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Le local communautaire Claude-Martin : en marche vers une intégration sociale des immigrants du quartier Vanier

Une nouvelle vague de gentrification déferle graduellement sur le nord de la ville de Québec. Après avoir touché les quartiers Saint-Roch, Limoilou et Saint-Sacrement, ce sont maintenant les propriétaires du quartier Vanier qui commencent à racheter les immeubles en augmentant le prix des loyers et en demandant aux locataires de quitter leurs logements dans les plus brefs délais. Parmi ses premières victimes se trouve le local communautaire Claude-Martin.

Depuis trois ans, ce local offre des services de soutien aux nombreux immigrants dans Vanier, un des quartiers les plus défavorisés de la ville de Québec. En fin juin dernier, son équipe d’intervenants a déménagé dans un nouveau local situé dans le même quartier sur la rue Plante. Ce déménagement involontaire fait suite à la demande déposée par la société immobilière Bélanger, en novembre 2017 aux locataires de l’immeuble de reloger d’ailleurs.

Heureusement, cette société a assumé une bonne partie des frais de déménagement, soit la peinture et le déménagement en soi. Un autre aspect positif : un nouveau loyer à payer pour le local sur la rue Plante est 250 $ moins que le loyer payé pour le local précédent (650 $ contre 900$). Pour mieux comprendre les défis de la mixité sociale dans le quartier Vanier, Média D a rencontré un intervenant de proximité du local Claude-Martin, monsieur Éric Bernard.

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Photo prise de l’écran de projection durant le gala de persévérance le 4 juin 2018. Photo de courtoisie du Centre local communautaire Claude-Martin.
  • Monsieur Bernard, est-ce que vous pourriez expliquer à nos lecteurs la mission de votre local communautaire et la raison de sa création?

Notre local a été créé il y a trois ans et résulte de la collaboration de trois organismes : la Table de quartier Vanier, la Ruche Vanier et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Capitale-Nationale (CIUSSS-CN). Avant la création du local communautaire comme un organisme indépendant, le Centre multiethnique du Québec a envoyé à Vanier son employé, madame Jasmine Turcotte-Vaillancourt, pour accompagner les familles immigrantes du quartier.

Après la première subvention, la Ruche Vanier a réussi à obtenir une nouvelle source de financement, et Jasmine a été réengagée par un organisme communautaire nouvellement créé comme experte des problématiques des immigrants du quartier. Grâce à son important rôle initial dans l’accompagnement des immigrants, les gens du quartier ont continué jusqu’à aujourd’hui à associer notre local aux activités liées aux immigrants en nommant notre local « la maison de Jasmine ». En fait, les services aux immigrants ne sont qu’une partie de notre mandat. La mission de notre local est plus large : contribuer à améliorer la qualité de vie des gens du quartier, les résidents locaux et les immigrants, en les mobilisant autour des enjeux qui les interpellent.

  • Quels services proposez-vous aux immigrants?

Les services proposés par notre local sont multiples : l’accompagnement social, l’aide pour expliquer et remplir les documents administratifs, la cuisine collective, les activités culturelles, ainsi que la défense des droits des locataires en collaboration avec le Bureau d’animation et d’information logement du Québec métropolitain. Une travailleuse sociale et une infirmière surveillent les familles en difficulté en identifiant leurs problèmes sociaux et de santé, alors qu’une intervenante auprès des familles s’occupe des enfants. De mon côté, comme intervenant de proximité, je suis responsable des dossiers liés aux adultes, ainsi qu’aux logements, au soutien à l’information et à l’organisation des activités sociales et culturelles.

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Photo prise durant le gala de persévérance le 4 juin 2018. Crédit de photo : Elena Albina.
  • Le 4 juin dernier, j’ai été invitée à assister au gala de la persévérance des enfants qui ont fréquenté votre local. Les enfants avaient l’air très heureux d’avoir obtenu les certificats de persévérance et d’avoir présenté leur programme musical au public. Comment cette soirée est-elle liée à votre mission et quel est le rôle de vos partenaires?

L’intégration réussie des enfants immigrants est un des principaux axes de nos activités. Pour la réaliser, le local a établi des partenariats avec des organismes communautaires dont les intervenants se déplacent chez nous pour offrir leurs services éducatifs aux enfants du quartier. Par exemple, les bénévoles de Collège Frontière y offrent une aide aux devoirs deux fois par semaine.

