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Francisation : apprendre à aimer le français?

Durant les pauses, les couloirs du département de francisation au Cégep bruissent de dizaines de langues différentes : russe, espagnol, hindi, mandarin, tagalog…

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Les étudiants y parlent leur langue maternelle comme ils respirent. Durant les classes ou durant les ateliers, c’est le français qui s’impose, langue articulée péniblement et laborieusement. Dans ce département, tout est une question de langues. Il y a celle que l’on parle le plus, celle que l’on voudrait continuer à parler ou celle que l’on aime. Pour la plupart des apprenants, aucune de ces langues n’est le français.

En tant qu’animatrice en francisation, je côtoie ces étudiants depuis quelques mois. Le temps de découvrir les motivations qui les animent et les freins qui les bloquent.

Ici, tout est une question de langues.

Celle que l’on a dans la bouche, qui nous permet de parler et de dire sa vie. Celle que l’on a dans la gorge, car c’est celle que l’on parle depuis les premiers temps de notre existence. Celle de la province d’accueil. C’est une langue difficile et des plus exigeantes.

Au Cégep, dans le département de francisation, le français s’apprend en quatre sessions de onze semaines chacune. Chaque jour de la semaine, quatre heures durant.

Les deux heures restantes sont consacrées à des ateliers. Les apprenants s’y livrent à des activités qui leur permet de mettre en pratique ce qu’ils ont appris avec leur prof. Il faut retenir un nombre incalculable de notions de grammaire et d’orthographe. Il faut saisir les subtilités d’une langue qui se dérobe souvent à la compréhension.

Devant l’ampleur de la tâche, beaucoup abandonnent. Parfois, quelques jours à peine après l’immersion en francisation.

Ils arrivent pleins de bonne volonté, mais certains sont analphabètes. En francisation, il leur faut apprendre à tenir un stylo pour tracer des mots dont le sens leur paraît obscur. Ils ânonnent des sons qui ne leur évoquent rien de concret. Ils se contentent de répéter des mots que le prof leur demande de retenir. Pour nommer ce qui les entoure. La table, la chaise, le tableau, les fenêtres, la porte…Le monde en français ne leur semble guère compréhensible.

Tel un Philippin qui se demandait pourquoi une table devait se nommer ainsi ; et pourquoi il fallait l’écrire de cette façon? Et pas d’une autre? Il demeurait perplexe en déchiffrant des termes dont il essayait de sonder l’origine avec une pénétrante concentration.

Telle une Pakistanaise qui demandait à l’animatrice de traduire toutes ses instructions en anglais. En essuyant un refus, elle s’est offusquée : comment apprendre le français en français alors qu’elle n’y comprenait rien?

Le Philippin et la Pakistanaise ont baissé les bras avant d’obtenir des réponses à leurs questions. La langue est un casse-tête pour ceux qui n’en possèdent pas les clés. Certains sont désorientés.

Leur regard erre comme des oiseaux perdus sur le tableau noirci de lettres qu’ils déchiffrent difficilement. Il leur faut un temps fou pour compléter des devoirs qui leur rapportent à peine quelques points. Autant de difficultés à surmonter alors qu’ils ne saisissent pas la moitié de ce qui se dit et qu’il leur est difficile de s’exprimer. Un accent tenace freine leur élocution ; une grande timidité les emprisonne dans un quasi-mutisme.

Un Vietnamien a cru trouver la solution en s’inventant des règles de français qui n’existent dans aucun manuel et qui ne font de sens que pour lui. Il trouve étrange que ces règles très personnelles ne l’aident pas davantage à compléter ses devoirs.

Une étudiante s’exprime dans un langage qu’elle croit limpide : en fait, c’est un charabia composé d’un mélange de français, d’anglais et de tigrigna, sa langue natale. Elle est interloquée quand ses camarades de classe ricanent dès qu’elle ouvre la bouche. Elle s’étonne de voir le prof ou l’animatrice demeurer sans voix quand elle pose des questions.

La langue isole ceux qui n’en percent pas les mystères. Quelques-uns perdent carrément pied. Telle une Ukrainienne au début du niveau 2, agressive et menaçante. Elle ne comprend rien au français et elle veut toujours « faire pipi ».

