données recueillies par Statistique Canada qui recueille depuis une vingtaine d’années au moins toutes sortes de statistiques donc il y a des données qui existent pour le Canada et par province. Mais il n’y avait pas d’étude qui présentait ces données là pour le Québec spécifiquement.

Donc là on a un premier portrait d’ensemble de la situation des Autochtones avec des données qui sont assez récentes (2016). J’ai utilisé essentiellement des données du recensement à part pour les indicateurs de santé, victimes et justices qui proviennent d’enquête.

On a pu également distinguer les Premières Nations des métis et des Inuits, les différentes nations qui sont au Québec.

Qu’est ce qui ressort de ce rapport ? 

On constate que dans tous les aspects de leur vie, les Autochtones sont désavantagés par rapport au reste de la population québécoise, en termes de revenus, d’emplois, de la situation du logement, l’éducation, la santé… Des écarts partout en fait !

On a l’illustration là d’un problème de discrimination systémique vécu par les Autochtones au Québec.

Il y a eu cette tentative d’assimiler les Autochtones, que ce soit avec la loi sur les Indiens, le système des Réserves, ou encore les écoles résidentielles, puis en fait on constate les effets de ce régime colonial qui se font encore sentir et qui ont des répercutions sur les conditions de vie des Autochtones.

Il y a eu une faible couverture médiatique suite à la publication de ce rapport, comparé généralement aux autres rapports publiés par l’IRIS, est-ce que c’est votre ressenti également ? 

Non pas aussi bonne qu’on l’aurait souhaité. J’ai fais des entrevues avec Radio-Canada en Abitibi et avec une radio privée au Saguenay et CBC à Québec, mais c’est très peu parce qu’on est habités à avoir une plus grande couverture. Je pense qu’il n’y a rien de nouveau, dans le sens où l’on sait que les Autochtones ont de piètres conditions de vie par rapport au reste des Québécois, et peut être qu’à cause de ça, il y a eu moins d’intérêt.

Par contre nous, on pensait que c’était intéressant d’avoir ce portrait d’ensemble, qui montre que ce sont des inégalités qui se renforcent les unes les autres, que ce n’est pas un mince problème que l’on a devant nous.

Si il y a une information que l’on doit absolument retenir de ce rapport, ça serait laquelle ? Et pourquoi ?

Bonne question ! Moi je trouve que ce qui est intéressant de voir, c’est qu’un enfant Autochtone qui est né au Québec en 2016 vit dans un foyer où déjà le logement est surpeuplé, délabré dans une proportion assez importante, où l’accès à des aliments de qualité est problématique. Donc déjà il naît dans un contexte qui est problématique, avec des parents qui sont moins éduqués que la moyenne, et ont donc des difficultés à intégrer le marché du travail au Québec.

Toutes ces conditions se renforcent et auront des répercutions sur sa vie, et tout ça fait qu’ils ont moins de chances que les Québécois. C’est important de voir l’ampleur de problème, et la complicité de la situation actuelle selon moi.

On entends moins parler justement de cette problématique du logement, comparé à celle de la violence par exemple

Effectivement on a entendu parler de ce qu’il se passe dans d’autres provinces canadiennes, les questions de l’accès à l’eau également dans la communauté du Nord de l’Ontario par exemple. Alors on a l’impression que ça va mieux pour les Autochtones au Québec, même si il y a des préjugés comme « la vie sur les réserves c’est génial parce qu’ils payent pas de taxes », c’est ça le plus gros préjugé.

Alors que les études montrent que les conditions de vie sont moins bonnes dans les communautés, les réserves. Avec toutes sortes de problèmes comme les vagues de suicide qu’on a vu dans les dernières années, qui ne sont pas étrangères au fait qu’on a des populations avec lesquelles leur mode de vie sont complètement chamboulées tant par le fait que les communautés ont été déstructurées, avec les changements climatiques qui peuvent avoir un impact sur différentes activités comme la chasse et la pêche, et de l’autre côté ces communautés ont du mal à adapter leur mode de vie à celui des Québécois non-autochtones parce qu’ils ont de la difficulté à accéder à l’éducation et au marché du travail par la suite.

Il y a du chemin fait, mais ce sont des conditions dures encore. Il y a eu la Commission sur les femmes disparues et assassinées par exemple.

Quel avenir se dessine pour les Autochtones du Québec ? Une amélioration ou au contraire une détérioration ? 

