Entrevue avec Sol Zanetti, d'Option nationale | Média D
Restons connectés

Entrevue

Entrevue avec Sol Zanetti, d’Option nationale

On parle avec lui de son état d’esprit, d’immigration, de racisme, d’indépendance et d’emploi en autre.

Publié il y a

le

Crédit : Média D

A quelques mois des élections, nous avons rencontré le chef d’Option nationale, Sol Zanetti, qui fait désormais parti de la fusion avec Québec Solidaire (QS) et se présente à l’investiture dans Jean-Lesage. On parle avec lui de son état d’esprit, d’immigration, de racisme, d’indépendance et d’emploi en autre.

Romain Chauvet: Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques mois des élections ?

Sol Zanetti: Enthousiaste ! C’est à dire qu’entre 2012 et 2014 il y a eu très peu de temps, on s’est dit est-ce qu’on va avoir le temps de faire avant les prochaines élections, mais étant donné qu’on vient de traverser un mandat majoritaire, on avait le temps de se préparer, de faire des projets, mais en même temps c’est long 4 ans et on a hâte de retourner dans l’arène.

Il y a eu une fusion avec Québec Solidaire (QS), effective depuis le 31 décembre dernier, vous êtes désormais un collectif à l’intérieur de QS ?

La fusion entre Option nationale et Québec Solidaire, cela a créé vraiment un dynamisme sur le terrain, les équipes doublent de taille des fois, les gens sont contents de travailler ensemble plutôt que d’être contre. On découvre aussi des nouveaux militants.

On va organiser des universités indépendantistes également au printemps, des cours sur l’histoire par exemple, des conférences sur les arguments économiques et écologiques envers l’indépendance.

Plusieurs sondages sont sortis récemment, est-ce que vous les consultez et est-ce qu’ils donnent une tendance des votes aujourd’hui encore en 2018 ?

Quand ils sont bons je suis content, et quand ils ne sont pas bons je me dis comment on peut changer ça ? Tout en sachant que c’est assez volatile, les échantillons et les méthodes ont changé, les marges d’erreurs sont plus grandes.

Ce que je regarde c’est les indices terrain, comme par exemple en janvier QS qui a amassé plus d’argent que la Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti Québécois (PQ) et le Parti Libéral du Québec (PLQ) réunis ensemble. Cela montre qu’il y a une force militante qui est en train de s’installer.

Notre but, c’est de devenir un plus gros parti politique, je souhaite que cela se fasse à la prochaine élection, c’est possible, c’est une élection pivot où les groupes démographiques qui sont majoritaires vont changer.

Est-ce que l’élection de Donald Trump a changé la manière de faire de la politique aujourd’hui ?

Je ne sais pas, c’est une bonne question ! Je me demande si moi j’envisage les choses différemment. Pour moi, Bernie Sanders et Jean-Luc Mélenchon en France ont plus changé les choses, que Donald Trump.

Depuis 1995 que je suis la politique, ce qui domine toujours c’est qu’il faut être raisonnable. C’est comme si on avait cultivé l’idée que ce qui allait gagner c’est le juste milieu. On remarque qu’il y a une fatigue, on a sous-estimé les électeurs dans les dernières décennies, alors qu’ils sont prêts à appuyer des idées très affirmées.

Avoir dit je suis socialiste aux États-Unis, c’est quelque chose qui était tabou avant, depuis la guerre froide et associé à des choses négatives. Même chose avec Mélenchon en France qui a fait un bon score, ça m’encourage. Je me dis on peut proposer des choses franches, assumés, les gens sont ouverts.

Quelle place occupe la diversité dans votre parti politique ? 

Québec Solidaire c’est le parti qui a la plus grande sensibilité et en même temps le programme le plus intéressant pour les membres de la diversité. C’est un parti qui est ultra-inclusif, qui a un discours et une réflexion très articulée sur la question Autochtone notamment, ou sur les enjeux liés au genre.

« Les enjeux liés à la diversité, ce ne sont pas des enjeux juste individuels »

Souvent les partis libéraux, tant au Canada qu’au Québec, se présentent comme les champions des droits et libertés individuelles et on remarque que c’est individuel mais que cela ne suffit pas des lois, il faut changer la société au complet.

Sur les enjeux féministes par exemple, les femmes ont les mêmes droits que les hommes. Mais on ne peut pas écrire une loi disant que les inégalités sont interdites, il faut plutôt changer le système qui crée ces inégalités là.

Est-ce que cela passe par des quotas ?

Clairement oui, il y a ça ! Mais aussi des changements culturels, ce dans quoi on va investir. Quand on décide de couper dans les services sociaux et d’investir dans les infrastructures, on enlève des secteurs où c’est majoritairement des femmes, et on en mets plus là où c’est masculin. Cela crée une inégalité de richesse. Nos choix d’investissements ont un lien avec les inégalités.