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Les bénévoles du Collège Frontière avec les enfants du Centre local communautaire Claude-Martin. Photo de courtoisie du Centre local communautaire Claude-Martin.

YWCA y organise une fois par semaine un club de filles qui inclut des activités axées sur le développement du leadership, la prévention de l’itinérance des femmes et de leur exploitation sexuelle, le développement de leur autonomie alimentaire, et leur propose des sorties gratuites au théâtre et dans les bibliothèques de la ville.

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Agente de développement des programmes du Centre filles d’YWCA, Olivia Vu (quatrième à gauche dans une rangée centrale), ensemble avec les enfants du Centre local communautaire Claude-Martin. Crédit de photo : Elena Albina.

Notre troisième organisme partenaire, Jeunes musiciens du monde, y offre des cours de chant une fois par semaine.

Le gala auquel vous avez assisté a été organisé pour célébrer la fin de l’année scolaire et pour souligner les succès de notre collaboration avec nos partenaires.

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Jeunes musiciens du monde, ensemble avec les enfants du Centre local communautaire Claude-Martin. Photo de courtoisie du Centre local communautaire Claude-Martin.
  • Combien de familles immigrantes ont profité de vos services durant l’année scolaire et quelles activités ont été les plus réussies?

Durant l’année scolaire 2017-2018, entre 15 et 20 familles ont fait appel à nos services. Parmi les activités les plus réussies auxquelles les immigrants et les résidents locaux ont coopéré, il y a eu la Fête du quartier et la Semaine québécoise des rencontres interculturelles (SQRI) [cette dernière activité est l’initiative du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion qui se déroule dans plusieurs quartiers au Québec depuis quinze ans]. Les familles africaines ont contribué à la Fête du quartier en invitant des groupes musicaux ethniques et en préparant des plats traditionnels de leurs pays. Pour célébrer le bien-vivre collectif durant la SQRI, les immigrants et les résidents locaux ont dessiné ensemble le symbole de la communauté, un « mandala » sur une impression grand format, laquelle a été accrochée aux arbres devant notre local.

Malheureusement, la nuit après son installation, la pancarte a été détruite par le vent, comme si ce fait voulait symboliser ironiquement que le vivre-ensemble est une construction très fragile.

  • Sur quel projet travaillez-vous actuellement dans le but d’accomplir votre principale mission ?

Actuellement, pour améliorer la mixité sociale dans le quartier, notre équipe travaille sur le projet d’aménagement de la ruelle verte. Pour aménager un espace public derrière notre local, nous projetons de construire des bacs de plantation, dans lesquels tous les résidents du quartier pourront planter des arbustes et des plantes, et une placette publique. Le travail commun est censé briser l’isolement, rapprocher les gens de toutes les origines et augmenter leur engagement communautaire.

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Deux parties du symbole « mandala » accrochées aux arbres devant le Centre local communautaire Claude-Martin. Photos de courtoisie du Centre local communautaire Claude-Martin.
  • Quels sont les principaux obstacles qui vous empêchent de réaliser le bien-vivre ensemble?

La mixité sociale entre les résidents locaux et les immigrants ne se déroule pas toujours facilement dans le quartier. Par exemple, les résidents locaux évitent souvent d’assister aux activités culinaires organisées par les immigrants, et vice versa. Selon les données de notre sondage réalisé en 2017, parmi les 78 résidents du quartier, 29 % d’entre eux partagent une opinion plutôt négative sur la diversité culturelle. Les résidents locaux s’inquiètent principalement du fait que les familles immigrantes ne connaissent pas assez bien les habitudes, les valeurs et la culture québécoise. De plus, ils associent toutes sortes de stéréotypes aux nouveaux arrivants. Par exemple, l’insalubrité des logements infestés par les coquerelles et les punaises depuis deux ans dans le quartier est associée, dans la perception des gens, à l’arrivée des familles immigrantes qui ne suivent pas les règles d’hygiène de base. C’est vrai que les réfugiés qui ont habité plusieurs années dans les camps de réfugiés n’ont pas souvent les mêmes normes d’hygiène que les immigrants bien éduqués qui viennent de grands centres urbains. Mais le code de comportement, tout ça, on l’apprend, graduellement, en vivant dans de meilleures conditions, en côtoyant d’autres cultures, en participant aux projets communs par les études ou le travail. C’est à nous de les informer et de les référer pour qu’ils obtiennent les ressources dont ils ont besoin. C’est à la société d’accueil, d’essayer d’être plus ouverte aux autres cultures et à leurs modes de vie.

