Élections Québec 2018

« J’ai envie de changer la réalité des personnes issues de l’immigration » – 5 questions à Rabah Moulla

Entrevue en 5 questions avec Rabah Moulla, candidat dans la circonscription de Chomedey pour Québec Solidaire (QS).

1 – En quoi votre parcours fait de vous un bon candidat ?

Cela fait trente ans que je milite pour la justice sociale, les libertés démocratiques, les droits des femmes et des minorités et pour la solidarité entre les peuples du monde. À mon arrivée au Québec il y a 12 ans, je n’avais pas tardé à m’impliquer dans la vie politique québécoise. Je suis allé m’exprimer devant la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables. Dès 2008, j’ai commencé à fréquenter les milieux progressistes. Je participais régulièrement aux cercles citoyens organisés notamment autour des enjeux du programme de QS, que j’ai officiellement rejoint en 2010.

Durant mes années Québec (2006-2015), j’ai participé à de nombreuses manifestations et luttes sociales (Solidarité avec le printemps arabe, Printemps érable, Solidarité avec Gaza, Solidarité avec Radio-Canada, Mouvement des profs, Marche contre la charte des valeurs du PQ…). J’ai aussi été, pendant des années, membre du comité de formation régional de QS et au niveau national, membre de la commission Intégration.

Depuis mon installation à Laval, je m’intéresse à l’intégration des immigrantes et des immigrants.

Je veux contribuer à améliorer les conditions de reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger, lutter contre les discriminations dont les immigrants peuvent être victimes.

Je veux également contribuer à rapprocher ces derniers de la Majorité pour un meilleur vivre ensemble. En mars 2017, après la tuerie de Sainte-FOY, avec des amis d’obédiences diverses, nous avons lancé un appel aux partis politiques pour s’entendre, sans partisannerie, sur les questions de laïcité et des accommodements comme ils avaient pu le faire sur le projet de loi « Mourir dans la dignité ». Notre appel avait été signé par des centaines de personnes de divers horizons et notamment par Gerard Bouchard, commissaire de la Commission Bouchard-Taylor.

Vous aurez sans doute compris les raisons pour lesquelles j’ai décidé de me présenter aux élections et particulièrement à Chomedey où la majorité de la population est issue de l’immigration (première et deuxième génération). Parce que je connais tous les dossiers liés à l’immigration, à la pauvreté et aux inégalités sociales, que je suis une personne engagée en politique depuis longtemps et que j’ai à cœur la défense du bien commun, des services publics et du vivre ensemble, je pense être un bon candidat. Bref, mon parcours est balisé par des valeurs que Québec solidaire a érigé en programme politique et en proposition de projet de société !

2 – Quelle est votre définition de la « Diversité » ?

La diversité est un concept qui renvoie à celui de l’inclusion. Ce qui me fait penser à une réflexion de Victor Hugo comme quoi « le propre de la solidarité, c’est de ne point admettre d’exclusion ». Aussi, à Québec solidaire, l’inclusion est le socle de toutes nos propositions !

La diversité, c’est la liberté de vivre toutes les mixités possibles. Dans le quotidien de toutes et tous, c’est d’avoir la possibilité d’aller manger indien, un bon couscous ou une poutine dans le même quartier où l’on habite. La diversité, c’est de rentrer le soir chez soi et de trouver dans son sous-sol son fils ou sa fille s’amuser avec ses amis, une québécoise de souche, un jeune d’origine colombienne et un autre d’origine haïtienne… La diversité, c’est, dans un défilé de la fierté, de découvrir des personnes d’origines diverses, y compris de pays où l’homosexualité est encore punie par la loi.

La diversité, c’est aussi de regarder la télévision et de constater que les personnes qui y défilent ressemblent à celles qu’on rencontre tous les jours en allant faire son épicerie ou en montant dans un autobus; c’est de regarder des films québécois et de voir des personnages joués par des Noirs, des Latinos, des Asiatiques. C’est d’apprendre que dans les Conseils d’administration des entreprises, il n’y a pas uniquement des hommes blancs. La diversité, c’est également une mixité sociale qui assure aux personnes économiquement défavorisées la fréquentation des mêmes écoles, cégeps ou universités que les plus fortunés de notre société.