Ce sont les seuls mots qu’elle assure avoir retenus de sa première session. Alors, dans sa furie, elle les mitraille comme des balles. Pourtant, elle parvient à maugréer d’autres mots dont il faut deviner la teneur. On croit comprendre qu’elle tient tout le monde responsable de son échec : la prof et l’animateur de la session passée ; le prof et l’animatrice de la session actuelle ; ses camarades de classe qui ne l’aident pas suffisamment ; les services de l’immigration qui l’obligent à apprendre le français ; le temps pourri qui la déprime…

Le reste de son discours est celui de sa langue maternelle, qui fait sonner ses mots de colère et de frustration comme des insultes.

L’animatrice tente de communiquer avec elle. Peine perdue. L’Ukrainienne ne se sent pas bien. Le remède qu’elle a trouvé? S’enfermer dans les toilettes pour pleurer sa rage ou s’isoler dans les couloirs pour téléphoner à des gens qui s’apitoient avec elle sur son sort.

Elle quittera le Cégep après avoir menacé un membre de l’administration dans son bureau.

La langue fait dériver ceux qui ne peuvent pas l’apprivoiser. Il y a ceux dont le parcours chaotique s’interrompt en plein vol. Trop d’heures d’absences accumulées?

Ils sont convoqués pour qu’on leur explique l’importance de l’assiduité. S’ils continuent à s’absenter, ils se font expulser de la session. Ils tentent de sauver leur peau en détaillant les causes de leurs absences.

Certains travaillent la nuit. Trop de fatigue. D’autres évoquent les responsabilités familiales. Trop de choses à faire à la maison.

Il y en a qui parlent de la difficulté de la langue. Il leur faut s’aérer l’esprit après avoir étudié si dur.

Quelques-uns parlent de problèmes familiaux. Trop de soucis qui les minent. Certains ont trop d’enfants. Cela donne des maux de tête. Les causes ne sont pas jugées valables. Expulsion.

Ils s’en vont le rouge au front, le sac sur le dos et la honte ravalée au fond de la gorge.

La langue demeure inatteignable pour ceux qui ne peuvent l’escalader. Certains sont ici pour se détendre. Ils somnolent quand le prof parle. Ils bâillent quand l’animateur explique une activité.

Ils aiment bien se perdre dans les couloirs quand ils se rendent à la salle de bains. Ils balbutient quelques mots de français quand on les interroge. Ils bâclent les devoirs qu’il leur faut soumettre.

Cela leur prend une demi-heure pour trouver le chemin de la classe le matin, mais ils se dirigent vers la sortie en moins de deux minutes à la fin de la journée. La langue est un somnifère pour ceux qui n’en ont rien à faire. Beaucoup ravalent leur fierté.

Diplômés et professionnels dans leur pays, mais redevenus écoliers ici. Comme leurs enfants, ils rangent leurs cahiers, leurs manuels et leurs crayons dans un cartable. Mais, contrairement à leurs rejetons qui apprennent le français vite et facilement, eux butent sur l’apprentissage de la langue.

Leur prénom, que leurs amis de classe écorchent souvent, est écrit sur un rectangle de carton posé sur leur pupitre. Ils se sentent petits, assis sur des chaises carrées, entre les quatre murs d’une salle de classe. Ils parlent de leur passé comme d’un pan de leur vie perdu à jamais.

Ils se résignent à envisager une reconversion professionnelle, car ils ne retrouveront jamais le statut qui était le leur chez eux.

Telle une élève moldave, économiste dans son pays, qui deviendra éducatrice à la petite enfance ici ; tel un ingénieur indien devenu laborantin en attendant mieux ; telle une enseignante érythréenne qui dit avoir de grandes ambitions, mais elle est incapable d’expliquer ce qu’elle voudrait faire exactement.

Il y en tant qui s’engageront dans un métier qui est très éloigné de ce qu’ils faisaient autrefois ; la priorité est de s’engager dans un secteur qui recrute.  

Les autres ignorent totalement ce qu’il adviendra d’eux une fois sortis des murs du Cégep. Ils veulent travailler. Dans quel domaine? Qu’importe. Dans celui qui voudra bien d’eux. La langue est du mortier pour ceux qui ont un avenir à bâtir.

