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Entrevue avec Roland Dama, immigrant ivoirien

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J’ai rencontré Roland, 35 ans, lors d’une formation dans un club de recherche d’emploi. Il a accepté d’échanger avec moi sur son parcours, ses motivations en tant qu’immigrant au Canada et sa joie communicative d’être ici.

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Quel est ton parcours universitaire en Côte d’Ivoire ?

Après un cycle secondaire scientifique (mathématiques et sciences physiques), je me suis orienté vers la faculté des sciences économiques de l’Université Félix Houphouët-Boigny à Abidjan. J’y ai complété une maîtrise en économie (équivalence Baccalauréat Economique) entre 2002 et 2006. J’ai également complété un Master en évaluation des projets en 2015. Ce dernier a été organisé conjointement par le Bureau National d’Études Techniques et de Développement (BNETD) et l’Université Félix Houphouët-Boigny.
En plus de tes études académiques, as-tu une expérience professionnelle dans ton pays ?

Oui parfaitement, j’ai une expérience de travail de plus de près de 4 années en Côte d’Ivoire. J’ai pu développer cette expérience aussi bien en qualité d’employé qu’en qualité de bénévole. Pour moi, le bénévolat reste un puissant facteur de développement des compétences.

En tant qu’employé, j’ai été successivement assistant du Directeur Général et Chef du Service Finance du Fond d’Extension et de Renouvellement du développement de la culture du palmier à huile (FER-PALIMER). Il s’agit d’un Établissement Public National (EPN) placé sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture. Parallèlement à mon engagement professionnel, je me suis beaucoup investi dans le bénévolat car j’aime donner une partie de mon temps pour servir du monde sans nécessairement attendre des effets financiers. En tant que bénévole, j’ai été appelé à assumer diverses responsabilités. J’ai notamment été président d’une chorale, commissaire aux comptes du bureau jeune, chargé de communication du bureau jeune, moniteur de catéchèse et formateur à l’entrepreneuriat.  

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À quel moment t’es-tu dit : je veux aller au Canada et tu as commencé à faire les démarches ? Tu as peut-être de la famille ou des connaissances qui sont parties ? Ou alors un jour, as-tu eu un déclic en voyant une publicité ou un reportage à la télévision ? En gros, qu’est-ce qui t’a donné envie, un jour, d’immigrer au Canada ?

La décision d’immigrer au Canada remonte à septembre 2012, un peu plus d’une année après la rencontre de ma conjointe de fait. Nous avons ensemble discuté de l’opportunité de mieux valoriser nos compétences en immigrant au Canada et nous avons pris cette décision d’un commun accord.

Mais avant cela, l’idée avait déjà germé par le biais d’une amie à ma maman qui vit déjà ici au Canada depuis plusieurs années avec son conjoint Québécois. Je me souviens qu’à chaque fois qu’elle venait en vacances en en Côte d’Ivoire, je prenais un grand bonheur à visionner les belles images du Canada. J’aime beaucoup l’entendre parler du Canada et des opportunités de ce grand pays du monde.

Petit à petit, la volonté d’immigrer prenait forme à mon insu. Mais cette décision-là a été beaucoup plus renforcée à la faveur de la crise politique que nous avons vécu en Côte d’Ivoire sur la période 2010 à 2011 avec son impact considérable sur l’emploi jeune. Ce fut une période difficile pour tous et en particulier pour la jeunesse et l’emploi jeune.

Donc vous avez commencé vos démarches de Résidence Permanente ?

Exactement, ma conjointe et moi avons commencé à préparer notre projet d’immigration dès 2012. Il a été soumis à l’attention des services de l’immigration provinciale et fédérale respectivement en 2013 et 2015. Le processus a pris globalement 4 années pour être admis au statut de résidents permanents. En prenant en compte l’année de préparation du dossier, je peux dire que notre projet d’immigration a pris 5 années.

Ta conjointe et toi avez donc reçu votre visa de Résidence Permanente en 2017 ?