  • Quelle est la situation économique des immigrants du quartier et quels sont les obstacles à leur employabilité?

Sans vous donner de statistiques exactes, c’est une minorité des immigrants qui travaillent dans notre quartier, et ceux qui travaillent sont principalement les gens qui habitent à Québec depuis plusieurs années. Par contre, la plupart des nouveaux arrivants suivent les cours de francisation et vivent grâce aux prestations d’aide sociale.

Les obstacles à une intégration réussie proviennent à la fois de leur parcours de vie difficile, des particularités du quartier et du manque de ressources investies par le gouvernement dans les mesures de l’aide à l’intégration des personnes immigrantes. Les immigrants de notre quartier d’origines népalaise, birmane et africaine viennent principalement de camps de réfugiés. Après y avoir passé plusieurs années, ils restent souvent analphabètes dans leur propre langue. Ce n’est donc pas étonnant que l’apprentissage d’une langue si complexe que le français s’avère pour eux un vrai défi.  À cause de manque d’aisance linguistique, ils ne peuvent pas souvent de participer activement dans les projets de collaboration avec les résidents locaux du quartier. Idéalement, pour inclure plus activement les immigrants dans nos projets de collaboration, on aimerait bien recourir aux services des interprètes. Bien que la Capitale-Nationale offre des services d’interprétariat en plusieurs langues dans le réseau de la santé et des services sociaux, ses ressources ne sont pas suffisantes pour servir aux projets communautaires. 

Un autre obstacle à leur mobilité sociale est le manque de transport public dans le quartier. C’est pourquoi la plupart des entreprises qui se situent dans le parc industriel au nord du quartier Vanier restent inaccessibles pour les résidents les plus démunis. Depuis 2017, comme une illustration de ces difficultés, neuf des treize familles népalaises ont quitté le quartier Vanier et la province de Québec pour l’Ontario, ce qui représente une énorme perte pour nous.

Certes, l’insertion réussie des immigrants n’est pas facile : c’est un travail de longue haleine qui requiert beaucoup de patience, d’éducation et de volonté de la part de plusieurs acteurs publics et privés pour les aider à mieux s’intégrer. C’est pourquoi, en parlant avec vous, nous espérons sensibiliser davantage l’opinion publique à l’égard de cette problématique très pertinente pour notre société et trouver, en y réfléchissant ensemble, de meilleures solutions.

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Pourquoi ne peut-on pas parler de « race humaine » ?

Malgré ce qu’on peut entendre en politique ou dans les médias, le concept de « race » ne fonctionne pas lorsqu’il est appliqué à l’être humain. Pourquoi ?

La notion de « race » existe belle et bien chez les animaux, comme les chiens ou les chats. Ce terme s’emploie lorsqu’il y a une sélection et un croisement volontaire entre deux individus d’une espèce en vue d’entreprendre un élevage.

Élargir ce concept à l’être humain est donc impossible parce que la nature ne s’y adonne pas

Aucune base scientifique n’est en mesure d’appuyer l’idée de la « race » chez l’Homme. Tous les êtres humains possèdent un patrimoine d’environ 3 milliards de gènes. Ces derniers se mélangent et se combinent de façon différente d’une génération à l’autre, c’est-à-dire qu’il y a constamment de nouvelles associations génétiques. Les traits physiques, comme la couleur de la peau et la taille, ne représentent que des éléments négligeables qui peuvent, au plus, marquer le milieu d’origine de certains groupes porteurs de ces particularités. Ces traits seraient apparus il y a quelques dizaines de milliers d’années, ce qui constitue un phénomène très récent dans le domaine génétique.

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L’anthropologue Ashley Montagu est le premier à discréditer le concept des « races » en 1942. Selon lui, les divers groupes d’humains ne présentent pas de différence génétique entre eux, mais plutôt des différences sociales. Par exemple, Christian Coiffier, un ethnologue qui a travaillé avec les Papous de la Nouvelle-Guinée, raconte comment il y aurait « quatre types de blancs » d’après leur structure sociale : « Les gens comme eux, les blancs-roses comme les Australiens, les blancs-jaunes comme les Asiatiques, les blancs-blancs, comme les Européens et les blancs-noirs, comme les Afro-Américains ».