On espère évidemment une amélioration, mais je pense que c’est un bon pas de reconnaitre par exemple l’impact qu’ont eu les écoles résidentielles sur les Autochtones, pas seulement sur ceux qui les ont fréquenté, mais sur leurs enfants et leurs petits enfants, ça a été prouvé.

Une manière de combattre contre les inégalités c’est par l’accès à des services publics de qualité. On sait qu’il y a des problèmes d’accès à l’éducation, à la santé notamment dû à des questions de racisme ou d’éloignement des communautés parfois. Il y a du travail à faire pour améliorer l’accès au service, on espère que la Commission Viens identifiera ce problème.

Par contre, il faudra élaborer des améliorations en collaboration avec les Autochtones , on ne veut pas reproduire ce que l’on a fait dans le passé, soit reproduire des solutions qui sont imposées, qui ne sont pas adaptées à leur réalité particulière. Si on permet au peuple Autochtone d’agir en pleine autonomie, je pense que là il y a peut-être moyen de surmonter les problèmes actuels.

Plusieurs personnes reprochent à cette étude le manque de proximité, d’aller prendre le poul sur le terrain, voir la réalité au lieu de s’appuyer sur des données de Statistique Canada. Qu’est-ce que vous leur répondez ? 

Absolument, c’est une analyse entièrement statistique quantitative, on prend des données. Mais c’est intéressant car c’est un assez bon portrait, même s’il y a certaines communautés qui ne sont pas recensées. Mais c’est évident que là on a un portait macro-économique et qu’on ne peut pas faire la distinction entre les différentes communautés qui ont chacune leurs particularités. Il est évident que les Kahnawake de Montréal ont des conditions différentes des Inuits du Grand-Nord ou des communautés en Abitibi par exemple.

Qu’est ce qu’on entend exactement par « racisme systémique » ? 

On parle de racisme et de discrimination systémique quand il y a une population qui est traitée différemment du reste de la population, pour le dire simplement. Je pense qu’on ne tient pas compte du passé et du rapport colonial qui a pu s’installer avec les Canadiens/Québecois, justement de ne pas tenir compte de ça c’est en soit reproduire un racisme, et des discriminations envers ces peuples là.

Sur la question de l’éducation par exemple, si on ne reconnait pas qu’il y a eu un traumatisme lié aux écoles résidentielles, alors on a de la difficulté à comprendre comment l’accès à l’éducation est plus problématique, comment ça se fait que les universités ont longtemps été vues comme un signe d’assimilation, les Autochtones qui allaient à l’université perdaient leur statut d’indiens, et donc les droits qui leur été rattachés.

Il faut reconnaitre qu’ils sont désavantagés pour trouver des manières de leur donner les mêmes chances que le reste de la population. Ils sont victimes d’un système qui inconsciemment, sans nécessairement le vouloir, reproduit des chaines de dominations passées.

D’autres études à venir sur les Autochtones ? 

Pas prévue pour l’instant mais c’est sur qu’on va vouloir s’intéresser à cette question là, à la hauteur de nos moyens.

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Entrevue avec Roland Dama, immigrant ivoirien

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J’ai rencontré Roland, 35 ans, lors d’une formation dans un club de recherche d’emploi. Il a accepté d’échanger avec moi sur son parcours, ses motivations en tant qu’immigrant au Canada et sa joie communicative d’être ici.

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Quel est ton parcours universitaire en Côte d’Ivoire ?

Après un cycle secondaire scientifique (mathématiques et sciences physiques), je me suis orienté vers la faculté des sciences économiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan. J’y ai complété une maîtrise en économie (équivalence Baccalauréat Economique) entre 2002 et 2006. J’ai également complété un Master en évaluation des projets en 2015. Ce dernier a été organisé conjointement par le Bureau National d’Études Techniques et de Développement (BNETD) et l’Université Félix Houphouët-Boigny.
En plus de tes études académiques, as-tu une expérience professionnelle dans ton pays ?

Oui parfaitement, j’ai une expérience de travail de plus de près de 4 années en Côte d’Ivoire. J’ai pu développer cette expérience aussi bien en qualité d’employé qu’en qualité de bénévole. Pour moi, le bénévolat reste un puissant facteur de développement des compétences.