Oui parfaitement. Le Visa de résident permanent a été accordé en Octobre 2017. Recevoir ce visa est pour nous quelque chose d’inouï et de prestigieux quand on sait la notoriété du Canada avec ses territoires et de ses belles et grandes provinces et à commencer par le Québec. Ce fut une grande nouvelle pour nous d’autant plus que le processus d’immigration au Canada est parmi les meilleurs au monde. Cette excellente nouvelle a marqué un tournant dans notre vie. Ce fut pour nous une opportunité d’ouvrir une nouvelle page de notre vie. En tant que travailleurs qualifiés, nous étions donc moralement préparés à l’idée de partir sur de nouvelles bases et éventuellement de réorienter notre avenir pour réaliser notre rêve canadien.

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À y voir de près, vous avez commencé les démarches avant la fin de tes études ?

Oui, exact. J’ai mis à profit mon temps d’attente pour compléter le Master en Évaluation des projets. Dans le système Québécois, ce diplôme équivaut à la maîtrise en gestion et administration des entreprises.

Quand êtes-vous arrivés à Montréal et quel était le premier défi auquel vous avez dû faire face ?

Nous sommes arrivés à Montréal le 22 novembre 2017 après une brève escale à Bruxelles (Belgique). Je note au passage que c’était la première fois que nous prenions l’avion (rire). Nous étions pétillants de joie à l’idée de fouler le sol canadien mais non sans un pincement au cœur pour nos parents et amis que nous laissions derrière nous. Les premiers jours qui ont suivi notre arrivée ont été un peu difficiles principalement en raison du changement drastique de température. En effet, nous avions quitté la Côte d’Ivoire avec ses 25 °C en moyenne pour arriver dans une période hivernale qui reste parmi les plus rigoureuses des dernières années. Nous avons donc dû faire des efforts pour tenter de nous adapter rapidement et cela a plus ou moins fonctionné.

Quel était ton projet professionnel en tant que travailleur qualifié en arrivant ici, et a-t-il évolué depuis ?

En arrivant, j’étais confiant en mes compétences et j’étais disponible pour le marché de l’emploi. J’avais l’ambition de trouver une job liée à qualification. Mais j’ai compris que le marché du travail doit être notre point de repère. Il faut donc être capable de s’ajuster au marché du travail. Le marché du travail est si dynamique qu’on peut facilement être tenté de réorienter notre carrière professionnelle. Le marché du travail met un point d’honneur sur nos compétences sans pour autant négliger nos diplômes. Donc si on ressent qu’on a plus de compétences dans tel ou tel domaine, il serait bien d’être ouvert à l’idée de s’y orienter. Dans mon cas, bien que j’ai un Master en Évaluation des Projets, d’autres secteurs d’activité semblent m’ouvrir les bras compte tenu des compétences que j’ai pu développer depuis mon arrivée. Il s’agit notamment de l’enseignement. J’ai compris que mon côté pédagogue et ma facilité à transmettre ma connaissance me parlaient énormément et j’ai donc essayé d’y prêter attention et cela a beaucoup influencé mes recherches actuelles.

Comme en Côte d’Ivoire, tu fais du bénévolat ici. De quel genre ?

Ça a été la première des choses vers laquelle je me suis orienté puisque je me disais que je me donnais au moins 3 à 6 mois pour pouvoir intégrer le marché du travail. Donc je me suis dit : « Lançons-nous dans le bénévolat ».

Je suis donc administrateur bénévole au sein d’une paroisse catholique à Montréal. Je suis aussi bénévole auprès d’un organisme d’aide aux jeunes immigrants notamment par la promotion des deux langues officielles du Canada, le français et l’anglais. Je suis également bénévole dans le cadre du programme de l’Agence du Revenu Canada pour la déclaration des revenus des personnes à faibles revenus. Voilà donc les 3 types de bénévolats dans lesquelles je suis inscrit.

Je suis par ailleurs, tuteur et moniteur à l’aide aux devoirs auprès de deux écoles primaires et une organisation. Ce sont des expériences qui m’enrichissent énormément et qui me confortent dans l’idée de m’orienter vers l’enseignement.

Est-ce que tu notes des choses différentes par rapport aux bénévolats que tu faisais en Côte d’Ivoire, que ce soit en termes de mentalité ou d’enrichissement personnel?

