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La petite fille au rêve hollywoodien

Inspiré par une jeune serveuse ukrainienne rencontrée dans un restaurant aux États-Unis, Najib Redouane raconte sans filtre le récit de Tina qui pourrait se prêter à bien des histoires d’immigrants, des histoires d’oubliés.  

L’auteur américano-canadien d’origine marocaine nous plonge dans une Amérique submergée par la crise économique de 2008 et presque remise des attentats du 11 septembre où Tina, une jeune ukrainienne, tente de se frayer un chemin vers son rêve : devenir actrice. Elle souhaite célébrité et argent dans un pays où tout est possible. Éprise d’un jeune américain, Tina quitte sa terre natale et sa famille pour immigrer à Los Angeles, aux États-Unis.

Innocence et naïveté l’amèneront vers une route cahoteuse où elle devra faire preuve de résilience et combattre les injustices. Elle comprendra rapidement que la jungle californienne est remplie de désespoir et de désillusions.

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Amère america

À travers une écriture riche et poétique, l’auteur réussit à transmettre la solitude et le désarroi qui envahissent la jeune ukrainienne. Cependant, l’aspect répétitif de la souffrance et l’isolement de Tina peut éventuellement agacer le lecteur. Dès son arrivée à Los Angeles, elle découvre un monde de surconsommation où se côtoient inégalités sociales, intolérance et racisme. C’est au sein de la famille de son mari qu’elle subit les premiers commentaires racistes et les regards désapprobateurs. Peu à peu, ses expériences de travail, ses échecs amoureux et les humiliations transformeront radicalement la jeune femme et révèleront son côté sombre.

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Outre le récit de Tina, l’écrivain illustre une époque brisée par les conflits tant en Ukraine qu’aux États-Unis ou au Moyen-Orient. Bien que nous soyons peu familiers avec l’histoire de l’Ukraine, de simples explications concernant la Révolution orange ou la crise parlementaire permettent de comprendre pourquoi la famille de Tina semble terrorisée. D’ailleurs, ce climat de terreur subsiste tout au long du roman et cette terreur mène inévitablement à la haine de l’Autre, une attitude qui perdure dans le temps.

Après À l’ombre de l’eucalyptus (2014), L’année de tous les apprentissages (2015) et Le legs du père (2016), Najib Redouane se penche sur la difficulté d’intégration pour un immigrant et dévoile l’envers du rêve américain. Ce cinquième roman explore les comportements les plus sombres de l’humain jusqu’à frôler la perversion et nous amène à réfléchir sur le sort que l’on réserve aux immigrants.

 

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Hommage à la littérature marocaine nationale

C’est sous la bannière « la culture plurielle au service du vivre ensemble » que s’est tenue la première édition du Salon du livre et de la littérature marocaine au Centre culturel marocain Dar Al Maghrib à Montréal du 17 au 28 avril. 

Organisé en partenariat avec le Ministère de la Culture et de la Communication du Maroc, l’Union Professionnelle des éditeurs du Maroc et E-Passerelle, ce nouveau salon est une occasion pour le grand public de s’immerger dans la culture marocaine et de découvrir des auteurs d’ailleurs.

Que ce soit Kamal Benkirane, Tahar Ben Jelloun, Yasmine Chami, Najib Redouane ou encore Driss Chaibi, plus de 1 000 titres d’auteurs étaient à portée de main pour les visiteurs. De plus, la présence d’écrivains tels que Rachida Azdouz, Driss Jaydane ou Najib Redouane ont permis de promouvoir la littérature marocaine nationale au Canada.   

À la découverte du Maroc

Par l’entremise de conférences ou de tables rondes animées par des intellectuels marocains et canadiens, plusieurs questions ont été abordées comme la gestion de la diversité au Maroc, le rôle des intellectuels dans la promotion du vivre ensemble et le dialogue interculturel. Dans la conférence portant sur le constitutionnalisme marocain, l’histoire du Maroc, racontée par le politologue Ismail Harakat, donne lieu à de nombreux questionnements notamment à savoir si le vivre ensemble est le même au Québec et au Maroc. Pour le politologue, « c’est une partie intégrante du Québec qui se retrouve à tous les échelons de notre vie ». Au Maroc, le vivre ensemble est un terme nouveau pour les marocains qui ont vu leur pays se transformer radicalement, passant d’une terre d’émigration à une terre d’immigration.

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Centre culturel marocain, crédit : Emma Jaquet

La culture a aussi été évoquée comme étant la solution contre l’obscurantisme et la xénophobie.