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3 – Quel est le dossier ou l’enjeu le plus important pour vous ?

Il y en a plusieurs, mais à Chomedey, j’ai envie de contribuer à changer la réalité des personnes issues de l’immigration. Cela passe par l’amélioration de leurs conditions de vie et de leurs représentations dans les organismes et les centres de décision. Dans le paysage médiatique et culturel du Québec, aussi.

Je m’engage à lutter contre la pauvreté et à ce titre, malgré la conjoncture économique favorable, il faut admettre qu’il y a plusieurs ilots de pauvreté à Chomedey. En plus, je veux déconstruire le mythe qui fait du parti libéral, le parti des immigrants, rien n’est plus faux. Et il faut comprendre que ces enjeux sont liés, car les libéraux considèrent les personnes issues de l’immigration comme une clientèle captive.

4 – Quelle place occupe la diversité aujourd’hui dans la société, et particulièrement en politique ?

Si vous circulez dans les quartiers de Chomedey, de Laval ou de Montréal, la diversité est partout. À tel point qu’une personne comme moi, qui a grandi à l’étranger, se sent vite appartenir à la société d’accueil qu’est le Québec.

En politique, s’il est positif de constater le grand nombre de candidatures issues des minorités visibles ou sexuelles, force est de constater que beaucoup d’entre-elles ne siégeront pas à l’Assemblée nationale, car elles ne sont pas habituellement placées dans des circonscriptions gagnables. Mais c’est un début !

Par ailleurs, on constate que le Parti libéral qui prétend être le parti qui protège le mieux les minorités, ne fait pas grand-chose pour améliorer leurs conditions de vie, ni pour juguler les préjugés dont ils sont encore l’objet. Cela fait plus de dix ans que les questions des signes religieux et des accommodements raisonnables reviennent dans les campagnes électorales… cela parce que les gouvernements libéraux successifs n’ont pas agi.

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5 – En terminant, comment et qu’est ce qui pourrait être amélioré pour une meilleure inclusion et intégration de la diversité au Québec ? 

Il y a au Québec, depuis l’an 2000, une loi dite loi sur l’accès à l’égalité en emploi dans les organismes publics qui les oblige d’atteindre, au niveau de leurs effectifs et selon les corps d’emplois, une représentation pour cinq groupes de la population, incluant les minorités visibles et ethniques.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse est chargée de vérifier les dispositions prises par ces organismes pour atteindre leurs cibles. En 2016, et à Montréal, seuls deux organismes publics les ont atteintes, la STM et l’hôpital juif. Le gouvernement n’a pas agi !

Pire, en 2017, on apprenait par Amir Khadir que les personnes issues de minorités visibles constituent moins de 2 % des 400 à 500 nominations faites par le Conseil exécutif. À Québec solidaire, nous proposons d’élargir le champ d’application de cette loi aux organismes parapublics et de donner plus de pouvoir à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Nous proposons aussi d’appliquer un taux d’embauche strict de 25% de personnes issues des minorités visibles et ethniques, à tout le secteur public, jusqu’à l’atteinte de la cible de 18% de représentativité des minorités ethnoculturelles. 

Nous proposons également de doubler les budgets dédiés aux missions de francisation et d’intégration du personnel de gouvernement. Par ailleurs, les médias, les arts et la culture devraient s’ouvrir davantage et représenter la diversité de notre population québécoise. Ces propositions sont un moyen pour établir une équité et renforcer le sentiment d’appartenance à la société québécoise des minorités culturelles et ethniques. C’est ainsi qu’on évitera, à l’avenir, les polémiques telles que celles vécues cet été autour des spectacles SLAV et Kanata de Robert Lepage.

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Actualités

Québec Solidaire veut que le langage des signes devienne une langue officielle

Après avoir annoncé la première candidate non-voyante de l’histoire des élections au Québec en début de semaine, Québec Solidaire (QS) s’engage à adopter une Loi sur l’accessibilité universelle et à reconnaitre la langue des signes comme une langue officielle s’il accède au pouvoir le 1er octobre prochain.

L’annonce a été faite cette semaine par le porte-parole du parti, Gabriel Nadeau-Dubois, et fait partie des engagements de QS concernant l’inclusion des personnes handicapées.

