Portrait

Portrait de Ma’liCiouZ, artiste innovante à l’origine de l’exposition Matriarche

Artiste professionnelle depuis 2012, Ma’liCiouZ, Montréalaise d’origine haïtienne se distingue par ses murales qui ornent le quartier Saint-Michel et enchaîne les projets innovants. Marquée par l’afroféminisme et reconnue pour la force de ses œuvres représentant des personnages féminins, elle présente sa 7ème exposition, Matriarche à l’Espace Mushagalusa, inspirée des femmes qui l’entourent. Rencontre avec une artiste à la fois humble et bouleversante.

Les débuts de Ma’liCiouZ

« J’ai toujours eu un côté rebelle, tu vois ? Et ce côté-là je peux l’exprimer par mon art, surtout quand j’étais plus jeune, j’étais un peu anarchiste. C’est drôle parce qu’en réalité, je ne suis pas quelqu’un de malveillant », explique-t-elle, contemplative. Ma’liCiouZ, la « malice ». Un nom qui a apposé sa marque le long des murs de Saint-Michel « D’un autre côté, pourquoi l’extrême devrait toujours être un défaut ? », renchérit-elle d’un sourire interrogateur.

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Ma’liCiouZ souligne avoir depuis toute petite une tendance artistique : c’est en étudiant le graphisme qu’elle réalise qu’elle préfère autre chose que de faire des affiches publicitaires. C’est en produisant ses dessins sur des vêtements pour ses amis que l’idée germe : « Mon but était que les gens puissent se promener avec des messages représentatifs », se remémore Ma’liCiouZ.

Toutefois, c’est véritablement en observant l’impact de ces messages dans sa communauté, encouragée par son entourage qu’elle désire pousser l’expérimentation plus loin. Du tag au graffiti, qu’en est-il des murales qui la caractérisent ? « J’ai commencé à faire des murales dans Saint-Michel à la demande de gens : maintenant, quand je créé, j’ai toujours envie de faire de plus en plus grand ».

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Malgré ses expositions en galeries, son art de prédilection demeure celui « de la rue » :    « J’aime dessiner, peindre et tout, mais le graffiti c’est vraiment ma forme d’expression préférée. Je me sens dans mon environnement quand je le fais, que j’utilise tout mon corps et au final j’adore réaliser que ce que je viens de faire est plus grand que moi, que ça remplisse le champ de vision ».

Une démarche qui démocratise l’art, en quelque sorte. Passionnée, elle explique aujourd’hui ne pas avoir besoin de plan B : « À partir de 2012, je me suis mise à réaliser un projet à la fois et concrétiser ce que j’avais en tête. Je crois que quand on a une certitude, il faut suivre son instinct ».

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Matriarche : « Les femmes sont les “gatekeeper de l’humanité”

Femme debout, femme devant, Femme Potomitan.
Elles sont des entités centrales socialement et spirituellement parlant. Qu’elles le veuillent ou non, qu’on le reconnaît ou non.
Matriarche ; Gate Keeper de l’humanité.

Les tantes, les grand-mères, les mères : continuité de son travail, c’est justement avec une démarche très intuitive que l’exposition Matriarche prend place dans la tête et le cœur de la jeune artiste. Composé de nombreux tableaux représentant tous des personnages féminins, droits et fiers, les regards sont saisissants. À travers cette démarche, Ma’liCiouZ illustre ce que “ça représente d’être une femme noire”.

L’artiste explique que cette fois-ci, elle fait le pont entre les générations. En utilisant le noir et blanc pour lier passé et présent, comme pour le tableau “Grann”. Les matriarches s’entrecroisent, se soutiennent, se rendent fières : “Matriarche pour moi est l’équivalent de ‘Potomitan’, en créole : la femme est centrale dans la famille et on s’y réfère. Je voulais faire un lien en représentant des femmes qui ne sont pas nécessairement mère, mais qui pourraient le devenir (ou choisir de ne pas suivre cette voie non plus)”.

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Son œuvre “Keeper” illustre justement cette dualité, le devoir de protéger et de se protéger soi. Le portrait fictif inspiré d’une amie proche la dépeint tenant d’un geste assuré son bébé, calé contre son sein. De l’autre main, la femme empoigne fermement un pistolet: son regard direct, de détermination confronte les observateurs.