Ça reste différent dans la mesure où en Côte d’Ivoire, je le faisais sans penser que cela pourrait me servir dans un cadre professionnel. Ici, j’ai cette même volonté d’être au service de la communauté mais je comprends aussi que j’engrange par la même occasion une belle expérience professionnelle. C’est à ce niveau qu’il y a certaines différences. Ici, ce bénévolat est reconnu et peut être capitalisé sur le marché du travail.

Est-ce qu’à court, moyen ou long terme, tu souhaites t’installer sur Montréal ou sa région ou bien tu n’as pas d’objectifs précis et cela dépendra de tes recherches de travail ?

Montréal et le Québec m’ont beaucoup séduit. Jusqu’ici, je suis amplement satisfait de mon environnement. Je suis bien installé à Montréal et le Québec est une très belle province qui m’a fait l’honneur d’avoir été sélectionné. Mais je ne suis pas fermé à l’idée de visiter d’autres régions au Québec ou d’ailleurs si le besoin se fait sentir dans le souci d’approfondir mon apprentissage pour mieux m’insérer sur le marché de l’emploi.

Quelle destination en dehors du Québec pourrait t’intéresser ?

Le Canada est un grand pays avec des provinces formidables. L’Ontario est une possibilité parmi tant d’autres. J’y vais justement en juillet 2018 dans le cadre du programme Explore. J’aurais l’opportunité d’améliorer mon anglais tout en découvrant la région. Je reste également intéressé par le programme Odyssée pour améliorer mon niveau d’anglais tout en partageant ma culture générale en français dans le souci de promouvoir la diversité culturelle.

Est-ce que depuis ton arrivée, tu te sens intégré, au sens large du terme ?

L’intégration est une notion assez générique. En tant que travailleur je pourrais être amené à dire que le travail est mon outil d’intégration par excellence. Mais on peut aussi comprendre que l’intégration est un tout : elle touche notamment aux aspects culturels, professionnels et économiques. Dans tous les cas, une bonne intégration requiert du temps et une bonne capacité d’adaptation. Je suis très heureux de voir qu’à la faveur de notre immigration, les deux paliers de gouvernement (NDLA : provincial et fédéral) mettent tout en œuvre pour faciliter l’intégration des immigrants. Cela contribue à consolider les indicateurs qui montrent que le Canada est parmi les destinations les plus prestigieuses au monde. Après six mois, j’estime que le suis épanoui et j’envisage sereinement l’avenir au vu des belles expériences que j’ai pu accumuler.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune Africain qui souhaiterait immigrer ?

Je dirais à ce jeune que c’est son droit de rêver. Immigrer au Canada est un beau rêve dont la réalisation requiert néanmoins de la préparation, de l’information, de la patience et surtout une bonne capacité d’adaptation. C’est un projet dont la réalisation peut bouleverser positivement nos habitudes et favoriser de nouvelles orientations. C’est une nouvelle vie en somme.

Si ce jeune à la ferme volonté d’immigrer, il faut qu’il prenne beaucoup d’informations et qu’il mette un point d’honneur à se préparer car ce n’est pas une décision qu’on prend à la légère. C’est une responsabilité non seulement vis-à-vis de soi-même, mais aussi vis-à-vis du pays d’accueil. Il faut qu’il s’informe de la démarche auprès des autorisées adéquates en consultant les ressources mises à disposition. Tout pays a des règles et des principes à respecter qui s’imposent à tous. Il faut donc que les attentes des futurs immigrants soient en adéquation avec ce milieu-là. Il faut prendre des informations pour faciliter son intégration pour qu’elle soit le plus bénéfique pour soi-même.

Dernière question, est-ce que tu regrettes d’être venu ?

Aucunement. Bien au contraire, je continue à être reconnaissant du Québec et du Canada, d’avoir bien voulu m’accorder l’opportunité de réorienter ma vie dans son ensemble. Je suis heureux d’envisager sereinement la réalisation de mon rêve canadien.

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Un livre pour raconter la générosité des Autochtones

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Ginette Moreau est orthopédagogue à la Commission scolaire Val-des-Cerfs. Sa carrière d’enseignante l’a amené à vivre pendant une dizaine d’années dans le Grand Nord-du-Québec dans les communautés cries et autochtones. Elle publiera cette année un livre pour enfants ayant comme trame de fond la culture autochtone. Rencontre avec une grande passionnée des cultures autochtones.

