Portrait

Portrait d’une jeunesse immigrante, rencontre avec Eoin

Montréal, ville cosmopolite où viennent sans cesse se juxtaposer, s’interposer des nouveaux visages dans une mosaïque à échelle humaine.

Ils arrivent de partout, leur baluchon d’histoires à l’épaule, prêts à le remplir de nouvelles. Ils s’appellent Eoin, Maxime, Mathilde, ils sont d’ailleurs mais tous un peu d’ici.

Eoin

Eoin n’est pas arrivé à Montréal par hasard, c’est l’amour qui l’a amené à quitter son Irlande natale pour venir s’installer ici. Sa copine, qu’il a rencontré à Dublin, est canadienne et venait faire sa maîtrise au Québec. Il n’a pas hésité une seconde à la suivre.

« Montréal ça sonnait cool, je n’avais aucune idée préconçue de la vie au Canada, et depuis tout petit je voulais partir loin, découvrir d’autres cultures, j’ai sauté sur l’occasion » me raconte Eoin, assis au comptoir d’un pub Irlandais.

Quand la plupart de ses concitoyens partent vivre la grande aventure en Australie ou dans l’Ouest canadien, lui il atterrit au Québec.

Fort d’une expérience de plusieurs mois en France, il dompte bien la langue et n’a pas eu peur d’être confronté à l’accent québécois. Directement dans le bain, il décroche un job de vendeur de souliers de running. Coureur et passionné, c’est un univers qu’il connait bien. Il se sent rapidement à l’aise mais admet qu’il a parfois du mal à saisir des expressions. « J’acquiesce en attendant que ça passe » plaisante-t-il.

Quand il n’est pas à la boutique, Eoin découvre la ville et s’étonne de tout ce qu’il est possible de faire. « A Montréal il y a plein d’activités culturelles gratuites, ça bouge tout le temps ».

Lassé des soirées dans les pubs de Dublin, il est ravi ici de profiter de ces week-end pour aller voir un match de hockey et manger une bonne poutine par exemple.

« Le peu d’irlandais à Montréal se retrouvent toujours dans les bars, au sein d’un même cercle, je veux sortir de ce cadre et faire autre chose »

Mais ce qu’il préfère dans sa nouvelle vie au Québec, c’est l’accueil des habitants. Il me raconte qu’il est venu en vacances ici il y a près de 10 ans et qu’il se souvient avoir été enchanté par la sympathie des Québécois. « Tout le monde a été immigrant à un moment ici, c’est ce qui fait la différence ».

Il entend souvent parler des « nouveaux Canadiens » plutôt que d’ «immigrants ». « C’est une autre façon de penser, un autre état d’esprit et ça change tout. » ajoute-t-il.

Son adaptation outre Atlantique s’est faite naturellement, sans trop de dépaysement. « La culture n’est pas tant différente qu’en Irlande, ça reste un peu anglophone. C’est un bon mix entre la France et les États Unis, un peu de socialisme à l’Européenne avec la patte américaine. » décrit Eoin en saisissant sa bière. Quand je lui demande de choisir un mot qui décrit le mieux Montréal selon lui, il me répond sans hésiter « diversité ».

« J’adore me balader, je découvre toujours des quartiers qui sont tous différents les uns des autres, on sent la diversité à chaque coin de rue » poursuit Eoin, en ajoutant la « poutine » à son mot choisi. «C’est simple, c’est consistant, c’est bon » Il pourrait créer une publicité pour la sauce gravy.

Déjà comblé par Montréal, il reconnaît certains aspects plus négatifs, notamment les difficultés pour trouver un emploi qualifié « les entreprises privilégient des Québécois plutôt que des travailleurs temporaires » regrette-t-il.

Il trouve aussi les billets d’avion trop chers, lui qui rêve de sillonner le pays à travers les Rocheuses canadiennes devra attendre un peu avant de partir en road trip. « Mais pour le moment, je profite à fond de Montréal et de toutes les surprises que la ville recèle ».