« La langue des signes québécoise (LSQ), c’est une langue québécoise, qui est typiquement québécoise et unique au Québec. Sa reconnaissance comme langue officielle permet de reconnaître cette dimension-là de la culture québécoise » a expliqué le porte-parole de QS.

L’accessibilité des lieux, de même qu’un accès aux services de santé, d’éducation et de justice pour les personnes handicapés sont d’autres mesures du programme de Québec Solidaire.

« En matière d’inclusion au marché du travail, il ne faut pas se le cacher, actuellement, beaucoup de personnes en situation de handicap, même diplômées, ont de la difficulté à s’intégrer au marché du travail alors qu’elles veulent contribuer à la société québécoise ».

Entrevue

Entrevue avec Eve Torres, candidate pour Québec Solidaire dans Mont-Royal – Outremont

Engagée depuis plus de 16 ans dans différentes sphères, la candidate de Québec Solidaire dans Mont-Royal-Outremont est arrivée au Québec comme étudiante étrangère dans un premier temps il y a presque 20 ans déjà. 

Originaire de la France, elle multiplie très rapidement ses implications au travers par exemple de la Table de concertation « Montréal-Nord en santé », participer aux activités pour implanter les CPE dans Montréal-Nord, organise des collectes de sangs, s’implique au sein des communautés des femmes musulmanes…

« J’ai toujours été passionnée par le bien-commun et les gens »

Ces implications rassemblent les personnes, ce qui leur fait bien souvent oublier les divergences et différences, puisqu’on se rassemble pour le même objectif, souligne t-elle.

Les accommodements raisonnables en 2007 et la Charte des valeurs en 2014, l’ont amené à mettre sur pied un organisme, La voie des femmes, afin d’encourager les femmes, jeunes, racisées ou encore musulmanes à s’impliquer dans la société.

Justice sociale

Tout ça l’amène à sauter en politique aujourd’hui avec Québec Solidaire (QS) pour « porter le plus de voix possible, que l’on n’entend pas souvent », rappèle t-elle.

« Je trouve que cette année il y a un momentum, les gens sont fatigués par la politique »

L’austérité, la hausse des salaires des médecins, le projet de loi 62, ou le projet de consultation publique sur le racisme systémique sont autant d’événements qui l’on amené à réfléchir sur son militantisme et son saut dans l’arène politique.

« Cela fait 20 ans que les problématiques d’accès à l’emploi sont présentes et rien n’a changé depuis : la reconnaissance des diplômes, la représentativité des personnes… C’est les mêmes discours, les mêmes problèmes depuis tant d’années, et je trouve cela inacceptable ! »

Le choix de QS c’est fait naturellement, pour Eve Torres, toujours marquée par une tendance de gauche, et par son combat qu’elle mène toujours sur la question de la justice sociale.

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« Je crois à la force des mouvements citoyens et sociaux. Québec Solidaire était le seul parti à porter toutes ces valeurs selon moi ».

La circonscription Mont-Royal-Outremont est une nouvelle circonscription, dû à un redessinement  politique, puisque le Mile End fait désormais parti de Mercier. Cette circonscription est considérée comme le château fort libéral depuis de nombreuses années, d’ailleurs le député Pierre Arcand sollicite un nouveau mandat.

« Le parti libéral utilise la diversité en vitrine, mais en terme de décisions il n’y a rien eu »

Annonce en avril : emballement médiatique 

Première femme voilée à se présenter à une élection au Québec, elle a été pendant de nombreuses semaines la cible de nombreuses attaques.

Rappelons ici que sa candidature a été rendue possible grâce à une modification du règlement des élections au Québec, survenu à l’autonome dernier à sa demande, qui autorise maintenant toute personne portant un turban ou un voile à se présenter à une élection au Québec.

Malgré des débats houleux à l’Assemblée nationale, la nouvelle réglementation a été adoptée à l’unanimité par tous les partis politiques à l’automne dernier.

« Je m’attendais, notamment de la part du groupe Québécor, à ce lynchage médiatique, avec des allégations islamistes. La seule façon pour eux de vendre leur papier et de jouer sur la peur »

Elle a également reçu de nombreux soutiens, de la part de personnes qui lui sont proches, mais aussi de citoyens anonymes qui voient en sa candidature quelque chose de nouveau, et parfois un espoir.