Média D :  Vous allez publier cette année un livre pour enfants.  Quel est le contenu de cette œuvre ?

G. Moreau

Ginette Moreau

Ginette M. : J’ai vécu dix ans dans le Grand Nord dans la communauté de Chisasibi où j’ai enseigné. Lors de la dernière année, il est arrivé une aventure à moi et à ma famille. Nous avions demandé à Bobby, un ami chasseur, de nous amener à Grande-Baleine puisqu’on savait qu’il y avait un grand rassemblement là-bas chaque année. Au cours de l’expédition, on a arrêté sur l’île du Cap John puisque le vent et les vagues se sont levés. Lors de notre arrêt, mon fils Vincent, alors âgé de 4 ans, a perdu sa peluche à laquelle il tenait comme la prunelle de ses yeux. Nous sommes finalement revenus à la maison, sans avoir été à Grande-Baleine, mais on n’avait pas retrouvé la peluche malgré nos recherches.

Mon ex-mari est retourné sur cette île quelques semaines plus tard, mais il était revenu bredouille puisqu’il ne l’avait pas retrouvé. On pensait que tout était fini et qu’il fallait passer à autre chose, car ce sont des choses qui arrivent dans la vie. Puis, on a eu des nouvelles de la peluche. On a su que des Inuits l’avaient retrouvé et que quelqu’un l’avait en sa possession à Grande-Baleine, mais on n’avait aucun détail et l’on ne savait pas qui c’était. Un moment donné, un couple qui était venu dans notre communauté pour des funérailles s’est présenté au restaurant où travaillait mon ex-mari pour lui remettre la peluche. Donc, le livre raconte cette histoire-là, je trouvais ça important de la raconter puisque c’est une histoire de chaîne de solidarité entre diverses communautés.

Média D : Votre livre s’adresse principalement pour les enfants de 3 à 8 ans. Pourquoi ?

Ginette M. : C’est une histoire à laquelle les enfants vont s’identifier facilement. À cet âge-là, on a tous eu une peluche, un petit objet qui était super important. Je crois que les enfants vont pouvoir s’identifier autant aux deux personnages principaux qui sont mon fils et sa peluche. Le livre est également un outil qu’on peut utiliser comme éveil à la lecture. J’ai fait mon livre pour que les enseignants de maternelle et de premières années puissent y avoir recours. De plus, les parents pourront l’utiliser comme histoire avant le dodo. Et je veux aussi sensibiliser les jeunes aux cultures autochtones, à l’entraide, à la solidarité et au respect entre les peuples.

Média D : Vous avez vécu une dizaine d’années dans le Nord-du-Québec. Qu’est-ce que vous avez retenu sur les cultures autochtones ?

Ginette M. : J’ai vu que l’humour est très présent dans leur culture comme c’est le cas dans la culture québécoise. Les deux cultures se rejoignent beaucoup en ce sens. Mais ce sont aussi des personnes très généreuses puisqu’elles n’ont pas peur de donner. Par ailleurs, ces peuples ont développé une très grande résistance au froid à cause de leurs conditions climatiques assez extrêmes. C’était un peu comme de superhéros pour moi puisqu’ils ont acquis beaucoup de connaissances de leur territoire et sur la pêche, la chasse et la survie en conditions extrêmes. Moi, je n’aurais pas pu survivre si jamais je m’étais retrouvée seule et abandonnée au beau milieu de leur territoire. Eux savent comment survivre.

Média D : La trame de fond de l’histoire de votre livre est axée sur les cultures autochtones. Comment réussit-on à aborder celles-ci dans toute leur richesse alors qu’on la perçoit  forcément d’un œil extérieur ?