En tant qu’employé, j’ai été successivement assistant du Directeur Général et Chef du Service Finance du Fond d’Extension et de Renouvellement du développement de la culture du palmier à huile (FER-PALIMER). Il s’agit d’un Établissement Public National (EPN) placé sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture. Parallèlement à mon engagement professionnel, je me suis beaucoup investi dans le bénévolat car j’aime donner une partie de mon temps pour servir du monde sans nécessairement attendre des effets financiers. En tant que bénévole, j’ai été appelé à assumer diverses responsabilités. J’ai notamment été président d’une chorale, commissaire aux comptes du bureau jeune, chargé de communication du bureau jeune, moniteur de catéchèse et formateur à l’entrepreneuriat.  

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À quel moment t’es-tu dit : je veux aller au Canada et tu as commencé à faire les démarches ? Tu as peut-être de la famille ou des connaissances qui sont parties ? Ou alors un jour, as-tu eu un déclic en voyant une publicité ou un reportage à la télévision ? En gros, qu’est-ce qui t’a donné envie, un jour, d’immigrer au Canada ?

La décision d’immigrer au Canada remonte à septembre 2012, un peu plus d’une année après la rencontre de ma conjointe de fait. Nous avons ensemble discuté de l’opportunité de mieux valoriser nos compétences en immigrant au Canada et nous avons pris cette décision d’un commun accord.

Mais avant cela, l’idée avait déjà germé par le biais d’une amie à ma maman qui vit déjà ici au Canada depuis plusieurs années avec son conjoint Québécois. Je me souviens qu’à chaque fois qu’elle venait en vacances en en Côte d’Ivoire, je prenais un grand bonheur à visionner les belles images du Canada. J’aime beaucoup l’entendre parler du Canada et des opportunités de ce grand pays du monde.

Petit à petit, la volonté d’immigrer prenait forme à mon insu. Mais cette décision-là a été beaucoup plus renforcée à la faveur de la crise politique que nous avons vécu en Côte d’Ivoire sur la période 2010 à 2011 avec son impact considérable sur l’emploi jeune. Ce fut une période difficile pour tous et en particulier pour la jeunesse et l’emploi jeune.

Donc vous avez commencé vos démarches de Résidence Permanente ?

Exactement, ma conjointe et moi avons commencé à préparer notre projet d’immigration dès 2012. Il a été soumis à l’attention des services de l’immigration provinciale et fédérale respectivement en 2013 et 2015. Le processus a pris globalement 4 années pour être admis au statut de résidents permanents. En prenant en compte l’année de préparation du dossier, je peux dire que notre projet d’immigration a pris 5 années.

Ta conjointe et toi avez donc reçu votre visa de Résidence Permanente en 2017 ?

Oui parfaitement. Le Visa de résident permanent a été accordé en Octobre 2017. Recevoir ce visa est pour nous quelque chose d’inouï et de prestigieux quand on sait la notoriété du Canada avec ses territoires et de ses belles et grandes provinces et à commencer par le Québec. Ce fut une grande nouvelle pour nous d’autant plus que le processus d’immigration au Canada est parmi les meilleurs au monde. Cette excellente nouvelle a marqué un tournant dans notre vie. Ce fut pour nous une opportunité d’ouvrir une nouvelle page de notre vie. En tant que travailleurs qualifiés, nous étions donc moralement préparés à l’idée de partir sur de nouvelles bases et éventuellement de réorienter notre avenir pour réaliser notre rêve canadien.

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À y voir de près, vous avez commencé les démarches avant la fin de tes études ?

Oui, exact. J’ai mis à profit mon temps d’attente pour compléter le Master en Évaluation des projets. Dans le système Québécois, ce diplôme équivaut à la maîtrise en gestion et administration des entreprises.

Quand êtes-vous arrivés à Montréal et quel était le premier défi auquel vous avez dû faire face ?

Nous sommes arrivés à Montréal le 22 novembre 2017 après une brève escale à Bruxelles (Belgique). Je note au passage que c’était la première fois que nous prenions l’avion (rire). Nous étions pétillants de joie à l’idée de fouler le sol canadien mais non sans un pincement au cœur pour nos parents et amis que nous laissions derrière nous. Les premiers jours qui ont suivi notre arrivée ont été un peu difficiles principalement en raison du changement drastique de température. En effet, nous avions quitté la Côte d’Ivoire avec ses 25 °C en moyenne pour arriver dans une période hivernale qui reste parmi les plus rigoureuses des dernières années. Nous avons donc dû faire des efforts pour tenter de nous adapter rapidement et cela a plus ou moins fonctionné.