« Je pense que ma candidature envoie un message fort pour les immigrants de façon générale, mais aussi pour les femmes de la diversité »

Islamophobie

En préparant cette entrevue, j’ai fais des recherches et un petit tour également sur les médias sociaux, et j’ai pu constater que bien souvent, Eve Torres été attaquée sur son physique ou sa personne, plutôt que sur ses idées. Est-ce le fait d’être une femme en politique ? De porter en plus un foulard ?

« Le sexisme et le racisme. Les femmes en politique sont toujours attaquées sur leur physique, ce jugement physique est toujours présent, et en plus le fait que je porte un foulard, cela laisse libre court à toute forme d’insultes ».

Bien souvent lorsqu’elle partage des articles ou des réflexions sur ses réseaux sociaux, des internautes commentent directement ses publications avec des propos racistes, comme « vous n’êtes pas chez vous ici, vous ne serez jamais une québécoise ».

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Elle me parle de micro-agressions qui lui sont déjà arrivées, comme lorsqu’une de ses amies au volant oublie de mettre son clignotant pour tourner, se faisant alors insultée « rentre chez toi sale arabe ».

« L’islamophobie existe bien, socialement c’est permis de se laisser aller sur cette question  encore aujourd’hui, parce que les gens n’ont pas l’impression d’être racistes. Les femmes sont vigilantes de base à l’extérieur, mais encore plus pour les femmes racisées ».

Intégrer la diversité 

À savoir comment inclure davantage la diversité dans la société et le monde du travail, les quotas lui apparaissent comme une des solutions envisageables.

« Les quotas, c’est une solution pour intégrer les minorités visibles mais il faudrait absolument d’autres moyens, comme l’intégration en emploi marche aussi par le réseautage, il faudrait diversifier les personnes dans les sphères de réseautage, qui ont tendance à nous ressembler ».

Sur les CV ou les candidatures anonymes, la candidate de QS est plus ambiguë.

« Je suis ambiguë, car quand on regarde où tu as fait tes études on peut rapidement savoir d’où tu viens ». Mais le débat est plus profond. « Par exemple, moi je n’ai pas de problème avoir d’entrevue avec mon nom, mais quand j’arrive à l’entretien, là je vois immédiatement les visages qui changent, souvent très rapidement ».

Courageuse Eve Torres ?

« Les gens voient juste ce foulard, mais j’ai un parcours de vie atypique. J’ai toujours fait partie de la majorité (soit une femme blanche occidentale francophone), puis des années plus tard j’ai décidé de changer de religion, ce qui m’a mis en marge d’une société ».

« Mon choix personnel est devenu un enjeu politique »

Militante dans l’âme depuis toujours, elle considère que la fracture sociale dans laquelle est notre société aujourd’hui est en partie due aux médias et aux politiques.

Elle espère faire changer les choses en octobre prochain, lors des élections au Québec.

Crédit : Média D
Entrevue

Entrevue avec Sol Zanetti, d’Option nationale

A quelques mois des élections, nous avons rencontré le chef d’Option nationale, Sol Zanetti, qui fait désormais parti de la fusion avec Québec Solidaire (QS) et se présente à l’investiture dans Jean-Lesage. On parle avec lui de son état d’esprit, d’immigration, de racisme, d’indépendance et d’emploi en autre.

Romain Chauvet: Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques mois des élections ?

Sol Zanetti: Enthousiaste ! C’est à dire qu’entre 2012 et 2014 il y a eu très peu de temps, on s’est dit est-ce qu’on va avoir le temps de faire avant les prochaines élections, mais étant donné qu’on vient de traverser un mandat majoritaire, on avait le temps de se préparer, de faire des projets, mais en même temps c’est long 4 ans et on a hâte de retourner dans l’arène.

Il y a eu une fusion avec Québec Solidaire (QS), effective depuis le 31 décembre dernier, vous êtes désormais un collectif à l’intérieur de QS ?

La fusion entre Option nationale et Québec Solidaire, cela a créé vraiment un dynamisme sur le terrain, les équipes doublent de taille des fois, les gens sont contents de travailler ensemble plutôt que d’être contre. On découvre aussi des nouveaux militants.