Ginette M. : C’est justement une question que je me suis posée. C’est sûr que mon histoire a été racontée d’un point de vue allochtone, de non-autochtone.  Mais je l’ai écrite avec beaucoup d’admiration, de respect et d’amour et j’espère que cela va se ressentir quand on va la lire. Je ne sais pas trop si ça va se remarquer puisqu’on a dû limiter les textes pour répondre aux spécifications techniques du format. Je n’ai pas pu parler autant que je l’aurais voulu de la culture autochtone, mais j’espère que mon admiration que j’ai pour les autochtones va se ressentir dans le livre.

Média D : Que voudriez-vous que les gens retiennent de votre livre et des personnes autochtones ?

Ginette M. : Les personnes autochtones sont des personnes avec de belles valeurs et qui ont réussi à survivre à leurs conditions climatiques par l’entraide et la solidarité. Ce sont aussi des personnes méconnues qui méritent d’être connues et avec qui l’on peut créer des liens d’amitié.

En ce qui concerne mon livre, c’est une histoire universelle et que ça aurait pu être l’inverse, soit qu’une personne autochtone retrouve un objet précieux après l’avoir perdu. Mon livre porte, en quelque sorte, sur les plus belles qualités que l’être humain peut avoir. Ça démontre que les gens de cœur se rejoignent et se reconnaissent entre eux.


Le livre de Ginette Moreau sera publié d’ici la fin de la présente année par la maison d’édition, les Éditions du Soleil de midi. Celle-ci a d’ailleurs déjà traité des thèmes autochtones lors d’anciennes publications. Son lancement devrait se dérouler au cours de l’automne.

 

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Entrevue avec Alexis Guimond, médaillé aux Jeux paralympiques de PyeongChang

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A tout juste 18 ans, le gatinois Alexis Guimond a remporté la médaille de bronze en ski para-alpin aux Jeux paralympiques de PyeongChang. Il devient le premier Canadien de moins de vingt ans à accéder au podium paralympique et un des meilleurs espoirs masculins canadiens dans cette discipline.

Romain Chauvet (RC) : En commençant Alexis, d’où te vient ta passion pour le sport et le ski para-alpin ?

Alexis Guimond : J’ai commencé le ski alpin quand j’avais 4 ans, ma famille été beaucoup impliquée dans le ski, et mon frère faisait aussi de la compétition dans ce temps-là.

J’ai essayé de rejoindre un club, mais avec mon handicap c’était un peu plus difficile d’y arriver mais j’ai réussi à l’âge de 6 ans. Après c’est devenu pas mal ma passion. Ensuite, j’ai découvert le ski para-alpin à l’âge de 9 ans, avec des courses pour handicapés. Puis j’ai fait les Jeux de l’Ontario en 2009.

Justement peux-tu nous préciser le handicap dont tu souffres ?

En fait c’est une hémiparésie du côté droit qui est partielle, j’ai quand même des limitations du côté droit dans tous les membres, même au visage et oreille suite à mon accident quand j’avais 6 mois. Du côté gauche j’ai une autre paralysie, mais moins sévère, avec des problèmes de motricité.

C’était tes premiers Jeux Paralympiques, quelle était l’ambiance et comment tu les as vécu, avec du stress ou de l’excitation ?

Pour moi au début c’était quand même stressant, plus les jours avancés moins j’étais stressé. Mais j’étais vraiment excité, parce que c’était un rêve de le faire pour moi. L’environnement c’est vraiment quelque chose de spécial, il y avait 400 à 500 personnes, contrairement à nos courses où il y a seulement une vingtaine de personnes qui regardent, c’est vraiment incroyable !

Au départ j’avais deux quatrièmes places à moins d’un dixième à chaque fois,  je me disais que la chance n’était vraiment pas de mon côté. Mais j’étais vraiment déterminé, surtout au slalom géant. C’est quand même incroyable d’avoir une médaille olympique aux premiers paralympiques, mais c’est frustrant de manquer la médaille en deux jours.

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Donc tu as remporté la médaille de bronze en slalom géant, comment tu t’es senti lorsque tu l’as remporté ? Fier ?

Oui, je me sentais fier ! La première manche c’était difficile pour moi, je ressentais beaucoup de fatigue, et la fatigue a un peu dominé ma course parce qu’à la moitié du chemin je me sentais beaucoup fatigué, et je n’ai pas skié exactement à mon 100%, j’étais un peu frustré.