Beaucoup ruissellent d’ambition. Intelligents et fonceurs, ils attendent leur heure avant de conquérir leur destin. Ils consultent continuellement leur dictionnaire, avides de saisir le sens de tous les mots qu’ils découvrent.

Telle une jeune avocate colombienne, venue au Canada rejoindre son époux, et qui veut exercer ici ; tel un ingénieur chinois qui montera une affaire de conseils au Canada ; telle une architecte russe prête à reprendre ses études à l’université.

Beaucoup d’autres projets sommeillent en attendant de pouvoir être formulés en français. En attendant, les étudiants rongent leur frein, impatients de se lancer dans la vie active.

Le français est la clé qui leur ouvrira les portes d’un métier enviable et prospère. La langue est un atout pour qui sait la manier.

Enfin, il y a ceux, une minorité, à avoir adopté le français comme une couche qu’ils ajoutent à leur identité. Ils sont presque bilingues et, pour eux, la francisation n’est qu’une formalité avant d’aller à la conquête des opportunités que leur offre le Québec.

Ils sont doués en langues. Certains sont polyglottes.  Aiment-ils le français? Pas plus qu’une autre langue.

Leur assurance et leur confiance en imposent. La langue est un trophée pour ceux qui ont pu se l’approprier. Qu’arrive-t-il à la majorité d’entre eux?

Ils auront complété les cours de francisation sans avoir été francisés. Ils seront incapables de soutenir une conversation en français. Ils ne pourront pas rédiger un courriel ou un curriculum vitae seuls. Ils essaieront pourtant de s’en sortir dans le Québec francophone.

La langue est une montagne à gravir pour ceux qui ne sont pas équipés de crampons. Tous mesurent leur chance d’être au Canada. Ils apprécient la modernité du pays, l’ouverture d’esprit des habitants et la sécurité.

Par contre, presque tous regrettent d’avoir à apprendre le français pour s’intégrer au Québec. Pourquoi ont-ils choisi la Belle Province pour s’établir? Ils avouent à mots couverts que les prestations sociales sont plus généreuses qu’ailleurs et que le coût de la vie dans les autres provinces est trop élevé.

Que connaissent-ils du pays dans lequel ils vivent? Des images du folklore défilent à travers la majorité des évocations : le hockey, la neige, la nature, la richesse…

N’ont-ils pas découvert plus de choses au sujet du Canada depuis leur arrivée? Non. Ils ne parlent pas français chez eux. Ils vivent dans des quartiers d’immigrés tout le monde s’exprime dans sa langue maternelle. Ils ne lisent presque pas les journaux et ils regardent à peine les nouvelles. Cela ne les intéresse pas. De toute manière, ils ne comprennent pas grand-chose de l’accent québécois entendu dans les médias. C’est un français spécial, affirment-ils.

Pour eux, immigrer fait partie d’une stratégie. Rechercher une vie meilleure pour eux et leur famille. Trouver du travail. S’enrichir.

Contrairement à d’autres immigrants, plus prévoyants ou mieux formés dans leur pays, ils n’ont pas appris le français avant de poser le pied sur le sol canadien. En arrivant au Québec, ils n’ont pas trouvé de travail. Ils n’ont pas pu, comme d’autres, se trouver un métier dans leur langue d’origine ou en anglais. Sinon, ils ne se seraient pas résignés à s’inscrire en francisation.

L’apprentissage du français est une contrainte pour eux. Un contretemps dans un processus d’immigration qu’ils imaginaient plus simple et plus rapide.

Ils veulent quand même s’intégrer, n’est-ce pas? Un silence gêné accueille ce mot, que certains traduisent pour leurs camarades. Oui, dans une certaine mesure, finissent-ils par répondre. Ils veulent travailler parce qu’il le faut. Ils veulent obtenir le passeport canadien, tellement plus convoité que celui de leur pays. Certains rigolent en admettant attendre ce moment avec impatience ; passeport en main, ils rentreront chez eux aussitôt et ils reviendront au Canada uniquement pour y faire des affaires.