Plus tard, en 1972, Richard Lewontin appuie la thèse de Montagu, à la suite d’une expérience sur les protéines contenues dans le sang. Lewontin démontre que les variations observées relèvent surtout de différences individuelles au sein d’un même groupe ethnique. Il affirme ainsi qu’il y a 85% de fluctuation lorsqu’on compare des individus d’un même groupe, mais seulement 15% si l’on en confronte un avec les autres.

En somme, les différences génétiques ne sont pas assez considérables pour soutenir le concept des « races » humaines. Selon les théories les mieux fondées sur l’origine de l’Homme, tous les êtres humains viennent de l’Afrique. Nous appartenons tous, au final, à l’espèce de l’Homo sapiens.

Pour poursuivre la lecture :

https://www.20minutes.fr/sciences/1700111-20151001-race-blanche-non-sens-yeux-science

https://www.jim.fr/medecin/jimplus/e-docs/certaines_recherches_scientifiques_devraient_elles_rester_taboues__171440/document_jim_plus.phtml

https://www.nytimes.com/2018/03/23/opinion/sunday/genetics-race.html

https://fr.vikidia.org/wiki/Race

http://www.laviedesidees.fr/La-race-parlons-en.html

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La représentation de la diversité dans les jeux vidéos

L’arrivée de l’E3, l’Electronic Entertainment Expo le 12 juin, ramène la question de la diversité dans les jeux vidéos. Quels sont les effets de ce manque ?

Selon Cale Passmore de l’Université de Saskatchewan, cette sous-représentation aurait des effets psycho-sociaux négatifs auprès des joueurs non blancs. Il obtient ces résultats suite à une étude sur les perceptions des joueurs de divers milieux culturels. Des personnages stéréotypes jusqu’aux avatars qui n’offrent aucun autre attributs que ceux typiquement blancs, la perception et l’expérience de jeu seraient influencées par une variété de facteur.

Le chercheur explique comment certaines différences qui semblent inoffensives peuvent avoir des conséquences plus graves. Un personnage asiatique, par exemple, n’est jamais représenté avec des comportements ou des expressions faciales provenant de son héritage culturel. Les personnes sondées par Passmore montrent que ces incohérences sont belles et bien perçues.

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Ce « blanchiment » des comportements serait devenu normal dans les médias à un point tel que plusieurs stéréotypes non intentionnels sont créés. En revanche, lorsqu’un jeu permet de jouer un personnage d’un autre héritage, et bien représenté, les joueurs affirment qu’ils se sentent davantage impliqués.  

Malgré la demande grandissante pour des jeux inclusifs, moins 1% des jeux AAA – classification pour les jeux dotés d’un budget de développement et de promotion élevé – ont un personnage principal non blanc, alors que 83% d’adolescents afro-américains et 69% d’adolescents latinos jouent aux jeux vidéo. Le manque de diversité n’est pas en voie de s’améliorer même si, selon l’étude de Cale Passmore, les joueurs blancs sont assez bien représentés qu’ils envisagent sans problème de jouer des personnages avec des héritages culturels différents.

Dans le domaine des jeux vidéos, il y a une perception que les jeux avec un personnage principal non blanc ne se vendent pas autant que les autres. Par contre, des jeux comme The Walking Dead, sorti en 2012 avec une suite en 2016, prouve qu’un jeu avec un personnage afro-américain ou latino peut connaitre un énorme succès malgré tout.

L’E3 a beaucoup été critiqué l’an passé pour son manque de diversité, autant dans les jeux que sur la scène de l’exposition. Cette année, seule la compagnie Bethesda, connue pour la production de séries comme The Elder Scrolls et Fallout, promet plus de diversité et d’inclusion, sans préciser comment elle y arrivera. Les autres studios n’ont pas fait de promesse du genre.