La deuxième manche, j’ai tout mis et je suis arrivé premier. C’est quand même assez bon pour moi, c’est un bon résultat.

Tu es le 1er Canadien de moins de vingt ans à monter sur le podium des Jeux Paralympiques, qu’est-ce que ça te fait ? 

C’est quand même assez fou pour moi ! C’est de quoi, atteindre le podium paralympique en étant jeune.

J’aimerai t’entendre sur la représentativité des personnes avec un handicap, que ce soit dans les médias, à la télé ou au cinéma par exemple, et comment tu trouves la couverture de ces jeux paralympiques versus les jeux traditionnels ?

Je trouve que c’est sur à 100% qu’on a moins de couverture médiatique dans les coupes du monde. Nous, on a juste deux médias en bas de la piste, donc vraiment pas beaucoup de médias. Mais avec le temps, moi ça fait deux ans que je fais du ski para-alpin, et je vois vraiment la différence.

A la moitié d’une saison, on a commencé à faire des courses en live, et après toute la saison a été couverte par le live stream (Diffusion en direct). On avait toujours au moins un média en bas de la piste qui partageait quelque chose sur les médias sociaux. Mais si on compare à la couverture médiatique des sports non-handicapés, c’est sûr qu’on en a beaucoup moins.

Aux Jeux paralympiques c’était vraiment extraordinaire pour moi parce que je n’avais jamais vu autant de couverture médiatique pour un évènement, c’est une des premières fois que j’ai vu des compétitions paralympiques diffusées à la télé. Tranquillement la couverture médiatique progresse, et c’est bon parce que notre sport se fait mieux connaitre à chaque année.

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Est-ce que tu as conscience d’être un modèle ou une source d’inspiration pour des personnes avec un handicap qui s’identifient à toi ou qui prennent confiance en te voyant te dépasser ? 

Un peu, mais moi je me vois encore comme une personne normale. Oui, je suis un athlète mais un modèle pour moi c’est vraiment quelque chose à prendre au sérieux. Je trouve que dans mon histoire, il y a beaucoup de persévérance et si ça ça peut motiver d’autres personnes avec un handicap ou même d’autres personnes en général alors je serais vraiment content de savoir ça.

En terminant, comment tu vois l’avenir et qu’est-ce se prépare prochainement pour toi ? 

Alors c’est pas mal la fin de saison pour moi. Ensuite on s’entraîne tout l’été pour se préparer au Championnat du monde para-alpin de l’année prochaine, c’est assez excitant.

Après dans les quatre prochaines années je vais me préparer à Beijing, pour espérer monter au podium. Je vais y mettre tous les efforts et pousser encore plus fort pour le podium paralympique.

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Entrevue avec Sol Zanetti, d’Option nationale

On parle avec lui de son état d’esprit, d’immigration, de racisme, d’indépendance et d’emploi en autre.

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Crédit : Média D

A quelques mois des élections, nous avons rencontré le chef d’Option nationale, Sol Zanetti, qui fait désormais parti de la fusion avec Québec Solidaire (QS) et se présente à l’investiture dans Jean-Lesage. On parle avec lui de son état d’esprit, d’immigration, de racisme, d’indépendance et d’emploi en autre.

Romain Chauvet: Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques mois des élections ?

Sol Zanetti: Enthousiaste ! C’est à dire qu’entre 2012 et 2014 il y a eu très peu de temps, on s’est dit est-ce qu’on va avoir le temps de faire avant les prochaines élections, mais étant donné qu’on vient de traverser un mandat majoritaire, on avait le temps de se préparer, de faire des projets, mais en même temps c’est long 4 ans et on a hâte de retourner dans l’arène.

Il y a eu une fusion avec Québec Solidaire (QS), effective depuis le 31 décembre dernier, vous êtes désormais un collectif à l’intérieur de QS ?

La fusion entre Option nationale et Québec Solidaire, cela a créé vraiment un dynamisme sur le terrain, les équipes doublent de taille des fois, les gens sont contents de travailler ensemble plutôt que d’être contre. On découvre aussi des nouveaux militants.

On va organiser des universités indépendantistes également au printemps, des cours sur l’histoire par exemple, des conférences sur les arguments économiques et écologiques envers l’indépendance.