Quel était ton projet professionnel en tant que travailleur qualifié en arrivant ici, et a-t-il évolué depuis ?

En arrivant, j’étais confiant en mes compétences et j’étais disponible pour le marché de l’emploi. J’avais l’ambition de trouver une job liée à qualification. Mais j’ai compris que le marché du travail doit être notre point de repère. Il faut donc être capable de s’ajuster au marché du travail. Le marché du travail est si dynamique qu’on peut facilement être tenté de réorienter notre carrière professionnelle. Le marché du travail met un point d’honneur sur nos compétences sans pour autant négliger nos diplômes. Donc si on ressent qu’on a plus de compétences dans tel ou tel domaine, il serait bien d’être ouvert à l’idée de s’y orienter. Dans mon cas, bien que j’ai un Master en Évaluation des Projets, d’autres secteurs d’activité semblent m’ouvrir les bras compte tenu des compétences que j’ai pu développer depuis mon arrivée. Il s’agit notamment de l’enseignement. J’ai compris que mon côté pédagogue et ma facilité à transmettre ma connaissance me parlaient énormément et j’ai donc essayé d’y prêter attention et cela a beaucoup influencé mes recherches actuelles.

Comme en Côte d’Ivoire, tu fais du bénévolat ici. De quel genre ?

Ça a été la première des choses vers laquelle je me suis orienté puisque je me disais que je me donnais au moins 3 à 6 mois pour pouvoir intégrer le marché du travail. Donc je me suis dit : « Lançons-nous dans le bénévolat ».

Je suis donc administrateur bénévole au sein d’une paroisse catholique à Montréal. Je suis aussi bénévole auprès d’un organisme d’aide aux jeunes immigrants notamment par la promotion des deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais. Je suis également bénévole dans le cadre du programme de l’Agence du Revenu Canada pour la déclaration des revenus des personnes à faibles revenus. Voilà donc les 3 types de bénévolats dans lesquelles je suis inscrit.

Je suis par ailleurs, tuteur et moniteur à l’aide aux devoirs auprès de deux écoles primaires et une organisation. Ce sont des expériences qui m’enrichissent énormément et qui me confortent dans l’idée de m’orienter vers l’enseignement.

Est-ce que tu notes des choses différentes par rapport aux bénévolats que tu faisais en Côte d’Ivoire, que ce soit en termes de mentalité ou d’enrichissement personnel?

Ça reste différent dans la mesure où en Côte d’Ivoire, je le faisais sans penser que cela pourrait me servir dans un cadre professionnel. Ici, j’ai cette même volonté d’être au service de la communauté mais je comprends aussi que j’engrange par la même occasion une belle expérience professionnelle. C’est à ce niveau qu’il y a certaines différences. Ici, ce bénévolat est reconnu et peut être capitalisé sur le marché du travail.

Est-ce qu’à court, moyen ou long terme, tu souhaites t’installer sur Montréal ou sa région ou bien tu n’as pas d’objectifs précis et cela dépendra de tes recherches de travail ?

Montréal et le Québec m’ont beaucoup séduit. Jusqu’ici, je suis amplement satisfait de mon environnement. Je suis bien installé à Montréal et le Québec est une très belle province qui m’a fait l’honneur d’avoir été sélectionné. Mais je ne suis pas fermé à l’idée de visiter d’autres régions au Québec ou d’ailleurs si le besoin se fait sentir dans le souci d’approfondir mon apprentissage pour mieux m’insérer sur le marché de l’emploi.

Quelle destination en dehors du Québec pourrait t’intéresser ?

Le Canada est un grand pays avec des provinces formidables. L’Ontario est une possibilité parmi tant d’autres. J’y vais justement en juillet 2018 dans le cadre du programme Explore. J’aurais l’opportunité d’améliorer mon anglais tout en découvrant la région. Je reste également intéressé par le programme Odyssée pour améliorer mon niveau d’anglais tout en partageant ma culture générale en français dans le souci de promouvoir la diversité culturelle.

Est-ce que depuis ton arrivée, tu te sens intégré, au sens large du terme ?