Pour plus de détails sur les études de Cole Passmore de l’Université de Saskatchewan : http://hci.usask.ca/people/view.php?id=420

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Une avancée timide pour le droit des enfants trans

Organisé par Enfants transgenres Canada, en collaboration avec l’organisme Fierté Montréal, se tenait le 26 avril dernier un panel de discussion à propos de la situation des enfants trans et de leurs parents, au Québec. Avec pour objectif d’explorer l’expérience de ces jeunes trans et de leur famille tout en nommant des pistes de solutions pouvant contribuer au bien-être et à l’acceptation de ces jeunes, le panel conjuguait à la fois témoignages, expériences et présentation de recherches.

Les origines d’Enfants transgenres Canada

Les tout débuts de l’Organisme Enfants transgenres Canada remontent à 2010. C’est au cours de l’été, au mois de juillet qu’un petit nombre de parents, mis en contact par le Dr Shuvo Ghosh de l’Hôpital de Montréal pour enfant, se rencontrent dans un parc de Montréal une toute première fois afin de partager leur expérience.

Ce premier rassemblement permet alors aux enfants trans, ainsi que leurs parents de partager leurs vécus, et de tisser des liens : constatant la nécessité de répondre au besoin urgent de ces familles, l’organisme se mobilise en mettant sur pied des réunions de soutien, régulièrement.

Les parents pouvaient ainsi s’y rencontrer, se soutenir et partager leurs peines et leurs joies dans cette démarche d’acceptation qui peut prendre plusieurs années. Les enfants aussi, rassemblés à l’écart de leurs parents pouvaient s’écouter et s’entraider, tout en étant visibles.

Encore du chemin à parcourir

Les études portant sur les enfants transgenres mettent déjà en évidence qu’ils sont plus à risque de détresse et d’adversité que les jeunes de la population générale. Parmi les difficultés que peuvent rencontrer ces jeunes, le manque de soutien familial en est la première cause : si un nombre grandissant de familles appuient leur enfant, peu importe leur identité, plusieurs continuent à vivre de grandes difficultés pour ce qui est de l’acceptation. Par-dessus le marché, la rareté des ressources disponibles pour les soutenir, de formation des professionnels qui entrent en contact avec eux renforce le défi d’une acceptation à la fois personnelle et sociale (puisque oui oui, la transphobie, toujours présente dans la société, « même » au Québec).

L’occasion de présenter l’expérience des jeunes et de leur famille dans l’espace public est plutôt rare : toutefois, les pistes de solutions proposées sont porteuses d’espoir. La jeune militante Florence Ens est l’incarnation même de cette vague de changement. En écoutant cette jeune de 6e année exprimer son expérience et son désir d’implication au niveau des lois fédérales (elle a d’ailleurs milité pour l’adoption de la loi fédérale C-16), sans oublier la Loi canadienne sur les droits de la personne, impossible de ne pas sourire.

Annie Pullen Sanfaçon, professeure à l’École de travail social de l’Université de Montréal et vice-présidente et co-fondatrice de l’organisme Enfants transgenres Canada a présenté des aspects et données d’une recherche visant à mieux comprendre les expériences des jeunes trans au Québec. En présentant des extraits des 24 entrevues menées jusqu’à présent, la chercheure réitère, toute l’importance du soutien parental pour ce qui est du bien-être des jeunes : « Un soutien parental accru diminue le taux de suicide de 93 % », a-t-elle d’ailleurs souligné. Pour atteindre cet objectif, les jeunes trans doivent être acceptés à trois niveaux : émotionnel et affectif, juridico politiquement parlant, ainsi que socialement.

Connie Chabot, présidente de l’organisme Enfants Transgenres Canada, et mère d’une jeune trans a également livré un témoignage touchant.

Andrée-Ann Frappier, coordonnatrice de l’organisme Enfants transgenres Canada qui détient une maîtrise en sociologie ainsi qu’un baccalauréat en sociologie et psychologie, se spécialise sur les expériences des parents d’enfants transgenres. Elle a présenté les résultats de son mémoire, une recherche visant à mieux comprendre l’expérience des parents au Québec, ainsi que la manière dont l’organisme Enfants transgenres Canada répond actuellement aux besoins des jeunes et de leur famille.

Benjamin Prud’homme, avocat spécialisé en droit de la famille et des droits de la personne a partagé la réalité peu connue des défis qui attendent les jeunes trans lorsqu’il y a besoin de plaider devant la Cour supérieure ainsi que la Cour d’appel. Participant fréquemment à des processus de négociation et de médiation, l’avocat souligne que la juridiction des jeunes trans et de leur famille au Québec est peu connue : comment se déroule le processus pour un changement de nom pour les enfants qui ont moins de 14 ans ?