Plusieurs sondages sont sortis récemment, est-ce que vous les consultez et est-ce qu’ils donnent une tendance des votes aujourd’hui encore en 2018 ?

Quand ils sont bons je suis content, et quand ils ne sont pas bons je me dis comment on peut changer ça ? Tout en sachant que c’est assez volatile, les échantillons et les méthodes ont changé, les marges d’erreurs sont plus grandes.

Ce que je regarde c’est les indices terrain, comme par exemple en janvier QS qui a amassé plus d’argent que la Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti Québécois (PQ) et le Parti Libéral du Québec (PLQ) réunis ensemble. Cela montre qu’il y a une force militante qui est en train de s’installer.

Notre but, c’est de devenir un plus gros parti politique, je souhaite que cela se fasse à la prochaine élection, c’est possible, c’est une élection pivot où les groupes démographiques qui sont majoritaires vont changer.

Est-ce que l’élection de Donald Trump a changé la manière de faire de la politique aujourd’hui ?

Je ne sais pas, c’est une bonne question ! Je me demande si moi j’envisage les choses différemment. Pour moi, Bernie Sanders et Jean-Luc Mélenchon en France ont plus changé les choses, que Donald Trump.

Depuis 1995 que je suis la politique, ce qui domine toujours c’est qu’il faut être raisonnable. C’est comme si on avait cultivé l’idée que ce qui allait gagner c’est le juste milieu. On remarque qu’il y a une fatigue, on a sous-estimé les électeurs dans les dernières décennies, alors qu’ils sont prêts à appuyer des idées très affirmées.

Avoir dit je suis socialiste aux États-Unis, c’est quelque chose qui était tabou avant, depuis la guerre froide et associé à des choses négatives. Même chose avec Mélenchon en France qui a fait un bon score, ça m’encourage. Je me dis on peut proposer des choses franches, assumés, les gens sont ouverts.

Quelle place occupe la diversité dans votre parti politique ? 

Québec Solidaire c’est le parti qui a la plus grande sensibilité et en même temps le programme le plus intéressant pour les membres de la diversité. C’est un parti qui est ultra-inclusif, qui a un discours et une réflexion très articulée sur la question Autochtone notamment, ou sur les enjeux liés au genre.

« Les enjeux liés à la diversité, ce ne sont pas des enjeux juste individuels »

Souvent les partis libéraux, tant au Canada qu’au Québec, se présentent comme les champions des droits et libertés individuelles et on remarque que c’est individuel mais que cela ne suffit pas des lois, il faut changer la société au complet.

Sur les enjeux féministes par exemple, les femmes ont les mêmes droits que les hommes. Mais on ne peut pas écrire une loi disant que les inégalités sont interdites, il faut plutôt changer le système qui crée ces inégalités là.

Est-ce que cela passe par des quotas ?

Clairement oui, il y a ça ! Mais aussi des changements culturels, ce dans quoi on va investir. Quand on décide de couper dans les services sociaux et d’investir dans les infrastructures, on enlève des secteurs où c’est majoritairement des femmes, et on en mets plus là où c’est masculin. Cela crée une inégalité de richesse. Nos choix d’investissements ont un lien avec les inégalités.

Sur la question du racisme et des discriminations, est-ce que vous étiez favorable à la mise en place d’une Commission ?

Oui, Québec Solidaire s’est proposée en faveur de la demande de faire une Commission sur le racisme systémique, ce qui ne se fera manifestement pas. Moi je suis parfaitement en accord, mais il ne faut pas attendre.

Beaucoup de gens ont parlé de la discrimination, et il y en a qui ont dit ne pas vouloir une nouvelle commission. Les études/Commissions ont proposé des solutions et combien ne sont pas appliquées. Il ne faut pas que ça soit juste un show médiatique, il faut appliquer les solutions qu’on a décidé, qu’on sait qu’elles sont bonnes, et qui vont marcher. Cela en vaut la peine.

Dans la foulée des commémorations du 29 janvier à Québec, combien de gens impliqués dans des moquées ou la communauté musulmane se sont exprimés et ont dit que les Québécois ne sont pas racistes. Donc c’est comme si on se défendait de quelque chose que personne ne nous a accusé, il faut sortir de cette folie.