L’intégration est une notion assez générique. En tant que travailleur je pourrais être amené à dire que le travail est mon outil d’intégration par excellence. Mais on peut aussi comprendre que l’intégration est un tout : elle touche notamment aux aspects culturels, professionnels et économiques. Dans tous les cas, une bonne intégration requiert du temps et une bonne capacité d’adaptation. Je suis très heureux de voir qu’à la faveur de notre immigration, les deux paliers de gouvernement (NDLA : provincial et fédéral) mettent tout en œuvre pour faciliter l’intégration des immigrants. Cela contribue à consolider les indicateurs qui montrent que le Canada est parmi les destinations les plus prestigieuses au monde. Après six mois, j’estime que le suis épanoui et j’envisage sereinement l’avenir au vu des belles expériences que j’ai pu accumuler.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune Africain qui souhaiterait immigrer ?

Je dirais à ce jeune que c’est son droit de rêver. Immigrer au Canada est un beau rêve dont la réalisation requiert néanmoins de la préparation, de l’information, de la patience et surtout une bonne capacité d’adaptation. C’est un projet dont la réalisation peut bouleverser positivement nos habitudes et favoriser de nouvelles orientations. C’est une nouvelle vie en somme.

Si ce jeune à la ferme volonté d’immigrer, il faut qu’il prenne beaucoup d’informations et qu’il mette un point d’honneur à se préparer car ce n’est pas une décision qu’on prend à la légère. C’est une responsabilité non seulement vis-à-vis de soi-même, mais aussi vis-à-vis du pays d’accueil. Il faut qu’il s’informe de la démarche auprès des autorisées adéquates en consultant les ressources mises à disposition. Tout pays a des règles et des principes à respecter qui s’imposent à tous. Il faut donc que les attentes des futurs immigrants soient en adéquation avec ce milieu-là. Il faut prendre des informations pour faciliter son intégration pour qu’elle soit le plus bénéfique pour soi-même.

Dernière question, est-ce que tu regrettes d’être venu ?

Aucunement. Bien au contraire, je continue à être reconnaissant du Québec et du Canada, d’avoir bien voulu m’accorder l’opportunité de réorienter ma vie dans son ensemble. Je suis heureux d’envisager sereinement la réalisation de mon rêve canadien.

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Un livre pour raconter la générosité des Autochtones

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Ginette Moreau est orthopédagogue à la Commission scolaire Val-des-Cerfs. Sa carrière d’enseignante l’a amené à vivre pendant une dizaine d’années dans le Grand Nord-du-Québec dans les communautés cries et autochtones. Elle publiera cette année un livre pour enfants ayant comme trame de fond la culture autochtone. Rencontre avec une grande passionnée des cultures autochtones.

Média D :  Vous allez publier cette année un livre pour enfants.  Quel est le contenu de cette œuvre ?

G. Moreau

Ginette Moreau

Ginette M. : J’ai vécu dix ans dans le Grand Nord dans la communauté de Chisasibi où j’ai enseigné. Lors de la dernière année, il est arrivé une aventure à moi et à ma famille. Nous avions demandé à Bobby, un ami chasseur, de nous amener à Grande-Baleine puisqu’on savait qu’il y avait un grand rassemblement là-bas chaque année. Au cours de l’expédition, on a arrêté sur l’île du Cap John puisque le vent et les vagues se sont levés. Lors de notre arrêt, mon fils Vincent, alors âgé de 4 ans, a perdu sa peluche à laquelle il tenait comme la prunelle de ses yeux. Nous sommes finalement revenus à la maison, sans avoir été à Grande-Baleine, mais on n’avait pas retrouvé la peluche malgré nos recherches.

Mon ex-mari est retourné sur cette île quelques semaines plus tard, mais il était revenu bredouille puisqu’il ne l’avait pas retrouvé. On pensait que tout était fini et qu’il fallait passer à autre chose, car ce sont des choses qui arrivent dans la vie. Puis, on a eu des nouvelles de la peluche. On a su que des Inuits l’avaient retrouvé et que quelqu’un l’avait en sa possession à Grande-Baleine, mais on n’avait aucun détail et l’on ne savait pas qui c’était. Un moment donné, un couple qui était venu dans notre communauté pour des funérailles s’est présenté au restaurant où travaillait mon ex-mari pour lui remettre la peluche. Donc, le livre raconte cette histoire-là, je trouvais ça important de la raconter puisque c’est une histoire de chaîne de solidarité entre diverses communautés.

Média D : Votre livre s’adresse principalement pour les enfants de 3 à 8 ans. Pourquoi ?