Pensent-ils s’attacher au Canada et s’y installer définitivement? Pour la majorité, il n’y a pas d’autres options. Ils aiment leur pays et ils évoquent avec nostalgie ce qui leur manque de chez eux, mais ils ne veulent pas retourner y vivre pour une quantité de raisons : violence, guerre, pauvreté, chômage, despotisme, dictature, corruption…Ils aspirent à offrir à leurs enfants la sérénité qu’ils n’ont pas connue à leur âge.

C’est au Canada que se joue désormais le futur de tant de familles qui, chaque année, s’installent sur notre sol.

Aimer le Canada? Peut-être. Cela viendra.

Aimer le français? Ah non! Elle nous fait trop souffrir, disent-ils avec amertume.

La langue devient un adversaire quand on a du mal à en faire un allié. Il arrive parfois que la langue soit moins importante que tout le reste. Durant le « party » de Noël, le département de francisation fêtera l’année qui s’achève et celle qui commencera.

Quelques jours avant la fête, tous les étudiants préparent fébrilement cet événement. On discute du lunch. Chacun amène ce qu’il veut et il partagera avec les autres.

Une étudiante indienne ne comprend pas ce qui se trame. Une compatriote tente de lui expliquer en hindi qu’elle peut amener du pain.

Sa voisine de classe, une Mexicaine, lui montre sur son téléphone des photos de baguettes de pain. L’étudiante sourit et acquiesce.

Le grand jour venu, les différences s’abolissent. On mange ensemble, on rit, on plaisante et on est tous de bonne humeur. Certains ont cuisiné des spécialités de leur pays. On leur fait découvrir des plats d’ici : la tourtière, le sucre à la crème, la dinde rôtie…On ne comprend pas toujours tout ce que les étudiants disent, mais on en fait peu de cas. Le temps d’une journée, on se passe de la langue pour s’amuser dans l’insouciance.

On entrevoit le Canada multiculturel tel que le décrivent ceux qui y voient l’avenir de notre pays. La possibilité de s’entendre et de vivre dans la concorde malgré les innombrables différences qui nous distinguent de ceux qui viennent d’ailleurs. On retiendra l’ambiance bon enfant qui a régné ce jour-là et du bon repas qui a régalé tout le monde.

On mettra de côté les dissensions ou les malentendus qui apparaissent inévitablement quand des gens différents se côtoient.

On tentera de fermer les yeux sur le cas des absents qui n’ont pas voulu se joindre à la fête pour ne pas manger la même nourriture que les autres, ou qui refusent de fêter Noël par conviction religieuse.

On feindra de ne pas avoir entendu ceux qui ne prononcent pas un seul mot de français durant toute la fête, soulagés de s’épargner cet effort.

On ne verra pas ceux qui s’en vont dès le repas fini, indifférents au désordre laissé sur les tables ; ils sont ravis de s’en aller plus tôt que d’habitude.

La plupart des étudiants attendent beaucoup de la nouvelle année. Réussir les cours de francisation. Reprendre leurs études. Se trouver du travail.

Le français continuera à les préoccuper, longtemps après avoir complété leur cours. La langue demeure un défi pour ceux qui en ont besoin.

Étant moi-même issue de l’immigration, je ressens de l’empathie pour ces nouveaux arrivants.

L’apprentissage d’une langue représente parfois l’aspect le plus dur et le moins apprécié du processus d’immigration.

Tous ceux qui œuvrent en francisation font de leur mieux pour enseigner le français à leurs apprenants et encourager leur intégration. Leur faire aimer la langue française et la culture québécoise? C’est peut-être trop demander à des immigrés qui ne connaissent pas grand-chose du Québec et qui s’esquintent sur la langue de Molière. Il faudra du temps pour qu’ils se sentent Québécois et pour que le français leur coule naturellement sur la langue. Le temps, probablement, de se construire une vie au Québec.

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Là où le bât blesse

Une réflexion sur la diversité dans notre monde artistique.

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S’il y a bien une chose dans laquelle nous excellons et dont on peut se « péter les bretelles » au Québec, c’est lorsqu’on parle de notre culture artistique.