On va organiser des universités indépendantistes également au printemps, des cours sur l’histoire par exemple, des conférences sur les arguments économiques et écologiques envers l’indépendance.

Plusieurs sondages sont sortis récemment, est-ce que vous les consultez et est-ce qu’ils donnent une tendance des votes aujourd’hui encore en 2018 ?

Quand ils sont bons je suis content, et quand ils ne sont pas bons je me dis comment on peut changer ça ? Tout en sachant que c’est assez volatile, les échantillons et les méthodes ont changé, les marges d’erreurs sont plus grandes.

Ce que je regarde c’est les indices terrain, comme par exemple en janvier QS qui a amassé plus d’argent que la Coalition Avenir Québec (CAQ), le Parti Québécois (PQ) et le Parti Libéral du Québec (PLQ) réunis ensemble. Cela montre qu’il y a une force militante qui est en train de s’installer.

Notre but, c’est de devenir un plus gros parti politique, je souhaite que cela se fasse à la prochaine élection, c’est possible, c’est une élection pivot où les groupes démographiques qui sont majoritaires vont changer.

Est-ce que l’élection de Donald Trump a changé la manière de faire de la politique aujourd’hui ?

Je ne sais pas, c’est une bonne question ! Je me demande si moi j’envisage les choses différemment. Pour moi, Bernie Sanders et Jean-Luc Mélenchon en France ont plus changé les choses, que Donald Trump.

Depuis 1995 que je suis la politique, ce qui domine toujours c’est qu’il faut être raisonnable. C’est comme si on avait cultivé l’idée que ce qui allait gagner c’est le juste milieu. On remarque qu’il y a une fatigue, on a sous-estimé les électeurs dans les dernières décennies, alors qu’ils sont prêts à appuyer des idées très affirmées.

Avoir dit je suis socialiste aux États-Unis, c’est quelque chose qui était tabou avant, depuis la guerre froide et associé à des choses négatives. Même chose avec Mélenchon en France qui a fait un bon score, ça m’encourage. Je me dis on peut proposer des choses franches, assumés, les gens sont ouverts.

Quelle place occupe la diversité dans votre parti politique ? 

Québec Solidaire c’est le parti qui a la plus grande sensibilité et en même temps le programme le plus intéressant pour les membres de la diversité. C’est un parti qui est ultra-inclusif, qui a un discours et une réflexion très articulée sur la question Autochtone notamment, ou sur les enjeux liés au genre.

« Les enjeux liés à la diversité, ce ne sont pas des enjeux juste individuels »

Souvent les partis libéraux, tant au Canada qu’au Québec, se présentent comme les champions des droits et libertés individuelles et on remarque que c’est individuel mais que cela ne suffit pas des lois, il faut changer la société au complet.

Sur les enjeux féministes par exemple, les femmes ont les mêmes droits que les hommes. Mais on ne peut pas écrire une loi disant que les inégalités sont interdites, il faut plutôt changer le système qui crée ces inégalités là.

Est-ce que cela passe par des quotas ?

Clairement oui, il y a ça ! Mais aussi des changements culturels, ce dans quoi on va investir. Quand on décide de couper dans les services sociaux et d’investir dans les infrastructures, on enlève des secteurs où c’est majoritairement des femmes, et on en mets plus là où c’est masculin. Cela crée une inégalité de richesse. Nos choix d’investissements ont un lien avec les inégalités.

Sur la question du racisme et des discriminations, est-ce que vous étiez favorable à la mise en place d’une Commission ?

Oui, Québec Solidaire s’est proposée en faveur de la demande de faire une Commission sur le racisme systémique, ce qui ne se fera manifestement pas. Moi je suis parfaitement en accord, mais il ne faut pas attendre.

Beaucoup de gens ont parlé de la discrimination, et il y en a qui ont dit ne pas vouloir une nouvelle commission. Les études/Commissions ont proposé des solutions et combien ne sont pas appliquées. Il ne faut pas que ça soit juste un show médiatique, il faut appliquer les solutions qu’on a décidé, qu’on sait qu’elles sont bonnes, et qui vont marcher. Cela en vaut la peine.