Ginette M. : C’est une histoire à laquelle les enfants vont s’identifier facilement. À cet âge-là, on a tous eu une peluche, un petit objet qui était super important. Je crois que les enfants vont pouvoir s’identifier autant aux deux personnages principaux qui sont mon fils et sa peluche. Le livre est également un outil qu’on peut utiliser comme éveil à la lecture. J’ai fait mon livre pour que les enseignants de maternelle et de premières années puissent y avoir recours. De plus, les parents pourront l’utiliser comme histoire avant le dodo. Et je veux aussi sensibiliser les jeunes aux cultures autochtones, à l’entraide, à la solidarité et au respect entre les peuples.

Média D : Vous avez vécu une dizaine d’années dans le Nord-du-Québec. Qu’est-ce que vous avez retenu sur les cultures autochtones ?

Ginette M. : J’ai vu que l’humour est très présent dans leur culture comme c’est le cas dans la culture québécoise. Les deux cultures se rejoignent beaucoup en ce sens. Mais ce sont aussi des personnes très généreuses puisqu’elles n’ont pas peur de donner. Par ailleurs, ces peuples ont développé une très grande résistance au froid à cause de leurs conditions climatiques assez extrêmes. C’était un peu comme de superhéros pour moi puisqu’ils ont acquis beaucoup de connaissances de leur territoire et sur la pêche, la chasse et la survie en conditions extrêmes. Moi, je n’aurais pas pu survivre si jamais je m’étais retrouvée seule et abandonnée au beau milieu de leur territoire. Eux savent comment survivre.

Média D : La trame de fond de l’histoire de votre livre est axée sur les cultures autochtones. Comment réussit-on à aborder celles-ci dans toute leur richesse alors qu’on la perçoit  forcément d’un œil extérieur ?

Ginette M. : C’est justement une question que je me suis posée. C’est sûr que mon histoire a été racontée d’un point de vue allochtone, de non-autochtone.  Mais je l’ai écrite avec beaucoup d’admiration, de respect et d’amour et j’espère que cela va se ressentir quand on va la lire. Je ne sais pas trop si ça va se remarquer puisqu’on a dû limiter les textes pour répondre aux spécifications techniques du format. Je n’ai pas pu parler autant que je l’aurais voulu de la culture autochtone, mais j’espère que mon admiration que j’ai pour les autochtones va se ressentir dans le livre.

Média D : Que voudriez-vous que les gens retiennent de votre livre et des personnes autochtones ?

Ginette M. : Les personnes autochtones sont des personnes avec de belles valeurs et qui ont réussi à survivre à leurs conditions climatiques par l’entraide et la solidarité. Ce sont aussi des personnes méconnues qui méritent d’être connues et avec qui l’on peut créer des liens d’amitié.

En ce qui concerne mon livre, c’est une histoire universelle et que ça aurait pu être l’inverse, soit qu’une personne autochtone retrouve un objet précieux après l’avoir perdu. Mon livre porte, en quelque sorte, sur les plus belles qualités que l’être humain peut avoir. Ça démontre que les gens de cœur se rejoignent et se reconnaissent entre eux.


Le livre de Ginette Moreau sera publié d’ici la fin de la présente année par la maison d’édition, les Éditions du Soleil de midi. Celle-ci a d’ailleurs déjà traité des thèmes autochtones lors d’anciennes publications. Son lancement devrait se dérouler au cours de l’automne.

 

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Entrevue avec Alexis Guimond, médaillé aux Jeux paralympiques de PyeongChang

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A tout juste 18 ans, le gatinois Alexis Guimond a remporté la médaille de bronze en ski para-alpin aux Jeux paralympiques de PyeongChang. Il devient le premier Canadien de moins de vingt ans à accéder au podium paralympique et un des meilleurs espoirs masculins canadiens dans cette discipline.

Romain Chauvet (RC) : En commençant Alexis, d’où te vient ta passion pour le sport et le ski para-alpin ?

Alexis Guimond : J’ai commencé le ski alpin quand j’avais 4 ans, ma famille été beaucoup impliquée dans le ski, et mon frère faisait aussi de la compétition dans ce temps-là.

J’ai essayé de rejoindre un club, mais avec mon handicap c’était un peu plus difficile d’y arriver mais j’ai réussi à l’âge de 6 ans. Après c’est devenu pas mal ma passion. Ensuite, j’ai découvert le ski para-alpin à l’âge de 9 ans, avec des courses pour handicapés. Puis j’ai fait les Jeux de l’Ontario en 2009.