Majoritairement francophone, malgré l’immense bassin anglophone, la culture québécoise fait des jaloux sur les quatre coins du globe et ne cesse d’innover années après années avec des budgets assez chiches merci. N’ayant pas peur de faire preuve de chauvinisme quand on parle des talents de chez nous, il demeure tout de même que le Québec à l’écran et sur les planches n’est pas représentatif de la réalité décrètent plusieurs artistes québécois(es).

On en parle comme si comme ça sans vraiment établir des idées concrètes pour une meilleure représentation de la diversité dans nos émissions, nos pièces de théâtre et notre cinéma. Dans son article de 2016 paru dans La Presse, Hugo Pilon-Larose nous dit que « La Presse calculait que près de 5 % des rôles principaux des émissions de fiction québécoises de l’automne 2014 étaient tenus par des comédiens issus des minorités visibles […] Pour les nouveautés de l’automne 2016 seulement, cette statistique tombe à 3%. » (La Presse, 2016). Le journaliste soutient que depuis deux ans, « rien ne bouge » et que les acteurs issus de la diversité peinent à trouver une place pour eux dans les productions d’ici.

Quand on parle de cette représentation de la société à la télévision, au cinéma ou au théâtre, l’unanimité règne : il faut montrer les différences culturelles et exposer le Québec tel qu’il l’est.

Pourtant, le petit écran se fait plutôt lent dans cette idée : « Les diffuseurs sont en compétition avec des sites comme Netflix. On n’écoute pas des shows à cause de vedettes. Dans Breaking Bad et Six Feet Under, il n’y avait personne de connu. Alors pourquoi ne serions-nous pas capables d’en faire autant? » (La Presse, 2016).

Survient alors un deuxième débat dans celui-ci, la diversité point. Il n’est pas nouveau d’entendre les artistes du milieu se plaindre de voir les mêmes visages au petit et grand écran. Est-il vrai de penser que nous sommes plus frileux de trouver de nouveaux talents que d’engager des acteurs et actrices de renom qui vont assurément fidéliser notre public ?

Il faut dire que des initiatives ont été créées suite au manque de diversité dans nos productions culturelles. Par exemple, Les auditions de la diversité culturelle se déroulent à chaque année depuis 2013 au Théâtre du Quat’Sous afin d’y dénicher les meilleurs candidats issus de la diversité. Plusieurs artisans du milieu culturel sont présents pour trouver la perle rare. Les candidats sélectionnés ont droit à des séances de coaching personnalisé en théâtre et à une formation en jeu caméra qui leur permettra une démo vidéo professionnelle. Le but de ces auditions est assez simple : qu’elles n’existent plus ! En fait, selon le porte-parole Frédéric Pierre, l’idée est qu’elles ne soient plus nécessaires et que les artistes provenant de la diversité obtiennent des rôles plus facilement.

Il s’avère toutefois intéressant de constater que le Québec traîne encore de la patte dans ce dossier. On se vante souvent de faire preuve d’innovation et de créativité alors qu’on demeure assez conservateur quand vient le temps de rafraîchir notre distribution de comédiens et de comédiennes. Un grand ménage du printemps s’impose !

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Mythes et réalités sur l’Environnement

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Vous êtes-vous déjà visualisé une image du mot « Environnement » ? Probablement que oui… mais l’image ou la définition que vous vous en faites est-elle la même que celle de votre voisin ? Il existe en effet quelques mots qui, comme « Environnement », ne pourront jamais faire consensus social et qui maintiendrons toujours une diversité de représentation et de définition. Aujourd’hui, tentons de comprendre ce qu’est l’ « Environnement » et la pluralité des sens qu’il ficelle.

Chaque lecteur ne sera pas surpris de voir apparaître une image bien claire dans leur tête en lisant le mot « Environnement ». Tout le monde l’utilise, fréquemment, dans plusieurs contextes de la vie courante et chacun est capable de s’en faire une idée bien précise en fonction des références et des représentations qu’il en fait. Mais est-ce que tout le monde comprend ce mot de la même manière ? Assurément pas et c’est bien normal.

Dépendamment de leur lieu d’origine, de leur âge, de leur travail ou de pleins d’autres variables, certains se représenteront une forêt et une montagne, d’autres s’imaginerons leur milieu de travail ou une salle de classe alors que d’autres penseront plutôt aux catastrophes environnementales liées à la croissance des activités économiques mondiales. L’environnement a donc une diversité de représentation, mais ultimement : qu’est-ce que c’est?