Et pour la suite ?

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Sans trop en révéler, l’artiste a plusieurs projets en tête : “J’aimerais réaliser cette exposition-là dans d’autres villes, faire d’autres œuvres sur le même thème et en présenter à un public différent, peut-être ?”, évoque-t-elle avec un sourire.

Son souhait d’aller en Haïti pour créer une murale, cette fois-ci seule, germe également dans sa tête. Quoiqu’il en soit, le monde artistique n’a pas fini d’entendre parler de Ma’liCiouZ, la force tranquille.

*L’Exposition MATRIARCHE se termine ce dimanche 29 avril. Heures d’ouverture vendredi samedi 10 h à 18 h et dimanche jusqu’à 19 h. 533 Ontario Est – Entrée gratuite

Pour consulter les multiples créations de l’artiste, voici son site web : https://www.maliciouz.com/

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Point de vue

Là où le bât blesse

S’il y a bien une chose dans laquelle nous excellons et dont on peut se « péter les bretelles » au Québec, c’est lorsqu’on parle de notre culture artistique.

Majoritairement francophone, malgré l’immense bassin anglophone, la culture québécoise fait des jaloux sur les quatre coins du globe et ne cesse d’innover années après années avec des budgets assez chiches merci. N’ayant pas peur de faire preuve de chauvinisme quand on parle des talents de chez nous, il demeure tout de même que le Québec à l’écran et sur les planches n’est pas représentatif de la réalité décrètent plusieurs artistes québécois(es).

On en parle comme si comme ça sans vraiment établir des idées concrètes pour une meilleure représentation de la diversité dans nos émissions, nos pièces de théâtre et notre cinéma. Dans son article de 2016 paru dans La Presse, Hugo Pilon-Larose nous dit que « La Presse calculait que près de 5 % des rôles principaux des émissions de fiction québécoises de l’automne 2014 étaient tenus par des comédiens issus des minorités visibles […] Pour les nouveautés de l’automne 2016 seulement, cette statistique tombe à 3%. » (La Presse, 2016). Le journaliste soutient que depuis deux ans, « rien ne bouge » et que les acteurs issus de la diversité peinent à trouver une place pour eux dans les productions d’ici.

Quand on parle de cette représentation de la société à la télévision, au cinéma ou au théâtre, l’unanimité règne : il faut montrer les différences culturelles et exposer le Québec tel qu’il l’est.

Pourtant, le petit écran se fait plutôt lent dans cette idée : « Les diffuseurs sont en compétition avec des sites comme Netflix. On n’écoute pas des shows à cause de vedettes. Dans Breaking Bad et Six Feet Under, il n’y avait personne de connu. Alors pourquoi ne serions-nous pas capables d’en faire autant? » (La Presse, 2016).

Survient alors un deuxième débat dans celui-ci, la diversité point. Il n’est pas nouveau d’entendre les artistes du milieu se plaindre de voir les mêmes visages au petit et grand écran. Est-il vrai de penser que nous sommes plus frileux de trouver de nouveaux talents que d’engager des acteurs et actrices de renom qui vont assurément fidéliser notre public ?

Il faut dire que des initiatives ont été créées suite au manque de diversité dans nos productions culturelles. Par exemple, Les auditions de la diversité culturelle se déroulent à chaque année depuis 2013 au Théâtre du Quat’Sous afin d’y dénicher les meilleurs candidats issus de la diversité. Plusieurs artisans du milieu culturel sont présents pour trouver la perle rare. Les candidats sélectionnés ont droit à des séances de coaching personnalisé en théâtre et à une formation en jeu caméra qui leur permettra une démo vidéo professionnelle. Le but de ces auditions est assez simple : qu’elles n’existent plus ! En fait, selon le porte-parole Frédéric Pierre, l’idée est qu’elles ne soient plus nécessaires et que les artistes provenant de la diversité obtiennent des rôles plus facilement.

Il s’avère toutefois intéressant de constater que le Québec traîne encore de la patte dans ce dossier. On se vante souvent de faire preuve d’innovation et de créativité alors qu’on demeure assez conservateur quand vient le temps de rafraîchir notre distribution de comédiens et de comédiennes. Un grand ménage du printemps s’impose !