Justement peux-tu nous préciser le handicap dont tu souffres ?

En fait c’est une hémiparésie du côté droit qui est partielle, j’ai quand même des limitations du côté droit dans tous les membres, même au visage et oreille suite à mon accident quand j’avais 6 mois. Du côté gauche j’ai une autre paralysie, mais moins sévère, avec des problèmes de motricité.

C’était tes premiers Jeux Paralympiques, quelle était l’ambiance et comment tu les as vécu, avec du stress ou de l’excitation ?

Pour moi au début c’était quand même stressant, plus les jours avancés moins j’étais stressé. Mais j’étais vraiment excité, parce que c’était un rêve de le faire pour moi. L’environnement c’est vraiment quelque chose de spécial, il y avait 400 à 500 personnes, contrairement à nos courses où il y a seulement une vingtaine de personnes qui regardent, c’est vraiment incroyable !

Au départ j’avais deux quatrièmes places à moins d’un dixième à chaque fois,  je me disais que la chance n’était vraiment pas de mon côté. Mais j’étais vraiment déterminé, surtout au slalom géant. C’est quand même incroyable d’avoir une médaille olympique aux premiers paralympiques, mais c’est frustrant de manquer la médaille en deux jours.

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Donc tu as remporté la médaille de bronze en slalom géant, comment tu t’es senti lorsque tu l’as remporté ? Fier ?

Oui, je me sentais fier ! La première manche c’était difficile pour moi, je ressentais beaucoup de fatigue, et la fatigue a un peu dominé ma course parce qu’à la moitié du chemin je me sentais beaucoup fatigué, et je n’ai pas skié exactement à mon 100%, j’étais un peu frustré.

La deuxième manche, j’ai tout mis et je suis arrivé premier. C’est quand même assez bon pour moi, c’est un bon résultat.

Tu es le 1er Canadien de moins de vingt ans à monter sur le podium des Jeux Paralympiques, qu’est-ce que ça te fait ? 

C’est quand même assez fou pour moi ! C’est de quoi, atteindre le podium paralympique en étant jeune.

J’aimerai t’entendre sur la représentativité des personnes avec un handicap, que ce soit dans les médias, à la télé ou au cinéma par exemple, et comment tu trouves la couverture de ces jeux paralympiques versus les jeux traditionnels ?

Je trouve que c’est sur à 100% qu’on a moins de couverture médiatique dans les coupes du monde. Nous, on a juste deux médias en bas de la piste, donc vraiment pas beaucoup de médias. Mais avec le temps, moi ça fait deux ans que je fais du ski para-alpin, et je vois vraiment la différence.

A la moitié d’une saison, on a commencé à faire des courses en live, et après toute la saison a été couverte par le live stream (Diffusion en direct). On avait toujours au moins un média en bas de la piste qui partageait quelque chose sur les médias sociaux. Mais si on compare à la couverture médiatique des sports non-handicapés, c’est sûr qu’on en a beaucoup moins.

Aux Jeux paralympiques c’était vraiment extraordinaire pour moi parce que je n’avais jamais vu autant de couverture médiatique pour un évènement, c’est une des premières fois que j’ai vu des compétitions paralympiques diffusées à la télé. Tranquillement la couverture médiatique progresse, et c’est bon parce que notre sport se fait mieux connaitre à chaque année.

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Est-ce que tu as conscience d’être un modèle ou une source d’inspiration pour des personnes avec un handicap qui s’identifient à toi ou qui prennent confiance en te voyant te dépasser ? 

Un peu, mais moi je me vois encore comme une personne normale. Oui, je suis un athlète mais un modèle pour moi c’est vraiment quelque chose à prendre au sérieux. Je trouve que dans mon histoire, il y a beaucoup de persévérance et si ça ça peut motiver d’autres personnes avec un handicap ou même d’autres personnes en général alors je serais vraiment content de savoir ça.

En terminant, comment tu vois l’avenir et qu’est-ce se prépare prochainement pour toi ? 

Alors c’est pas mal la fin de saison pour moi. Ensuite on s’entraîne tout l’été pour se préparer au Championnat du monde para-alpin de l’année prochaine, c’est assez excitant.

Après dans les quatre prochaines années je vais me préparer à Beijing, pour espérer monter au podium. Je vais y mettre tous les efforts et pousser encore plus fort pour le podium paralympique.

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