Il semble aujourd’hui évident que lorsqu’on parle d’environnement, on s’illustre et on s’imagine d’emblée le concept comme allant de pair avec tout ce qui entoure sa dégradation et sa destruction : réchauffement climatique, pollution de l’air, pollution de l’eau, déforestation, désertification, toxicité des nappes phréatiques, fonte de la calotte polaire, augmentation des catastrophes naturelles, destruction des écosystèmes, etc. Mais cette association Environnement-Problème n’a pas toujours été de vigueur. Victime de notre époque, toute cette vision négative et tous ces termes employés pour désigner cette destruction environnementale n’existaient à peine il y a de cela une quarantaine d’années.

Durant les années 1970, les grandes organisations internationales, comme les Nations-Unies et l’UNESCO ont commencé à sentir l’urgence face à la détérioration de l’environnement. Plusieurs conférences, congrès et traités ont ainsi vu le jour depuis : La Conférence internationale sur l’environnement humain de 1972 à Stockholm, le Rapport Brundland de 1988, la Conférence de Rio de 1992, le Protocole de Kyoto de 1997, la Conférence de Paris sur les changements climatiques de 2015, etc. Et au fil des ans, la population mondiale s’est sensibilisée aux faits et aux nouvelles dynamiques qui entourent les enjeux liés à l’environnement.

Depuis, notre vocabulaire s’est enrichi d’expressions nouvelles toutes relatives à des stratégies pour tenter d’arrêter cette dégradation planétaire : recyclage, gestion des déchets, restauration des sols, revitalisation des écosystèmes, protection de la faune et de la flore, compostage, etc. Avec toute cette inondation terminologique, il est bien normal que la majorité des gens s’illustre l’environnement comme étant en mauvaise posture et qu’on l’associe souvent à un problème qu’il faudrait, ultimement, arriver à résoudre.

Mais, qu’on se détrompe et qu’on revienne à une lucidité d’esprit. L’environnement ce n’est pas seulement qu’un problème et il faut arrêter, en tant qu’humain, de se sentir supérieur ou inférieur à lui. L’environnement c’est bien sûr avant tout un espace qu’il faut apprendre à vivre avec et non pas comme s’il serait un esclave.

Depuis l’excroissance du capitalisme, nous avons eu tendance à oublier son importance de sorte qu’on l’a souvent transposé au second plan, comme si l’on ne dépendait pas tant de lui. Mais l’environnement c’est notre Oïkos, qui en grec veut dire habitat, milieu de vie. Il est important de comprendre et de s’intéresser à l’environnement pas seulement dans une optique de préservation écologique, mais aussi pour se redéfinir soi-même, développer un sentiment d’appartenance personnel et collectif face au monde et à son milieu, tisser des liens entre identité-nature-culture, apprendre à vivre-ensemble et en harmonie, se définir par rapport aux autres et enrichir nos connaissances et nos réflexions morales.

Pour utiliser des termes féériques, l’environnement peut être vu également comme l’élément principal de la construction de notre Éco-ontogenèse. C’est-à-dire qu’il contribue au développement de l’être humain que nous sommes en relation avec le milieu et les incidences que ce dernier nous occasionne contribue à former notre personnalité et notre identité tout au long de notre vie.

L’environnement est donc bien plus qu’un problème à résoudre et ses représentations sont toutes autant diversifiées qu’il y a de cerveaux pour l’imaginer. La chercheure Lucie Sauvé en a bien fait la démonstration dans cette classification générale des principales représentations relatives à l’ « Environnement ».