Dans la foulée des commémorations du 29 janvier à Québec, combien de gens impliqués dans des moquées ou la communauté musulmane se sont exprimés et ont dit que les Québécois ne sont pas racistes. Donc c’est comme si on se défendait de quelque chose que personne ne nous a accusé, il faut sortir de cette folie.

C’est comme si on se défendait contre un ennemi imaginaire, qui a dit les québécois sont racistes ? Les gens disent que les Québécois sont racistes, mais qui a dit ça ?

Alors comment cette idée a fait son chemin dans l’espace public ?

Historiquement, c’est plus à l’extérieur des frontières du Québec. Le phénomène du Québec bashing orchestré pour donner honte aux Québécois de vouloir de leur propre auto-détermination, en disant que ceux qui veulent l’indépendance sont racistes, c’est terrible. Ça réveille quelque chose de très sensible chez les Québécois. Il faut vraiment dénoncer le Québec bashing. On voit beaucoup de menaces de morts notamment sur les pages Facebook de certains médias anglophones.

Alors, y a t-il du racisme dans la société québécoise ?

Oui, il y a du racisme dans toutes les sociétés du monde, mais est-ce cela veut dire que tous les peuples du monde sont racistes ? Non.

Un peuple ne se définit pas par ce genre de caractéristiques, mais plutôt par des projets collectifs. Si on compare à d’autres pays, le Québec est bien avancé sur la diversité, il fait par exemple mieux vivre ici pour les homosexuels, pour les femmes aussi…

Des études sont sorties récemment, montrant le peu de minorités visibles dans les grandes entreprises, notamment à Hydro-Québec, votre réaction ?

Il faut rectifier ça, c’est grave. Je ne sais pas quel est le mécanisme idéal pour contraindre au respect de ces normes, je ne suis pas un spécialiste. Mais je pense qu’il faut des contraintes, mais comment les mettre en place ? Ça demanderait une étude approfondie, mais il faut faire ça, c’est essentiel !

J’ai été très sensible à un commentaire de Philippe Fehmiu qui disait qu’une publicité du 375ème anniversaire de Montréal ne présentait que des personnes blanches. Oui je trouve qu’il faut plus de représentativité à la télévision ou dans les publicités, parce que sinon ça ne donne pas de modèle, ces personnes ne peuvent pas se projeter, être comme lui ou elle dans une télé-série par exemple.

C’est important d’assurer un large espace médiatique à ces communautés, c’est une avancée dans la société. Je pense que ces choses là changent, j’ai l’impression que les Américains sont plus avancés, notamment dans les télé-séries où il y a une plus grande diversité, avec des personnages plus forts, même chose pour les femmes.

C’est important d’avoir des modèles politiques forts et diversifiés ?

Oui, c’est pour ça que QS c’est le parti de la parité, notamment pour que les femmes ne soient pas que dans des circonscriptions imprenables.

Imaginons vous êtes au pouvoir, le Québec est indépendant, quelle est votre position sur les réfugiés, on en accueille ?

Oui. Des réfugiés, il va y en avoir de plus en plus avec les changements climatiques, plus que ce que l’on peut accueillir si on n’arrive pas à contrer la hausse de 4% du réchauffement climatique.

« Le problème des réfugiés, c’est toujours le problème de l’humanité. Il faut être solidaire »

Sur l’immigration maintenant, votre position ? 

On n’est pas dans une optique de réduire l’immigration, mais plutôt de savoir comment favoriser l’intégration économique des immigrants parce que c’est sur cette question que tout passe, même les femmes immigrantes qui sont encore plus en difficultés.

L’emploi et le salaire minimum à 15$/h cela reste votre mesure phare ? 

Le salaire minimum à 15$ de l’heure c’est la mesure phare de QS, on le défend à court terme et ça va être tellement bon pour l’économie. Je comprends qu’il faut aider les petites entreprises à s’ajuster, il faut trouver une façon pour qu’elles ne ferment pas, notre but c’est le bien collectif.

Enrichir ces personnes c’est le but, ils ne vont pas mettre ça dans des paradis fiscaux, mais ils vont participer à l’économie, avoir une meilleure vie et probablement une meilleure santé. On a beaucoup favorisé ce qui font des millions, maintenant il est temps de favoriser ceux sur qui tout repose, et grâce à qui les riches sont riches.