C’est comme si on se défendait contre un ennemi imaginaire, qui a dit les québécois sont racistes ? Les gens disent que les Québécois sont racistes, mais qui a dit ça ?

Alors comment cette idée a fait son chemin dans l’espace public ?

Historiquement, c’est plus à l’extérieur des frontières du Québec. Le phénomène du Québec bashing orchestré pour donner honte aux Québécois de vouloir de leur propre auto-détermination, en disant que ceux qui veulent l’indépendance sont racistes, c’est terrible. Ça réveille quelque chose de très sensible chez les Québécois. Il faut vraiment dénoncer le Québec bashing. On voit beaucoup de menaces de morts notamment sur les pages Facebook de certains médias anglophones.

Alors, y a t-il du racisme dans la société québécoise ?

Oui, il y a du racisme dans toutes les sociétés du monde, mais est-ce cela veut dire que tous les peuples du monde sont racistes ? Non.

Un peuple ne se définit pas par ce genre de caractéristiques, mais plutôt par des projets collectifs. Si on compare à d’autres pays, le Québec est bien avancé sur la diversité, il fait par exemple mieux vivre ici pour les homosexuels, pour les femmes aussi…

Des études sont sorties récemment, montrant le peu de minorités visibles dans les grandes entreprises, notamment à Hydro-Québec, votre réaction ?

Il faut rectifier ça, c’est grave. Je ne sais pas quel est le mécanisme idéal pour contraindre au respect de ces normes, je ne suis pas un spécialiste. Mais je pense qu’il faut des contraintes, mais comment les mettre en place ? Ça demanderait une étude approfondie, mais il faut faire ça, c’est essentiel !

J’ai été très sensible à un commentaire de Philippe Fehmiu qui disait qu’une publicité du 375ème anniversaire de Montréal ne présentait que des personnes blanches. Oui je trouve qu’il faut plus de représentativité à la télévision ou dans les publicités, parce que sinon ça ne donne pas de modèle, ces personnes ne peuvent pas se projeter, être comme lui ou elle dans une télé-série par exemple.

C’est important d’assurer un large espace médiatique à ces communautés, c’est une avancée dans la société. Je pense que ces choses là changent, j’ai l’impression que les Américains sont plus avancés, notamment dans les télé-séries où il y a une plus grande diversité, avec des personnages plus forts, même chose pour les femmes.

C’est important d’avoir des modèles politiques forts et diversifiés ?

Oui, c’est pour ça que QS c’est le parti de la parité, notamment pour que les femmes ne soient pas que dans des circonscriptions imprenables.

Imaginons vous êtes au pouvoir, le Québec est indépendant, quelle est votre position sur les réfugiés, on en accueille ?

Oui. Des réfugiés, il va y en avoir de plus en plus avec les changements climatiques, plus que ce que l’on peut accueillir si on n’arrive pas à contrer la hausse de 4% du réchauffement climatique.

« Le problème des réfugiés, c’est toujours le problème de l’humanité. Il faut être solidaire »

Sur l’immigration maintenant, votre position ? 

On n’est pas dans une optique de réduire l’immigration, mais plutôt de savoir comment favoriser l’intégration économique des immigrants parce que c’est sur cette question que tout passe, même les femmes immigrantes qui sont encore plus en difficultés.

L’emploi et le salaire minimum à 15$/h cela reste votre mesure phare ? 

Le salaire minimum à 15$ de l’heure c’est la mesure phare de QS, on le défend à court terme et ça va être tellement bon pour l’économie. Je comprends qu’il faut aider les petites entreprises à s’ajuster, il faut trouver une façon pour qu’elles ne ferment pas, notre but c’est le bien collectif.

Enrichir ces personnes c’est le but, ils ne vont pas mettre ça dans des paradis fiscaux, mais ils vont participer à l’économie, avoir une meilleure vie et probablement une meilleure santé. On a beaucoup favorisé ce qui font des millions, maintenant il est temps de favoriser ceux sur qui tout repose, et grâce à qui les riches sont riches.

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