Les différentes représentations de l’Environnement

Différentes représentations de l’environnement Les valeurs privilégiées Les images mentales associées
L’environnement-Nature
  • À apprécier
  • À respecter
  • À préserver
  • Une forêt intacte
  • Une rivière cristalline
  • Une montagne boisée
L’environnement-Ressource
  • À gérer
  • À développer durablement
  • Une exploitation forestière
  • Une déchetterie
  • Une éolienne
L’environnement-Problème
  • À résoudre
  • Un cours d’eau pollué
  • Un tas de déchets sauvages
  • Une coupe à blanc
L’environnement-Système
  • À comprendre pour décider
  • Un schéma de relations écologiques
  • Une forêt et l’ensemble de ses composantes interreliées
  • Une ville, avec ses intrants et extrants
L’environnement-Milieu de vie
  • À connaître
  • À aménager
  • Une maison avec son jardin
  • Un village, un quartier ou un parc avec des arbres, des fleurs, des animaux
  • Une petite ferme
L’environnement-Biosphère
  • Où vivre-ensemble et à long terme
  • La Terre vue de l’espace
  • La misère dans un pays en développement
  • Un dessin représentant une cosmologie amérindienne.
L’environnement-Projet communautaire
  • Où s’engager
  • Un groupe de personne en corvée de nettoyage
  • Des jardins communautaires
  • Une réunion de citoyens discutant démocratiquement.

 

Apprêté et assaisonné de diverses façons, l’environnement prend forme lorsque chacun le définit proprement. Pour ma part, l’environnement rime avec Nature. Je ne peux concevoir l’environnement que comme un espace de sérénité, de réflexion, de sublimation face à sa beauté et comme un lieu qui me procure une magie d’assagissements.

L’environnement-Nature m’a aidé à construire ce que j’aime et ce que je suis, m’a aidé à comprendre mon rôle et ma place en tant qu’humain au sein de cette Terre. Mais, l’environnement comme on l’a dit est très diversifié et rime avec autant de sons et de sens qu’il y a de bouches et de langues pour l’exprimer.

Et pour vous qu’est-ce que l’environnement?

 

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Point de vue

École et Éducation : synonyme, antonyme ?

Il est indéniable que l’école fait partie intégrante du grand rouage systémique que l’on appelle l’Éducation, mais l’Éducation est-elle nécessairement équivalente à l’institution que l’on appelle l’École ?

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Est-il possible d’éduquer nos enfants sans l’apport de l’École ? L’École répond-elle vraiment à toutes les problématiques qui gravitent autour de l’Éducation ? Tentons donc de démystifier deux termes, « l’Éducation » et « l’École », symboliquement semblables et similaires, mais qui peine à se départir d’une confusion terminologique parfois maladroite et qui mériteraient de plus amples clarifications. Éloge d’une diversité éducative.


L’éducation est, pour toutes nations ou pour tous pays, une dynamique centrale et essentielle pour le développement et l’évolution de sa société et des individus qui la composent. Partout, l’éducation rime avec : formation de futurs citoyens, de futurs travailleurs, de futurs parents, de futurs participants, de futures développeurs d’une société en devenir et rime aussi avec la construction et la transmission des valeurs considérées comme justes et nobles pour le vivre-ensemble et le respect de tous et chacun au sein de la même communauté. Comme l’a dit si bien François Guex, en 1906, dans son ouvrage classique sur l’éducation Histoire de l’instruction et de l’éducation :

« Tout système d’éducation correspond à un idéal social quelconque et, partout, la pédagogie a été et sera ce qu’a été et ce que sera la conception du monde, de l’Homme et de sa destinée »

 

L’éducation est donc l’embryon de la société du futur et c’est à travers cette dernière que l’on peut choisir, en tant que société démocratique, quel genre de monde nous voulons que nos enfants contribuent à développer dans l’avenir. Au Québec, comme au Canada et comme dans la majeure partie des pays de L’OCDE, c’est l’école qui opère comme véhicule principal à l’éducation. L’école s’attribue ainsi à une quasi-monopolisation en tant que « productrice d’éducation ». Mais qu’y a-t-il d’autres ? Et surtout y a-t-il plus efficace que l’école pour éduquer ?

Au Québec, l’école représente le régime éducatif le plus utilisé. Que ce soit à travers le réseau public ou le réseau privé, ce véhicule s’accapare presque l’unanimité de l’éducation de tous les enfants du territoire. En 2013-2014, un rapport établi par le Ministère de l’Éducation et de l’enseignement supérieur (MÉES) a fait le compte de l’effectif scolaire de tout le réseau éducatif québécois.