En effet, la culture tient un rôle fondamental dans la diffusion des valeurs de tolérance et de dialogue. Un meilleur encadrement des nouvelles générations permettrait de respecter davantage les principes fondamentaux.

Rencontre entre deux cultures

Alors que le Maroc était l’invité d’honneur du Salon international du livre de Québec, les voix maghrébines semblent ignorées des critiques littéraires.

Selon Najib Redouane, écrivain américano-canadien d’origine marocaine, on doit connaître la culture d’ailleurs et la critique doit être plus large. Dans un communiqué émis par le Ministère de la culture et de la communication du Maroc, « La présence du Maroc, en tant qu’invité d’honneur, au Salon international du livre de Québec, concrétise le dialogue […] entre la culture marocaine […] et la géographie culturelle canadienne diversifiée ».

Les divers événements mettant en vedette le Maroc sont l’occasion d’échanger sur deux cultures et de créer un pont entre la littérature marocaine et canadienne.

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Crédit : Emma Jaquet

À travers ces activités, le Salon du livre et de la littérature marocaine a démontré sans l’ombre d’un doute que la littérature, peu importe sa forme, illustre la résilience et la résistance face aux injustices, en témoigne la conférence de Najib Redouane : « L’écriture est salvatrice. Si je n’avais pas ça, j’aurais perdu la raison ».

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Lu pour vous : « The sun and her flowers » de Rupi KAUR

The sun and her flowers est un recueil de poèmes de Rupi Kaur, poète et illustratrice indo-canadienne. Le recueil paru en octobre 2017. Je l’ai précommandé et je l’ai reçu le jour même de la sortie officielle (merci Amazon), mais ce n’est recemment que j’ai pu le terminer. Du coup, pour boucler le mois de mars qui est par ailleurs considéré comme le mois des femmes et de la lutte pour leurs droits, j’ai jugé pertinent de faire un petit retour sur cet ouvrage.

1501175262Le recueil ne contient pas uniquement des poèmes, les pages sont partagées entre poèmes et illustrations; cela m’a beaucoup fait penser aux mains libres (Eluard, Man Ray 1937). L’ouvrage est subdivisé en cinq parties (wilting, falling, rooting, rising et blooming). Si l’on suit l’ordre des sous-parties, on remarque vite qu’elles suivent une progression et que l’auteur présente les parcours de vie des individus comme un processus similaire à celui de la croissance d’une plante. L’auteur traite de plusieurs sujets dans le recueil comme l’amour, la famille, l’espoir, la solidarité la mort, la rupture, mais également de sujets considérés « délicats«  comme le féminisme, l’immigration, le viol.

Après avoir lu son premier recueil milk and honey, je peux dire que je suis tombée en amour avec sa façon d’écrire, j’ai vraiment apprécié lire the sun and her flowers, en lisant on sent vraiment qu’il y a une touche personnelle, et une certaine honnêteté à parler de certains sujets et de s’ouvrir aux lecteurs. Si je devais choisir mon chapitre préféré du livre sans hésitation c’est le chapitre trois (rooting en français enracinement) dans ce chapitre elle aborde beaucoup la question de l’immigration de manière générale, mais aussi dédie plusieurs poèmes à sa mère qui a émigré vers un pays dont elle ne parlait même pas la langue, mais malgré tout s’est battue pour ses enfants. Dans ce chapitre elle a également mentionné la colonisation antérieure et fait le lien par rapport à la crise migratoire que nous observons actuellement.

Sa façon d’écrire est un peu particulière, elle ne met pas de majuscules, la ponctuation est peu présente et elle met les titres à la fin. Il faut souligner qu’elle écrit essentiellement en prose, mais cela n’empêche pas pour autant la présence de certains poèmes en vers dans le recueil.

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Ci-dessus, l’un de mes poèmes coup de cœur du recueil (p. 144-145//partie rooting). Elle aborde le fléau des meurtres des bébés de sexe féminin en Inde et va plus loin en montrant que la culture voyage avec les gens puisque même loin de chez eux, ils continuent certaines pratiques. Le message derrière ce poème est qu’il est important d’agir pour changer les choses et la façon dont il se termine sous une note d’espoir est réconfortante. Le fait qu’elle ait fait usage de sa voix pour dénoncer un aspect de sa culture qui est trop souvent passé sous silence et normalisé est extraordinaire.

Ce n’est pas un recueil qui se lit vite d’après moi et il est quand même assez volumineux (plus de deux-cents pages), si vous aimez les belles citations, les illustrations qui portent à réfléchir,  la personnification, la diversité et que les phénomènes sociaux vous passionnent, c’est un recueil que je vous conseille vivement de le lire.