« Jusqu’en 2016, les jeunes trans ne pouvaient pas changer de sexe, sur leurs papiers civils : toutefois, suite à la passation de la loi C-16, les enfants trans de tout âge peuvent désormais changer leur identité de sexe sur ces derniers », explique-t-il. Bien que le processus administratif s’en trouve considérablement allégé, M. Prud’homme souligne tout de même que dans le cas où un des deux parents s’oppose à ce changement c’est tout aussi difficile.

Le devoir d’être citoyen canadien pose également grand problème pour ce qui est de la reconnaissance de l’identité sexuelle chez les migrants « beaucoup de travail reste à faire de ce côté-là ». Ce seront d’ailleurs les principales causes plaidées lors du recours intenté envers le système de justice canadien en janvier prochain.

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Et pour la suite ?

Comme le rappelle Fierté Montréal, Le taux de tentatives de suicide chez les personnes trans est un des plus hauts mondialement, soit de 40 %, comparativement au taux de 1,2 % chez la population générale : d’où l’importance de soutenir tous les trans dans cette démarche déjà difficile qu’est l’acceptation de soi.

À ce propos, le jouet Sam permettra bientôt aux enfants partout dans le monde de mieux comprendre cette réalité : Sam est un nouvel outil éducatif conçu pour aider les enfants, ainsi que leur entourage, à comprendre ce que peut vivre une enfant transgenre. Initiative d’enfants transgenre Canada, le jeu est une des meilleures façons permettant aux enfants de prendre contact avec leur identité de genre, tout en accompagnant les adultes à entamer des discussions au sujet des difficultés de se voir attribuer un sexe à la naissance qui ne correspond pas à l’identité de genre ressentie en soi

Grâce à ce jouet, les gens du monde entier pourront être à l’affût des questions d’identité de genre : « Nous allons recevoir 300 poupées Sam le mois prochain ! » a confirmé Annie Pullen Sansfaçons.

À ce propos, les écoles désireuses de s’en procurer afin d’entamer la discussion en classe sont les bienvenues : il suffit de contacter l’organisme Enfants transgenres Canada.

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Nouvelle aide pour les artistes en situation d’handicap

Le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) a annoncé la mise sur pied d’une nouvelle aide pour soutenir les artistes et les écrivains en situation de handicap.

Cette aide couvrira notamment une partie des dépenses de réalisation d’un projet qui sont rattachées à des besoins supplémentaires liés au handicap du boursier ou de ses collaborateurs et ainsi permettre d’assurer un accès aux services du Conseil des arts et des lettres du Québec.

En entrevue avec Média D, la Présidente du Conseil des arts et des lettres du Québec, Anne-Marie Jean, a déclaré que « le Conseil a toujours voulu favoriser l’équité et l’accès à ses programmes ».

« Jusqu’à la mise en place de cette nouvelle aide, nous répondions au cas par cas aux besoins des individus qui nous les exprimaient. L’aide supplémentaire accordée était discrétionnaire et non intégrée au montant de l’aide financière liée à la réalisation d’un projet, qui était seul à figurer sur les listes publiées annuellement, ceci pour préserver la confidentialité des renseignements personnels. »

Avec l’aide on veut surtout couvrir les frais de rémunération ou de déplacement des personnes qui apportent un soutien à une personne en situation de handicap, comme un accompagnateur ou encore un assistant d’atelier par exemple.

La location d’équipement adapté ou les services de transcription rentreront également dans cette nouvelle aide.

« L’aide supplémentaire que nous venons d’annoncer formalise le processus et s’ajoute à notre offre de prestation de services en ligne qui répond aux standards d’accessibilité gouvernementaux » a souligné Anne-Marie Jean.

Cette aide s’inscrit plus largement dans le plan d’action à l’égard des personnes handicapées 2017-2018 déployé par le CALQ.

Enfin, le prochain plan stratégique (2018-2022) est en cours de finalisation et devrait tenir compte du bilan et des recommandations du Plan d’action à l’égard des personnes handicapées en cours.

« L’accès et l’équité demeurant des enjeux fondamentaux pour le Conseil, il donnera également les orientations qui nourriront les prochains plans d’action d’ici 2022 » conclu la Présidente du Conseil.