Réseau d’enseignement au Québec Effectif scolaire
Réseau public 869 899
Réseau privé 123 249
Réseau gouvernemental 2 030
Total 995 178


On dénombre donc un total de 995 178 personnes qui font parties de ce réseau scolaire national. Toutes ces personnes sont donc casées quelque part dans une Commission scolaire où l’on retrouve les écoles préscolaires, primaires ou secondaires de nature publique quelque part dans le réseau d’enseignements privée ou gouvernemental.

Cependant, ce nombre n’est pas tout à fait complet. Il existe, au Québec, en marginalité et éparpillé un peu partout sur tout le territoire, des enfants de 6 à 16 ans qui reçoivent une éducation, mais qui n’appartiennent à aucune appartenance scolaire, qu’elle soit publique, privée ou gouvernementale. En effet, toujours selon les statistiques du rapport de la même année, soit 2013-2014, on recense un nombre de 1 180 enfants ayant reçus une éducation dite « à la maison » ou « à domicile ».

Niveau de scolarisation des élèves recevant une éducation « à domicile » Effectif scolaire
Primaire 752
Secondaire 428
Total 1 180


Selon la Loi sur l’instruction publique (la LIP) « tout enfant âgé de 6 à 16 ans doit fréquenter une école ». Toutefois, selon l’article 15.4 de cette même Loi, « un enfant est dispensé de cette obligation de fréquenter une école s’il ou elle reçoit à la maison un enseignement et y vit une expérience éducative qui, d’après une évaluation faite par la commission scolaire ou à sa demande, sont équivalents à ce qui est dispensé ou vécu à l’école ».

De plus, les enfants qui reçoivent une éducation « à domicile » sont assujettis, selon la LIP, aux dispositions suivantes :

  1. Tout enfant recevant une éducation « à domicile » est dispensé du même régime pédagogique que tous les autres enfants. En d’autres termes, ils doivent apprendre toutes les choses et développer toutes les compétences et les aptitudes qui sont prescrites dans le Programme de Formation à l’école québécoise (PFEQ).
  2. Tout enfant recevant une éducation « à domicile » devra recevoir les mêmes évaluations et devra être assujettis aux mêmes exigences que tous les autres enfants en vue de l’obtention du diplôme d’étude secondaire (DES).  
  3. Tout parent qui fait l’éducation de son enfant « à domicile » doit présenter à la commission scolaire à laquelle son enfant est rattaché un projet de scolarisation équivalent à ce qui est offert à l’école québécoise.

L’éducation « à domicile » fait donc partie de cette « altérité éducative », de cette « diversité éducative » à la monopolisation engendrée par l’école et son pouvoir institutionnel. Est-ce meilleure ? L’école « à domicile » est-elle meilleure que l’école publique ou l’école privée ?

Il serait beaucoup trop téméraire d’apporter un tel jugement. Les données statistiques n’arriveraient pas non plus à offrir une réponse à cette question. Toutefois, l’éducation « à domicile » mériterait une attention plus particulière de la part de nos gouvernements, de nos professionnels de l’éducation et des parents, qui rappelons-le, sont à la base de l’éducation de leurs enfants. Elle pourrait certes faire office, dans certaines situations (par exemple : un enfant avec des troubles de comportements, un enfant à déficience visuelle ou auditive, un enfant ayant le syndrome du spectre de l’autisme, un enfant qui subit de l’intimidation, un enfant qui n’est « pas fait pour l’école », etc.), de solutions intéressantes autant pour l’enfant, que pour les parents ou les responsables de l’éducation de cet enfant.

Considérant donc la pluralité des problématiques que l’on retrouve au sein des institutions scolaires, l’école « à domicile » pourrait être une solution pour quelques-unes de ces dernières.

Plusieurs débats apparaissent concernant l’éducation « à domicile » : les parents sont-ils qualifiés pour dispenser une éducation équivalente à celle que propose l’école ? Le matériel didactique et pédagogique peut-il être approprié pour équivaloir une éducation semblable à ce que propose l’école ? Combien de ressources financières ça prend pour équivaloir une éducation semblable à ce que propose l’école ? L’environnement et le milieu d’étude est-il propice à l’apprentissage ?

C’est grâce à ces débats qu’il est possible de faire connaître l’accessibilité à ce type d’éducation marginale, mais pas pour le moins moins intéressant.

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