Sur la question du racisme et des discriminations, est-ce que vous étiez favorable à la mise en place d’une Commission ?

Oui, Québec Solidaire s’est proposée en faveur de la demande de faire une Commission sur le racisme systémique, ce qui ne se fera manifestement pas. Moi je suis parfaitement en accord, mais il ne faut pas attendre.

Beaucoup de gens ont parlé de la discrimination, et il y en a qui ont dit ne pas vouloir une nouvelle commission. Les études/Commissions ont proposé des solutions et combien ne sont pas appliquées. Il ne faut pas que ça soit juste un show médiatique, il faut appliquer les solutions qu’on a décidé, qu’on sait qu’elles sont bonnes, et qui vont marcher. Cela en vaut la peine.

Dans la foulée des commémorations du 29 janvier à Québec, combien de gens impliqués dans des moquées ou la communauté musulmane se sont exprimés et ont dit que les Québécois ne sont pas racistes. Donc c’est comme si on se défendait de quelque chose que personne ne nous a accusé, il faut sortir de cette folie.

C’est comme si on se défendait contre un ennemi imaginaire, qui a dit les québécois sont racistes ? Les gens disent que les Québécois sont racistes, mais qui a dit ça ?

Alors comment cette idée a fait son chemin dans l’espace public ?

Historiquement, c’est plus à l’extérieur des frontières du Québec. Le phénomène du Québec bashing orchestré pour donner honte aux Québécois de vouloir de leur propre auto-détermination, en disant que ceux qui veulent l’indépendance sont racistes, c’est terrible. Ça réveille quelque chose de très sensible chez les Québécois. Il faut vraiment dénoncer le Québec bashing. On voit beaucoup de menaces de morts notamment sur les pages Facebook de certains médias anglophones.

Alors, y a t-il du racisme dans la société québécoise ?

Oui, il y a du racisme dans toutes les sociétés du monde, mais est-ce cela veut dire que tous les peuples du monde sont racistes ? Non.

Un peuple ne se définit pas par ce genre de caractéristiques, mais plutôt par des projets collectifs. Si on compare à d’autres pays, le Québec est bien avancé sur la diversité, il fait par exemple mieux vivre ici pour les homosexuels, pour les femmes aussi…

Des études sont sorties récemment, montrant le peu de minorités visibles dans les grandes entreprises, notamment à Hydro-Québec, votre réaction ?

Il faut rectifier ça, c’est grave. Je ne sais pas quel est le mécanisme idéal pour contraindre au respect de ces normes, je ne suis pas un spécialiste. Mais je pense qu’il faut des contraintes, mais comment les mettre en place ? Ça demanderait une étude approfondie, mais il faut faire ça, c’est essentiel !

J’ai été très sensible à un commentaire de Philippe Fehmiu qui disait qu’une publicité du 375ème anniversaire de Montréal ne présentait que des personnes blanches. Oui je trouve qu’il faut plus de représentativité à la télévision ou dans les publicités, parce que sinon ça ne donne pas de modèle, ces personnes ne peuvent pas se projeter, être comme lui ou elle dans une télé-série par exemple.

C’est important d’assurer un large espace médiatique à ces communautés, c’est une avancée dans la société. Je pense que ces choses là changent, j’ai l’impression que les Américains sont plus avancés, notamment dans les télé-séries où il y a une plus grande diversité, avec des personnages plus forts, même chose pour les femmes.

C’est important d’avoir des modèles politiques forts et diversifiés ?

Oui, c’est pour ça que QS c’est le parti de la parité, notamment pour que les femmes ne soient pas que dans des circonscriptions imprenables.

Imaginons vous êtes au pouvoir, le Québec est indépendant, quelle est votre position sur les réfugiés, on en accueille ?

Oui. Des réfugiés, il va y en avoir de plus en plus avec les changements climatiques, plus que ce que l’on peut accueillir si on n’arrive pas à contrer la hausse de 4% du réchauffement climatique.

« Le problème des réfugiés, c’est toujours le problème de l’humanité. Il faut être solidaire »

Sur l’immigration maintenant, votre position ? 

On n’est pas dans une optique de réduire l’immigration, mais plutôt de savoir comment favoriser l’intégration économique des immigrants parce que c’est sur cette question que tout passe, même les femmes immigrantes qui sont encore plus en difficultés.

L’emploi et le salaire minimum à 15$/h cela reste votre mesure phare ? 

Le salaire minimum à 15$ de l’heure c’est la mesure phare de QS, on le défend à court terme et ça va être tellement bon pour l’économie. Je comprends qu’il faut aider les petites entreprises à s’ajuster, il faut trouver une façon pour qu’elles ne ferment pas, notre but c’est le bien collectif.