 

Voir aussi le Portrait de Maxime

Portrait

Portrait d’une jeunesse immigrante, rencontre avec Maxime

Montréal, ville cosmopolite où viennent sans cesse se juxtaposer, s’interposer des nouveaux visages dans une mosaïque à échelle humaine.

Ils arrivent de partout, leur baluchon d’histoires à l’épaule, prêts à le remplir de nouvelles. Ils s’appellent Eoin, Maxime, Mathilde, ils sont d’ailleurs mais tous un peu d’ici.

Maxime

Au café, je rencontre Maxime, camouflé sous sa tuque d’hiver, les dreadlocks qui dépassent. Souriant, il est toujours à l’aise, il semble faire de chaque ambiance une nouvelle expérience. Arrivé depuis plus de trois ans à Montréal, il est sur la voie de la résidence permanente, alors quand on lui parle de la ville il a le regard qui pétille, prêt à nous raconter son histoire.

Le gout de l’aventure, l’envie de changer d’air, l’impression d’avoir fait le tour de l’hexagone; les mots ne manquent pas pour revenir sur sa décision trois ans plus tôt de s’envoler avec sa copine pour le Canada.

Après un parcours éclectique, directeur d’accrobranche quelques temps puis professeur de danse et barman, Maxime quitte l’ouest lyonnais en France pour traverser l’Atlantique et ouvrir une nouvelle page à Montréal. Sans à priori il se laisse surprendre et quand il arrive il regarde le paysage défiler à travers les vitres embrumées de la navette de l’aéroport.

« J’ai trouvé ça très moche, industriel et triste » avoue t-il de but en blanc. C’est à Berri-UQAM qu’il pose ses valises et qu’il fait ses premiers pas dans la ville. Et dès le premier jour, il arpente Montréal, ses grandes avenues et ses petites ruelles vertes, à la découverte de son propre dépaysement.

« Je me suis de suite senti à l’aise ici, il y a de bonnes énergies. »

En plein été, il découvre la joie des pique-niques dans les parcs, les barbecues et la bière locale en terrasse. Le contact facile, il rencontre rapidement des québécois. « Tu sympathises vite avec des québécois mais tu ne deviens pas forcément un super pote car ils savent que t’es là de manière éphémère et ils ont l’habitude de côtoyer des Français de passage », m’explique Maxime.

Pour autant il trouve les relations ici plus saines, plus simples, sans jugement et sans attentes particulières. Ce qu’il aime surtout c’est le côté cosmopolite de Montréal, d’après lui c’est ce qui attire. « Ici, on ne te juge pas, les gens sont ouverts d’esprit, t’es en ville sans être oppressé par le monde comme à Paris par exemple, ici on aime la différence », ajoute-t-il.

Quand on aborde le sujet des Français, il sourit, selon lui il y a deux catégories: « Ceux qui critiquent tout et qui comparent tout à la France; ceux la ne restent pas longtemps, et les autres, ceux qui viennent pour découvrir, qui s’intéressent à ce qui diffère de ce qu’ils connaissent, ceux la restent à Montréal ».

On ne peut pas parler d’une expatriation au Canada sans aborder le sujet fatidique de l’hiver. Maxime, lui, il aime ça, et pourtant il a vécu un premier hiver des plus rudes, mais il apprécie le changement radical au fil des saisons. C’est là qu’intervient Luc, notre voisin de café qui prend part à la discussion. « Les gens qui restent longtemps sont de nature patiente et tolérante, c’est une sorte de sélection naturelle », explique t-il.

Luc est arrivé à Montréal il y a dix ans après avoir vécu en France. Né d’un père Malgache et d’une mère Taïwanaise, il est un parfait exemple du meltin pot qui rayonne ici. « Quand je suis arrivé, j’ai de suite voulu rester, ça coulait de source pour moi. En France j’avais toujours l’impression de devoir faire un effort d’intégration, ici non », nous raconte Luc. Maxime approuve et tous les deux concluent joliment « Montréal, finalement, c’est un pays en soi ».