Enrichir ces personnes c’est le but, ils ne vont pas mettre ça dans des paradis fiscaux, mais ils vont participer à l’économie, avoir une meilleure vie et probablement une meilleure santé. On a beaucoup favorisé ce qui font des millions, maintenant il est temps de favoriser ceux sur qui tout repose, et grâce à qui les riches sont riches.

Entrevue

Pourquoi j’ai quitté la Tunisie pour le Québec

Published

on

Entrevue avec Riadh Marouani, originaire de la Tunisie qui a immigré à Montréal depuis quelques mois.

Continuer à lire

Entrevue

Entrevue avec Jeune Rebeu, relève du rap québécois

Published

on

Entrevue avec le rappeur Jeune Rebeu.

Continuer à lire

Entrevue

Pourquoi j’ai quitté Montréal pour m’installer en région avec ma famille

« On va vivre ici pour une meilleure qualité de vie pour les enfants »

Published

on

Meilleure qualité de vie, opportunités professionnelles ou environnement sécuritaire sont autant d’attraits qui poussent de plus en plus d’immigrants à se diriger vers les régions du Québec, en grande pénurie de main d’oeuvre ces derniers mois. Mohammed Hicham Louridi, originaire du Maroc, est l’un d’entre eux. Il a quitté Montréal en 2016 avec femme et enfants direction Saint-Georges de Beauce, dans la région de Chaudière-Appalaches.

Au Québec, plus de 1,3 million d’emplois seront à pourvoir d’ici 10 ans, dont plus d’un million en région, à l’extérieur de Montréal.

Face à cette situation de pénurie de main d’oeuvre, les entreprises se tournent de plus en plus vers l’immigration. On estime que plus de 20 % de ces postes pourraient être comblés par des personnes issues de l’immigration.

Le Ministère de l’Immigration réalise en ce moment une grande campagne « Ensemble, nous sommes le Québec », en vue de favoriser l’immigration en région au Québec.

Hicham a fait partie de cette campagne de promotion.

Arrivés en mars 2015 au Québec avec sa femme et ses deux enfants, ils sont en possession de la résidente permanente qu’ils ont obtenu après 5 ans d’attente au Maroc.

Installés à Montréal pendant une année, rapidement le quotidien devient stressant et le manque d’opportunités professionnelles et de contrats se fait sentir.

« J’ai eu beaucoup de difficultés à Montréal, je n’ai pas réussi à trouver de travail, malgré les nombreux CV que j’envoyais aux grandes entreprises, je n’avais jamais de réponse ».

Professeur en électronique pendant plus de 15 ans au Maroc, Hicham rencontre des obstacles lorsqu’il souhaite enseigner ou faire un stage, puisqu’il devrait au préalable refaire son diplôme.

Il décide alors de se rapprocher d’un organisme qui aide à la recherche emploi, où il suit une formation de trois mois, qui va lui permettre de se rendre en Beauce, sélectionné lors de l’événement « La Beauce embauche », organisé par l’organisme.

Plan B : en région 

Après avoir visité la région et passé des entrevues, une opportunité professionnelle se présente à lui, qu’il accepte sans hésitation. Obligé de revenir quelques mois à Montréal, pour ne pas avoir pu céder le bail, finalement il retrouvera un emploi à Saint-Georges de Beauce par la suite.

A 50 ans il travaille aujourd’hui comme opérateur de production sur des machines à outils numériques chez Tactic.

« Moi et ma femme, on étaient déterminés, on avait un objectif »

Leur intégration et installation s’est extrêmement bien passée, les gens ont été très accueillants avec la nouvelle famille, et aucun acte de racisme ne s’est encore manifesté.

Même chose pour leurs deux enfants qui se sont vite intégrés, forts d’avoir appris le français lors d’écoles d’été à Montréal.

IMG-20180602-WA0001_preview-2

Hicham et sa famille

 

Conseils pour futurs immigrants

Il conseille pour les futurs immigrants de bien se renseigner avant de partir, mais surtout d’aller visiter en personne avant de prendre une décision.

« Le seul conseil que je peux donner, surtout aux personnes avec des enfants, c’est d’aller en région, dans n’importe quelle région » explique t-il.

Enfin de ne pas oublier de consacrer beaucoup d’efforts et de temps à la recherche d’emploi et de se rapprocher d’organismes qui oeuvrent dans la régionalisation ou l’aide en recherche d’emploi.

L’avenir continue de se dessiner pour eux à Saint-Georges de Beauce, où leurs enfants pourront aller prochainement à l’université dans la région.

Continuer à lire
Publicité
Publicité

Facebook

Publicité

Infolettre

Le meilleur de nos articles à chaque semaine

Publicité

POPULAIRES